Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
____________________
1er septembre |
Concrètement, il s'agit d'en faire le moins possible, afin que le noyau de l'action et de l'agitation se dégage. L'homme doit s'accrocher, pour ainsi dire, à lui-même, s'accrocher à ses croyances et convictions pour ne pas sombrer dans le sans-fond absurde et amoral. Évaluer n'est pas juger. Le travail d'écriture est un travail sur soi, d'allégement, de libération. Et c'est précisément toute cette énergie née de l'impuissance, de l'échec et de la frustration qui rendra l'écriture si forte et intense quand elle parviendra à couler. L'ennui s'est logé au fond de moi dès ma naissance. Depuis, elle n'a jamais cessé de m'habiter au point de presque en devenir fou. L'ennui, c'est que souvent, l'ennui apparaît souvent sans aucunes raisons valables. Comment pourrais-je m'ennuyer lorsque je suis avec moi-même ? Je connais les causes, mais cela ne chasse pas pourtant l'ennui, qui accapare mon esprit. Seule la pleine conscience arrive à déloger ce mal qui obstrue la vie qui coule en moi. Encore faut-il être rigoureux et constant dans la pratique, sans quoi elle n'est qu'une pure distraction comme bien d'autres. Les obstacles rencontrés au point de départ ne seront jamais franchis une fois pour toutes, ils réapparaîtront constamment en cours de route, et c'est à les franchir toujours de nouveau que l'acte d'écrire reprend son cours. Écrire me permet de libérer ma vie, sans aucun doute. Écrire provient d'une insatisfaction, d'un malaise, d'une souffrance. Écrire implique une grande solitude, comme quoi j'avais besoin de retrouver l'être véritable qui ne s'était jamais dévoiler sous ce jour. Écrire pour moi doit dépasser le jeu et toutes les règles. Écrire, c'est sortir du moule, du cadre établi. Écrire me donne l'impulsion dont j'ai besoin pour rester vivant. Écrire, c'est faire tomber les masques. L'œuvre idéale n'est qu'un fantasme que nous ne pourrons jamais accomplir, mais cela ne nous empêche pas de nous y attarder, sans toutefois avoir de trop grandes attentes. J'éprouve une joie immense à mettre des mots sur ce que je vois et ressens, sachant très bien que ce ne sont que mes perceptions et non la vérité. Mais je n'ai jamais prétendu détenir aucune vérité à part d'être vivant. Et la vérité n'est qu'un vent fugace et impermanent. L'œuvre réelle est celle de l'abandon, me raconte Pierre Bertrand. Et elle coule d'autant plus intensément qu'elle a été davantage contenue. C'est parce que la vie a été tellement absurde que la création lui donne un tel sens. La vraie vie n'est pas ailleurs, mais ici, c'est plutôt la vie fantasmée, idéalisée, fausse qui se trouve perpétuellement ailleurs. C'est à cela qu'une partie de ma vie fut absurde à force de trop rêver d'idéaux inatteignables et d'illusions. Mais il est encore temps de me réchapper en recherchant non pas l'œuvre idéalisée mais réelle. Qu'est-ce que vivre ? Quel est le sens de ma vie ? La vie se passe dans les interstices et entre chaque mot prononcé ou tu. J'ai tenté de construire les meilleures conditions pour mon éclosion, pour la naissance de mon œuvre, alors que ces conditions m'étouffaient. Pourtant j'ai fait preuve de beaucoup de folie, d'imperfection et de déséquilibre qui sont nécessaires à toutes œuvres véritables. Est-ce à moi de juger si une œuvre est véritable ou pas ? J'ai tellement sorti des sillons et des règles conventionnelles que peu de monde a été en mesure de me comprendre, ni de m'écouter réellement. C'est parce qu'un jour j'ai cessé d'avoir peur du ridicule et des dangers que je me suis mis à marcher. Et j'ai beaucoup marché. Dans mon sillon, j'ai réussi à faire marcher un millier de gens, sinon plus, car la peur était absente de mes rêves. Et puis un jour, j'ai recommencé à avoir peur lorsque la solitude s'est faite plus présente. Et c'est alors qu'une seconde œuvre s'est mise à se matérialiser à l'aide de mots et d'idées pour d'autres raisons que celles que j'ai toujours cru. Je vois la vraie vie dans l'herbe sauvage qui pousse dans les interstices de l'asphalte civilisé et qui me rappelle mes racines profondes. Pierre Bertrand, dans sa grande lucidité, me rappelle que seuls les chemins détournés, de traverse, semblant n'aller nulle part ou ne conduire qu'à l'impasse, conduisaient à l'œuvre réelle. Ces mots me semblent sortir droit de ma bouche. Comment pourrais-je me passer des mots empruntés par mes amis de lettres et mentors ? Plus concrètement, il me faut trouver mes propres mots, laisser agir et faire confiance à ma sensibilité singulière. Je n'ai aucune réelle intention de plagier qui que ce soit. Ce que je recherche avant tout, c'est d'apprendre sur ceux qui me précèdent et qui ont quelque chose d'intelligent à dire. La poète russe Anna Akhmatova a dit : non, ce n'est pas moi, c'est une autre qui souffre. Je n'ai pas le choix de créer pour ne pas me laisser mourir. Ce qui me rend fou, me rend plus sage. Or, ma joie doit être forte pour donner le change à ma souffrance. Rimbaud a dit qu'il avait horreur de la patrie et que si elle existe, c'est pour me permettre d'exister aussi. Vous êtes-vous déjà demandé si vous étiez normal ? Normal se rapproche de la conformité. C'est une ligne à respecter pour passer inaperçu. N'est-ce pas là une étrange constatation que la vie des gens normaux ? Et si être normal dans cette société est d'être absurde, je m'abstiendrai à cette danse qui ne me mène nulle part. J'ai toujours été un inassimilable, mais en même temps influençable. Quel joyeux paradoxe ! Quelle joyeuse fête que la mienne à toujours essayer de me réinventer. Quel malheur de n'être jamais satisfait de ce qui est. J'ai toujours recherché à ma façon de sortir des innombrables clichés qui encombrent les propos et les esprits des hommes. Et si mes idéaux n'étaient que de pures spéculations à travers mes espoirs qui ne peuvent se manifester ? Et c'est parce que je me sens malade que je recherche, par la création, à me soigner. Or, nous sommes tous malades, à la différence qu'il y en a qui le savent et d'autres pas. C'est parce que j'ai expérimenté l'enfer que j'aspire au paradis. Et même s'il n'existe pas, je dois tenter de l'écrire pour ne pas oublier à quoi sert l'espoir. La prison que j'exhorte fait aussi partie de moi-même. À quand le grand réveil ?


.jpeg)

Aucun commentaire:
Publier un commentaire