7 septembre|
Je viens d'adopter un lieu qui me ressemble en face du kiosque champêtre au grand parc. À quelques rues de la maison. Mi ombre, mi soleil, cet endroit me comble de bonheur. Allongé sur ma grande et belle couverture orientale et quelques coussins. Des passants circulent lentement sous les grands arbres. Le temps semble s'arrêter ici dans la douceur de la fin d'été. J'écris des haïkus alors que la musique du monde me déverse du sens. Tout y est. Ici, plus rien à attendre de quoi que ce soit, de qui que ce soit. Une grande famille pique-nique à côté. Mon père m'amenait manger dans le grand parc des sandwichs au jambon et de petits gâteaux à la vanille que ma grand-mère nous préparait. Mon père riait toujours, nous étions heureux. Les plaines d'Abraham ont toujours été mon deuxième refuge. Cœur et poumons prennent une pause dans cet oasis au milieu de la ville. Je réussis ici à fixer l'instant présent dans la beauté et le calme. Hier, nous avons fait du vélo, mon amie et moi, à la campagne. Tout a été éblouissant sauf le repas que j'ai fais qui était trop épicé. Le bonheur est là tout près dans la simplicité du geste retrouvé, de la parole silencieuse. Que dire de plus après cette randonnée sur des routes ravissantes et fraîches. Que dire qui ne pourrait interrompre le charme et la beauté du moment présent devant le coucher du soleil en haut de la falaise qui se jette dans le fleuve à côté de l'église du village ? J'aime regarder les gens dans le parc lorsqu'ils ne sont pas affairés. C'est aujourd'hui la fête du travail. Peu d'endroits existent comme celui-ci dans la cité. Frissons de saule. Vois comme c'est beau d'ici. Le temps s'arrête. - Marcher dans le bois. La lumière timide. Un passant reçoit. - La main tendue. Belle forêt sonore. Partir encore. - Un curieux songe. Le vent joue sur la lune. Pose la question. - Clair et intrépide. Le petit ruisseau chante. Merci d'être là. - Aimer la beauté. Fragilité notoire. Mon âme est plurielle. Et puis tout à coup je m'endors, tranquille et serein.
Ce que je crains, c'est l'absence d'empathie et de bienvaillance, et donc de solidarité. À quoi serviront tous les beaux discours, s'ils ne servent qu'à diviser au lieu d'unir ? Pourtant un jour viendra, où une voix commune devra s'élever. C'est vrai en politique, en économie et en culture. Or, je ne suis pas le seul à constater la dérive de l'empire des humains. La vanité au cœur est grande de ceux qui tirent les ficelles, et on sait qu'ils sont nombreux. Il faut travailler davantage en amont, à commencer par éduquer réellement et à donner l'exemple au lieu de toujours gémir de façon chaotique. Il est utile, voire même urgent, de commencer par créer des groupes de discussion, puis d'attribuer des responsabilités en fonction des compétences avec le consentement des gens concernés. Il est utile de créer des contextes dans lesquels des gens différents sont amenés à collaborer et à vivre des choses ensemble. Les sociétés auront bientôt atteint une limite à se fragmenter et à se diviser. C'est en partageant des objectifs communs et des émotions avec des étrangers qu'on apprend à les apprécier et à se faire apprécier d'eux. Les slogans seuls ne suffisent plus, seules les actions demeurent. En mobilisant nos talents et notre volonté, on peut mettre en place des systèmes résilients parallèles de la société actuelle. Ce qui nous arrive actuellement avec nos voisins du sud devrait nous montrer la marche à suivre pour développer des modèles d'organisation collective et communautaire plus résistants et plus collaboratifs. Il faut prendre soin davantage des gens afin de créer des conditions de dignité individuelle et sociale. On doit repenser notre rôle dans la nature en tant que partenaire et non d'exploitants. Arthur Keller est jeune et surtout très doué pour développer des systèmes en cas d'effondrement de l'empire humain. Conférencier et expert, il travaille aussi pour créer des stratégies de résilience. L'ouvrage que je viens de débuter laisse la place aux intervenants et aux penseurs qui s'inquiètent de la marche du monde. Ensemble, ils tentent de trouver de nouvelles stratégies, non pas pour acheter mais pour racheter le monde. Je vous entends dire, encore des rêveurs, des utopistes ou des prophètes de malheur. Tous ses gens sont nécessaires pour offrir des solutions et tenter de corriger le tir. Il faut qu'on observe des passages à l'acte au lieu de regarder passivement le bulletin de nouvelles. Le temps est venu pour une véritable renaissance. Il y a des combats de fond à mener, des déconstructions mentales et des mutations culturelles à opérer, sans quoi le monde actuel ira à la dérive. La première résistance doit débuter par des groupes de réflexion et de philosophie pour nous apprendre à mieux penser. Il ne suffit pas ici de faire des gains ou avoir raison, mais de partager ensemble nos voix en dehors de vases clos. Discuter, échanger sur les vrais enjeux individuels et sociaux m'apparaît urgent pour diminuer le chaos ambiant. En bref , il s'agit de reprendre un pouvoir qui nous a échappé pour les tentations des valeurs marchandes et spéculatives. Le système actuel ne tient qu'à un fil. Observez s'affoler les décideurs et les administrateurs devant les menaces trumpistes. Ce ridicule et grotesque manipulateur a vu le jour par notre vanité, notre ignorance et le vide que nous avons créé. Je sais bien que plusieurs s'attablent en ce moment en coulisse pour trouver des solutions durables. Mais pour les trouver, tout le monde, sans exception, est concerné par de nouvelles perspectives sans aucun autre intérêt qu'évoluer au lieu de disparaitre.
5 septembre |
Donner est-ce toujours un don de soi ? Comment expliquez-vous ce processus ? Il y a une rupture du don de soi dans la modernité en comparaison avec le christianisme à partir du XIIIᵉ siècle. Lorsque l'intérêt surgit, le don de soi disparaît. Il y a aussi l'expression qui dit ne pouvoir offrir ce qu'on n'a pas. Ceci est paradoxal en affirmant qu'on ne peut recevoir qu'en donnant. Il arrive que l'intérêt de soi soit devenu plus grand que l'altruisme dans la modernité. On pourrait même ajouter que l'intérêt devient une passion. Force est de constater que le désintéressement n'est plus aussi populaire qu'il l'a déjà été. Le système capitaliste et la chute du christianisme offrent moins aujourd'hui chez les gens le goût du don de soi désintéressé, sauf pour la mère et son enfant. L'image de soi, le narcissisme, la passion pour les intérêts, le fric et l'individualisme ambiant ne préconisent pas le désintéressement et le don de soi, comparativement à d'autres époques et d'autres lieux. Pascal disait que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Je crois qu'on peut toutefois donner si on a rien. La question n'est pas là. On a beau critiquer le christianisme dans son ensemble, mais les valeurs humaines qui ont dominé le monde pendant des siècles nous en proviennent, et plus précisément à partir du XIIIᵉ siècle. Dès sa chute, les valeurs humaines jadis véhiculées se sont transformées en valeurs marchandes sans toutefois devenir généralisées dans l'étendue du monde, bien heureusement. Les franciscains proviennent de cette époque, dont l'étymologie du nom provient de saint François d'Assise et qui fut un symbole fort du don de soi après la naissance de Jésus. Il a banni son père pour se donner entièrement à Dieu, par exemple. Le don de soi et la charité ont été institutionnalisés tout en contenant certaines lacunes et contradictions. Saint Thomas d'Aquin a dit que si le don était pour être admiré de tous, ce n'était pas une vertu mais un vice. Or, le don de soi est encore visible de nos jours, malgré qu'il perde son intensité et parfois même sa présence. Le don de soi faisait partie du sacrifice à Dieu et à son prochain. Le don de soi est considéré, dans la seconde moitié du christianisme, comme un travail sur soi et comme une œuvre à Dieu. Le don de soi devient alors une éthique et une morale sous l'égide du christianisme. On peut se demander si ce système de croyances était créé pour donner du sens et de l'ordre dans le monde qui, bien à des égards, était chaotique. Est-ce possible que ces nouvelles louanges servaient pour asservir le monde ou bien pour obtenir du pouvoir ? Le fanatisme chrétien s'étant réduit considérablement, le caractère sacrificiel du don de soi s'est aussi mis à disparaitre progressivement. Lorsqu'on parle de don de soi, c'est toujours associé au désintéressement. Je puise une partie de mes réflexions et de mes informations sur France Culture pour raffermir mes connaissances et mon esprit critique. Avis aux intéressés qui parlent, sans néanmoins aller au fond des choses. Le don de soi sacrificiel à Dieu n'est pas désintéressé car on obtient son mérite en échange, ce qui est curieusement paradoxal. Un don de soi par intérêt démontre de la vanité. Dans la Grèce antique, un pauvre ne pouvait pas faire un don de soi, car il n'avait ni la force ni rien à offrir. Tout cela a changé avec la naissance du Christ qui a profondément changé les valeurs sombres et partisanes de cette époque jusqu'à nos jours. Mais où en sommes-nous aujourd'hui avec le don de soi ? Je me pose réellement cette question depuis une semaine avec ce que j'ai à offrir. Une amie m'a dit que le don de soi est de s'occuper de quelque chose de vivant. Je n'ai pas de réponses faciles en ce qui me concerne qui soient de l'ordre du plus pur désintéressement, du moins pour le moment. Sur un tout autre ordre d'idée, j'avoue posséder une addiction pour le téléphone. Parfois, je me surprends à le fixer, comme si j'attendais quelque chose qui sorte de la boîte et pour me distraire. Une légère et bien étrange attente. Bien que j'écrive le blogue sur l'appareil chaque soir, je ne suis pas du genre médias sociaux en commentant un tas d'imbécilités à des gens qui ne savent même pas que j'existe et qui ne sont nullement intéressés à me connaître. À quoi bon alors parler tout seul devant un écran ? C'est plutôt le fil de l'actualité que je défile abondamment. À vrai dire, c'est ce que je préfère des médias, les nouvelles. J'écoute beaucoup de musique, chose que je ne faisais pas il y a à peine un an. Le plus difficile à la retraite, c'est de devoir remplir l'agenda pour éviter de fixer la fenêtre. Encore que c'est souvent plus attrayant que le téléjournal. Ça prend du courage pour vivre, de la volonté et de la force lorsqu'on voit ses facultés diminuées. Or, je suis bien vivant et en relative forme. Ici, je rumine, je n'aime pas ça. C'est pour ça que je pratique la pleine conscience. Mes pensées tournent en boucle, j'ai le vertige, la nausée. Aucun bruit ici-git. La pluie se met à danser. Et je vous écris. Une vapeur d'eau. La fleur est toute belle. Rien ne m'échappe. Le regard au loin. Jeune femme qui passe. Et le silence. Le haïku me permet de changer mon discours lorsque celui-ci devient trop lourd et peu profond. Dans la pratique du zen, le koan est utilisé pour freiner le mental. C'est une énigme, une question ou une courte affirmation n'ayant aucun sens pour tromper le mental afin qu'il prenne une pause ou qu'il se taise. Le blogue que j'entretiens exige beaucoup d'énergie mentale. Le koan et le haïku, tous deux orientales aident en ce sens pour freiner toutes analyses mentales superflues. De toute évidence, je ne dois pas m'identifier outre mesure à mes nombreuses pensées si souvent délétères. Je reconnais que je manque d'humour dans mes écrits. Parfois, je prends un livre plus léger qu'après quelques minutes, je le délaisse sans aucuns regrets et que plus tard, il prend rapidement la boîte à livres. Il y a beaucoup de boîtes à livres sur différentes rues de la ville. La plus riche et diversifiée que je connaisse est celle sur l'avenue Cartier. Elle est à l'image des gens qui y vivent. Ici les livres circulent vite, très vite. J'ai modifié quelques habitudes du genre à éviter de comparer, de faire des clivages du genre ça c'est bon, ça c'est mauvais, lui est bien et lui moins bien. Il est préférable de dire que c'est différent, qu'il est différent. Je ne suis pas un fan des spectacles d'humour ni même du théâtre. Les activités culturelles que je préfère sont de loin le cinéma et les ateliers de philosophie et de parole. J'éteins la lumière, où va-t-elle ? Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as. Lorsque tu n'as plus rien à faire, que fais-tu ? sont des exemples de koan. Les philosophes modernes me plaisent, car ils regardent et ils habitent le même monde que moi. Je ne dis pas que les classiques m'ennuient, loin de là. Des fois, je me demande si je suis intelligent. Sensible certes, mais intelligent, je ne saurais pas me situer. Les qualificatifs et les adjectifs s'expliquent en les comparant. Triste à dire. Je pourrais bien passer des tests pour obtenir un tableau précis sur mon intelligence, mais je préfère éviter, de crainte d'être blessé par de mauvais résultats. Lorsque j'étais enfant à l'école, les seuls soutiens étaient les orienteurs professionnels. On nous faisait passer une série de tests où il fallait cocher de petites cases pour répondre à une multitude de questions qui me paraissaient absurdes. Si on avait un problème, c'était dans la cour d'école que ça se réglait. Ceux qui cognaient dur n'étaient pas toujours les plus doués. Et ceux qui avaient peur d'eux non plus. J'ai très peu de bons souvenirs de l'école en bas âge et à l'adolescence non plus, m'affirmant naïvement dans la délinquance. Et puis à quoi ça sert de remuer tout ça ? Pour me rappeler d'où je viens et pour faire un parallèle avec où je vais. Mais ça ne sert à rien aussi, car je n'ai plus vraiment de but à atteindre à part de désirer être en paix et en santé. J'exagère, comme toujours, je suis un vétéran sarcastique. Or, mes combats ne sont et ne seront plus les mêmes à compter de maintenant, car j'en ai décidé. Il paraît qu'à tous les sept ans un nouveau cycle s'amène. Ça doit bien faire cela. Oh ! que le temps passe vite dans cette constellation. Mes humeurs ont changé depuis peu pour le mieux, je le perçois et le ressens. Avant que vous me le disiez, je sais que je parle pour rien dire ou presque. Je prends cela comme un genre d'intermède léger avant de poursuivre plus tard dans du plus costaud. Et pendant tout ce temps, je me demande comment préparer ma sortie du blogue pour la soirée. C'est plus difficile d'en sortir que d'y entrer. J'aime bien écrire en pensant que des gens me lisent, même si c'est peut-être le contraire. Si c'est une illusion, celle-ci je ne veux pas la perdre. Cela donne du sens dans quelque chose qui en a pas. Demain, je partirai avec une amie sur ma bicyclette céleste qui me fait rêver et me détend. Je vous y reviendrai avec des commentaires et des photos, comme à chaque sortie. Et si vous n'êtes pas là, je ferai avec, car c'est souvent comme ça que ça se passe.
4 septembre |
Étant confronté à une menace, l'organisme envoie un signal pour nous indiquer qu'il y a un danger. Or, notre corps ne fait pas toujours la différence entre une menace réelle et une fausse menace. On parle d'ailleurs de réaction de combat, de fuite ou d'immobilisation devant le danger. Notre réaction dépend moins de l'événement que du sens que nous lui accordons. Jusque là, ça va très bien. Le stress produit une quantité d'hormones afin de réagir. Le véritable problème surgit lorsqu'il n'y a vraiment pas de dangers et que le stress se répète. Je déborde de la philosophie à laquelle j'avais habitué mes lecteurs, s'il y a lieu. Il faut comprendre que jadis la philosophie et la psychologie étaient réunies dans un même champ d'études. Chacun d'entre-nous a d'ores et déjà utilisé les trois réactions énumérées précédemment. Qu'arrive-t-il lorsque le cerveau nous indique une menace éminente associée au passé qui ne s'applique plus ? Il y a les vieilles menaces qui nous ont troublés à différents niveaux, les uns n'ayant peu ou pas de séquelles et d'autres qui se sont imprégnées dans le subconscient, prêtes à réagir au moindre coup de vent. Une sorte de réchauffement du système nerveux se produit alors, altérant la réalité et la qualité de vie. Plusieurs sont manifestement concernés par ces faits. On ne cesse de nous raconter que le stress est le mal du siècle. C'est pour cette raison qu'une panoplie de médicaments allant des antidépresseurs, des psychotiques et des anxiolytiques jusqu'aux drogues illicites et légales de plus en plus fortes sont présentes actuellement. Je raconte tout cela pour en venir à la pratique de la pleine conscience. De nombreuses études ont récemment démontré qu'une telle pratique est largement bénéfique pour le cerveau. Pourquoi alors s'en passer ? La clé d'une telle approche contre le stress implique l'activation d'un système d'auto-engagement à se mettre à l'écoute de soi-même. Le cerveau est constitué de deux systèmes, le sympathique et le parasympathique. L'un agit comme un accélérateur et l'autre comme un frein, les deux s'équilibrant entre eux. Le problème, c'est lorsque le frein fait défaut devant un danger est mis à mal. Il devient primordial d'identifier et d'accepter les vieux schémas mal adaptés par défaut pour ensuite dissiper les ténèbres des réactions inconscientes par la pratique et qui, somme toute, ne requiert que quelques temps dans une journée. Je vais arrêter là sur le sujet, car il serait fastidieux de vous raconter les quelques 350 pages de l'ouvrage que je suis en train de lire. La psychologie est un grand et complexe domaine qui touche principalement les émotions et les pensées qui s'en trouvent affectées par différentes problématiques. Je crois fermement à l'auto-guérison, sans toutefois minimiser les aides extérieures. La pleine conscience est la plus simple, la plus facile et la plus accessible des approches à intégrer au quotidien pour reprendre le contrôle de sa vie. La pleine conscience permet de moins réagir à la moindre contrariété et de répandre le calme dans le corps-esprit. Une personne saine se reconnaît dans l'union de ce dernier. À vrai dire, je trouve ennuyeux mes propos ce soir. Bien que tout cela soit important et bien exprimé. La rationalité du dernier chapitre ressemble à quelqu'un qui éprouve de la difficulté à créer quelque chose de nouveau. À cela, je vais irrémédiablement passer à autre chose en vous souhaitant bonne nuit.
3 septembre |
Le monde offre des apparences de familiarité tout en cachant une terrible étrangeté. La croyance et la connaissance de l'être humain succombent également à un leurre qui se retourne contre lui. La vision va bien au-delà de la croyance et de la connaissance. La vision a un lien direct avec l'acte de créer. Combien d'entre vous ont ce sentiment étrange d'isolement ? C'est une question pertinente dans laquelle j'aimerais bien vous entendre ? Comment se fait-il que ce sentiment devienne plus fort chez les uns et pas chez les autres ? C'est une question que j'apporterai prochainement aux ateliers philosophiques et dont j'aurai beaucoup de bonheur à partager. Et comment fait-on pour y remédier, quand même que l'on est entouré de gens qui nous sont chers ? C'est dans la pensée que le mal s'enracine. Enracinée telle une blessure qui ne guérit pas, qu'arrive-t-il alors lorsqu'il devient difficile de rompre avec cette affectation ? Une souffrance devient plus forte si on tente impunément de la fuir. Et si cet isolement ressenti n'était qu'un souvenir refoulé qui n'existe plus ? Et puis un jour, comme par miracle, on devient moins seul avec soi-même par la conscience et l'apprentissage. Comment est-ce possible et quelle sera la nouvelle dimension de cet affranchissement ? Tôt ou tard, on n'a pas le choix de travailler sur soi et d'arrêter de fuir par en avant. Tôt ou tard, il faut bien avoir le courage d'affronter nos vieux démons avant qu'ils nous emportent en enfer. On ne pourra jamais savoir à quel moment aura lieu la renaissance. Je doute qu'une guérison totale puisse s'exercer. Il a fallu que quelques mots de Pierre Bertrand au sujet du sentiment d'isolement pour que les miens coulent comme un torrent. Et si l'écriture était l'élixir pour contrer les distorsions cognitives ? Or, la blessure fut réelle, mais ne devrait pas subsister au-delà d'un certain temps. Si tel est le cas, on parle d'un choc post-traumatique suivi de distorsions cognitives si les efforts ne sont pas mis en place pour y remédier. Il y a une chose à retenir, c'est qu'il y a toujours une cause à chaque problème et toujours une solution pour s'en sortir. Ressentir un sentiment d'isolement éprouve fortement celui qui le porte dans son intégrité et son rapport avec les autres. La réalité devient ainsi déformée à celui qui en est affecté en réduisant sa capacité d'être serein et joyeux. Les masques ne peuvent pas être portés indéfiniment, ils finissent tous par s'assombrir et se fissurer. Il est de notre devoir à tous d'observer les identités que nous portons associées aux comportements que, bien malheureusement, nous approuvons inconsciemment. Dans la mesure où nous agissons, nous démontrons notre impuissance à changer les choses et le manque de courage et de volonté pour transformer les fausses réalités qui nous affectent. Il n'y a pas de répit à travailler sur soi. Parfois, il ne suffit qu'une étincelle pour changer le cours d'une vie. J'ai largement débordé ce soir du livre auquel je m'étais pourtant consacré. Il n'a suffit que quelques mots de l'auteur pour m'éveiller. En ce sens, je considère avoir réussi à colmater une brèche, mais pour combien de temps avant que l'eau remonte à nouveau ?
2 septembre |
Que s'est-il passé de spécial aujourd'hui à part d'être encore vivant ? Aujourd'hui, je suis allé à une rencontre sociale où une quarantaine de participants s'y sont rencontrés. C'est lorsque je revois certaines personnes que j'ai connu il y a une dizaine d'années et plus, où ils étaient jeunes et fringants que je réalise à quel point la vie est si fragile. Doivent-ils dire la même chose de moi, en évitant de me saluer ou de se remémorer le passé ? Peut m'importe, leurs vies pour moi n'a plus d'importance comme elles l'ont déjà été. Avec le temps, j'ai appris à me détacher d'un tas de choses et de gens. Laissons aller le bois mort dans le courant de la rivière, disait Bouddha. Malgré les échanges cordiaux, c'est pas facile pour plusieurs de rester dans l'instant présent. Les projets à venir et les expériences du passé font partie de la tribune. Les gens ont une sorte de gêne ou d'inconfort pour discuter des grands thèmes avec des inconnus. Peut-être ont-ils peur du ridicule ou d'être juger, qu'en sais-je s'ils ne s'expriment pas ? Ce n'est que majoritairement à la retraite que les barrières pour certains tendent à s'écrouler, car ils constatent qu'ils n'ont plus rien à perdre et tout à gagner. Or, je ne m'attendais pas à autre chose d'une épluchette de blé d'Inde, sauf d'en manger. La plupart des convives sont des gens engagés envers des causes sociales ou environnementales. Hier, j'ai terminé un autre bouquin, que déjà un autre m'attend. Je m'étonne du peu de mémoire sur ce que j'écris ou lis. Et puis, quelle importance cela a-t-il ? Je n'ai aucun compte-rendu ou travail quelconque à remettre ou à éditer. Ce qui importe, c'est le plaisir de lire et d'écrire dans l'instant présent. Si des choses ou des poussières demeurent, c'est tant mieux, sinon c'est tant pis. Je n'ai de compte à rendre à personne sauf à moi-même. J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour les gens qui possèdent une mémoire phénoménale pour des grandes idées de différentes natures. Les historiens et les philosophes, par exemple, ne cessent de m'étonner pour les mêmes raisons. Par ce fait même, ils sont reliés aux grandes pensées qui ont évolués au fil du temps, leur offrant la possibilité de développer un sens critique basé sur des faits et des théories. On ne peut en dire autant du monde moderne qui est de plus en plus fragmenté dans une vision très courte et superficielle. Héraclite disait que la belle harmonie naît de l'opposition, la belle harmonie naît de ce qui diffère et s'oppose, à la condition que l'opposition ne dégénère pas en tuerie ou en massacre. La preuve de nos différences de plus en plus marquées sont dans les termes gauche-droite, que nous n'entendions pas jadis. De toute façon, nous sommes condamnés à vivre ensemble. La création, si chère à Pierre Bertrand, ne peut s'accomplir qu'à partir d'une opposition. Toute transformation provient d'une tension entre pôles contraires. Il faudrait devenir un oriental pour goûter la belle harmonie en se dissociant du bien et du mal, du dualisme. Quiconque se définit ou tente de se définir lui-même voit les limites de cette définition. Comment pourrais-je arriver à me définir, lorsque je suis constamment en perpétuelle mutation ? La part de l'inconnu en soi est aussi essentielle que le connu. Ainsi nous ne pouvons assumer pleinement notre disparité parce que nous sommes impurs et incomplets dans le sens même de notre nature et de nos possibilités. Les humains ont trop tendance à insister sur ce qu'il devrait et voudrait être, insuffisamment sur ce qu'ils sont. Nous passons trop de temps à nous projeter dans l'avenir avec des objectifs disproportionnés à ce que nous sommes. Ce n'est qu'en partant de ce que nous sommes, de là où nous sommes, qu'on peut aller de l'avant. Dès les premières pages du troisième ouvrage de Pierre Bertrand, je suis ému de constater à quel point l'auteur réussit à mettre des mots précis sur la complexité et la nature des hommes. La lumière monte de l'obscurité ou variations sur les thèmes de la vision et de la création est le titre de cet ouvrage rempli de lucidité et de pertinence. La création est pour lui le thème principal de son travail. Le seul don que nous fait la vie est dans le présent. Alors, pourquoi s'en faire s'il ne suffit que de s'attarder à l'instant présent ? Vous savez tout comme moi combien il est difficile de vivre constamment dans l'instant présent avec toutes les tâches à faire. Il y a tellement de choses qui nous y distraient qu'il faut obligatoirement mettre un frein à tous ces murmures pour ne pas passer à côté du présent que la vie nous offre. Toujours de nouveaux défis se dressent devant nous sans qu'on les commande. C'est une raison de plus pour revenir dans l'instant présent, l'endroit seul où nous pouvons reprendre notre souffle et notre force. Les défis sont là, même si nous ne voulons pas nous y soumettre, car la vie n'est pas conçue pour attendre. Pascal disait que ne pas choisir, c'est encore choisir. C'est par la création que nous pouvons faire face aux défis qui s'annoncent et qui s'annonceront toujours avant notre dernier repos. La création met en lumière l'obscur, rend extraordinaire le banal, confère un sens et une nécessité à l'absurde et à l'aléatoire. Ainsi aide-t-elle à vivre.
1er septembre |
Concrètement, il s'agit d'en faire le moins possible, afin que le noyau de l'action et de l'agitation se dégage. L'homme doit s'accrocher, pour ainsi dire, à lui-même, s'accrocher à ses croyances et convictions pour ne pas sombrer dans le sans-fond absurde et amoral. Évaluer n'est pas juger. Le travail d'écriture est un travail sur soi, d'allégement, de libération. Et c'est précisément toute cette énergie née de l'impuissance, de l'échec et de la frustration qui rendra l'écriture si forte et intense quand elle parviendra à couler. L'ennui s'est logé au fond de moi dès ma naissance. Depuis, elle n'a jamais cessé de m'habiter au point de presque en devenir fou. L'ennui, c'est que souvent, l'ennui apparaît souvent sans aucunes raisons valables. Comment pourrais-je m'ennuyer lorsque je suis avec moi-même ? Je connais les causes, mais cela ne chasse pas pourtant l'ennui, qui accapare mon esprit. Seule la pleine conscience arrive à déloger ce mal qui obstrue la vie qui coule en moi. Encore faut-il être rigoureux et constant dans la pratique, sans quoi elle n'est qu'une pure distraction comme bien d'autres. Les obstacles rencontrés au point de départ ne seront jamais franchis une fois pour toutes, ils réapparaîtront constamment en cours de route, et c'est à les franchir toujours de nouveau que l'acte d'écrire reprend son cours. Écrire me permet de libérer ma vie, sans aucun doute. Écrire provient d'une insatisfaction, d'un malaise, d'une souffrance. Écrire implique une grande solitude, comme quoi j'avais besoin de retrouver l'être véritable qui ne s'était jamais dévoiler sous ce jour. Écrire pour moi doit dépasser le jeu et toutes les règles. Écrire, c'est sortir du moule, du cadre établi. Écrire me donne l'impulsion dont j'ai besoin pour rester vivant. Écrire, c'est faire tomber les masques. L'œuvre idéale n'est qu'un fantasme que nous ne pourrons jamais accomplir, mais cela ne nous empêche pas de nous y attarder, sans toutefois avoir de trop grandes attentes. J'éprouve une joie immense à mettre des mots sur ce que je vois et ressens, sachant très bien que ce ne sont que mes perceptions et non la vérité. Mais je n'ai jamais prétendu détenir aucune vérité à part d'être vivant. Et la vérité n'est qu'un vent fugace et impermanent. L'œuvre réelle est celle de l'abandon, me raconte Pierre Bertrand. Et elle coule d'autant plus intensément qu'elle a été davantage contenue. C'est parce que la vie a été tellement absurde que la création lui donne un tel sens. La vraie vie n'est pas ailleurs, mais ici, c'est plutôt la vie fantasmée, idéalisée, fausse qui se trouve perpétuellement ailleurs. C'est à cela qu'une partie de ma vie fut absurde à force de trop rêver d'idéaux inatteignables et d'illusions. Mais il est encore temps de me réchapper en recherchant non pas l'œuvre idéalisée mais réelle. Qu'est-ce que vivre ? Quel est le sens de ma vie ? La vie se passe dans les interstices et entre chaque mot prononcé ou tu. J'ai tenté de construire les meilleures conditions pour mon éclosion, pour la naissance de mon œuvre, alors que ces conditions m'étouffaient. Pourtant j'ai fait preuve de beaucoup de folie, d'imperfection et de déséquilibre qui sont nécessaires à toutes œuvres véritables. Est-ce à moi de juger si une œuvre est véritable ou pas ? J'ai tellement sorti des sillons et des règles conventionnelles que peu de monde a été en mesure de me comprendre, ni de m'écouter réellement. C'est parce qu'un jour j'ai cessé d'avoir peur du ridicule et des dangers que je me suis mis à marcher. Et j'ai beaucoup marché. Dans mon sillon, j'ai réussi à faire marcher un millier de gens, sinon plus, car la peur était absente de mes rêves. Et puis un jour, j'ai recommencé à avoir peur lorsque la solitude s'est faite plus présente. Et c'est alors qu'une seconde œuvre s'est mise à se matérialiser à l'aide de mots et d'idées pour d'autres raisons que celles que j'ai toujours cru. Je vois la vraie vie dans l'herbe sauvage qui pousse dans les interstices de l'asphalte civilisé et qui me rappelle mes racines profondes. Pierre Bertrand, dans sa grande lucidité, me rappelle que seuls les chemins détournés, de traverse, semblant n'aller nulle part ou ne conduire qu'à l'impasse, conduisaient à l'œuvre réelle. Ces mots me semblent sortir droit de ma bouche. Comment pourrais-je me passer des mots empruntés par mes amis de lettres et mentors ? Plus concrètement, il me faut trouver mes propres mots, laisser agir et faire confiance à ma sensibilité singulière. Je n'ai aucune réelle intention de plagier qui que ce soit. Ce que je recherche avant tout, c'est d'apprendre sur ceux qui me précèdent et qui ont quelque chose d'intelligent à dire. La poète russe Anna Akhmatova a dit : non, ce n'est pas moi, c'est une autre qui souffre. Je n'ai pas le choix de créer pour ne pas me laisser mourir. Ce qui me rend fou, me rend plus sage. Or, ma joie doit être forte pour donner le change à ma souffrance. Rimbaud a dit qu'il avait horreur de la patrie et que si elle existe, c'est pour me permettre d'exister aussi. Vous êtes-vous déjà demandé si vous étiez normal ? Normal se rapproche de la conformité. C'est une ligne à respecter pour passer inaperçu. N'est-ce pas là une étrange constatation que la vie des gens normaux ? Et si être normal dans cette société est d'être absurde, je m'abstiendrai à cette danse qui ne me mène nulle part. J'ai toujours été un inassimilable, mais en même temps influençable. Quel joyeux paradoxe ! Quelle joyeuse fête que la mienne à toujours essayer de me réinventer. Quel malheur de n'être jamais satisfait de ce qui est. J'ai toujours recherché à ma façon de sortir des innombrables clichés qui encombrent les propos et les esprits des hommes. Et si mes idéaux n'étaient que de pures spéculations à travers mes espoirs qui ne peuvent se manifester ? Et c'est parce que je me sens malade que je recherche, par la création, à me soigner. Or, nous sommes tous malades, à la différence qu'il y en a qui le savent et d'autres pas. C'est parce que j'ai expérimenté l'enfer que j'aspire au paradis. Et même s'il n'existe pas, je dois tenter de l'écrire pour ne pas oublier à quoi sert l'espoir. La prison que j'exhorte fait aussi partie de moi-même. À quand le grand réveil ?
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