Allégeance

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



26 août |



24 août |

L'homme créé pour sortir de l'enfer, pour sortir de l'étouffement. L'art s'exprime par des milliers de façons. Pendant plus de cinquante ans, j'ai créé des centaines de parcours et de voyages de différentes façons et par tous les transports inimaginables. À pied ou à vélo sont ceux dont je garde les meilleurs souvenirs. J'ai fait tout cela non pas seulement pour fuir, me détendre, pour apprendre, pour travailler, mais aussi pour créer. J'ai passé ma vie à me créer des chemins et des itinéraires sur mesure. Un jour que je trouvais que j'avais pas mal de matière, j'ai commencé à offrir ces randonnées et ces voyages au grand public. Les fans de Forrest Gump l'ont suivi pendant trois ans et deux mois. De mon côté, des gens m'ont suivi pendant trente ans. Tous ces parcours étaient pour la plupart inédits et exclusifs. Ce qui ne nous tue pas, nous stimule. C'est lorsqu'on est sur le point de rendre les armes qu'une nouvelle force monte en nous. C'est au fond de l'impasse qu'apparait soudainement une porte de sortie. Coincé entre des impossibilités, j'ai toujours réussi à me faufiler et à créer quelque chose qui échappe aux modèles et aux normes. Comme je me reconnais dans ce passage de Pierre Bertrand dans le cœur silencieux des choses. Et c'est à cette multitude de lectures que j'en viens à découvrir de nombreuses vérités que je partage avec les auteurs qui ont le courage ou la nécessité d'écrire. C'est en me faufilant que je passe inaperçu. Je pense ici à tous les endroits interdits où j'ai marché et dormi. Tout peut être dit, cela dépend de la manière dont on le dit. Je fais l'expérience de ce que je suis ou de celui que je crois être. Je dois sans cesse repartir à nouveau au milieu des incertitudes, de ma fragilité, de mon ignorance et de mon manque d'assurance. Parfois, j'aimerais pouvoir arrêter de penser, de gémir, ne serait-ce que pour reprendre mon souffle, pour reprendre le fil de mes pensées. J'aimerais pouvoir mettre un thermostat sur mes pensées pour les réduire au minimum. J'aimerais pouvoir filtrer mes pensées pour abandonner celles qui ne me conviennent pas. Ce que je pense, ce que je sens peut être faux ou illusoire, mais l'acte de penser ou de sentir est incontestable. Le contenu de mes affects est parfois illusoire, comme lorsque j'ai peur ou je panique pour rien, sans raison. Comment peut-on faire pour rester aussi longtemps dans l'ignorance ? On est tous ignorants, car on ne connait pas l'avenir et la façon dont nous y serons. On est tous ignorants car nous sommes humains. Le soleil se couche plus tôt. Les lampes s'allument. Je bois de l'eau. Un mois, une année, qu'aurais-je appris de plus sur moi-même et de mes dernières expériences ? Le train siffle dans la ville. Des gens marchent. Je suis immobile. Je connais les excès de toutes sortes. Je n'ai jamais été un être normal. Et puis c'est peut-être mieux ainsi. Je n'ai pas toutes les réponses à mes questions. Est-ce qu'il vous arrive parfois de croire que vous perdez la raison, que vous devenez fou ? C'est pas étonnant à voir le monde dans lequel nous vivons. Tout n'est qu'illusion, car notre esprit est figé dans une vision qui distord la réalité. S'agiter, c'est bien de temps à autre. Savoir s'arrêter réellement l'est tout aussi. La réalité ne peut exister, car tout change constamment, seconde par seconde. Et si tout à coup, je cessais d'avoir des projets et des plans pour une période déterminée, le temps d'apercevoir quelque chose de nouveau se pointer dans le rétroviseur. Un genre d'année sabbatique à regarder mes pensées s'écouler et à vivre que pour l'essentiel. Mais n'est-ce pas cela que je fais ? Je dirais que oui sauf au niveau de mes pensées qui auraient besoin d'une pause pour se ressourcer. J'aurais besoin, au préalable, de distinguer ce qui est essentiel à mes yeux. C'est étrange comment le regard sur les choses se transforme avec les années. Jeune, je voulais conquérir le monde, que maintenant c'est le monde qui est en moi que j'ai davantage le goût d'explorer. L'un n'empêche pas l'autre dans une certaine mesure. C'est curieux d'observer à quel point mon regard se transforme à chaque période de chaque année. C'est une véritable horloge que je porte qui m'indique mourir au début de l'été et de ressusciter à la venue de l'automne. C'est mon biorythme. Je trouve difficile de terminer mon chapitre ce soir. J'aime toujours bien clore la finale. Pour y parvenir, je me poserai cette question : comment je me porte ce soir ? Merci, très bien, bonne nuit. Il est d'usage, pour être positif je crois, de dire que tout va bien si quelqu'un nous le demande, même si c'est tout le contraire.


20-21-22-23 août |
L'Avenir, Centre du Québec

Après avoir fait mon entretien annuel sur mon vélo, je suis parti pour quatre jours dans trois régions distinctes du Québec. J'ai débuté avec une randonnée à vélo de 73 kilomètres au départ de St-Nazaire d'Acton en Montérégie. J'ai utilisé sur une vingtaine de kilomètres la piste cyclable la Campagnarde pour me rendre à Acton Vale et Roxton Falls. Tout de suite après avoir enlevé une couche de poussière et de crème solaire, je suis parti au restaurant à Sherbrooke pour rejoindre ma sœur et son conjoint. Suzanne connaît par cœur une multitude d'enseignements bouddhistes, elle-même faisant partie d'un groupe à cet effet. Ce fut l'une de mes plus belles rencontres avec elle. Le lendemain, après un copieux déjeuner chez eux, je prends la route à destination de Roxton Falls pour entreprendre une autre magnifique randonnée à vélo. Cette fois, je roule au piedmont des Appalaches, le cœur joyeux et les yeux s'abreuvant de charmants paysages. Pour moi, la région du Québec où la nature est plus belle est en Estrie. En fin d'après-midi, je poursuis mon chemin en direction de l'Avenir au Centre du Québec pour y rejoindre un ami de passage et qui possède, tout comme moi, un petit campeur. Nous prenons le souper sur un joli espace vert appuyé à côté de l'église au cœur du village. J'ai un faible depuis toujours pour les endroits peu fréquentés par les touristes. À vrai dire je ne me sens pas bien du tout dans les campings bondés et les attrape-touristes que révèlent plusieurs endroits un peu partout dans le territoire. La saison estivale tire à sa fin que déjà les soirées sont fraîches. Le lendemain, mon copain de passage, avec lequel nous n'avons que très peu de choses en commun, partons pour une longue randonnée, lui sur un vélo électrique et moi sur celui avec lequel on fait des efforts pour arriver quelque part. Le terrain délicieusement vallonné jouxte le Centre-du-Québec, les Cantons-de-l'Est et la Montérégie. Cette dernière randonnée fut ma plus belle des trois, qui a totalisé 200 kilomètres sur le long weekend sur de nouveaux territoires. Je ne me souvenais pas d'avoir visités en profondeur tous ces petits rangs et routes secondaires de ce côté. J'adore le cyclotourisme associé au bondooking que le campeur me permet. 


Que faire de tout ce qui m'habite, de mes questions sans réponses, que faire de tout ce qui m'arrive, comment vivre autrement ? C'est sous l'impulsion de toutes ces questions que procède l'écriture. Ma sœur et moi avons longuement discuté des pièges de la pensée et des identifications que nous avons à elle. Tous les humains, à part quelques exceptions, suivent une chaîne de souffrance. Comment s'en échapper ? Ma sœur et moi nous nous ressemblons sur différents aspects et sur l'attention que l'on porte sur la spiritualité. Elle a une longue avance sur moi sur ces questions, ayant mis de nombreux efforts pour y parvenir avec des gens partageant le même objectif. Son sentiment d'appartenance est très fort envers cette mouvance. En quittant le domicile de ma sœur, mon esprit est pris d'un étrange ressentiment sur ce que sera ma prochaine étape de vie. Je viens d'arriver au carrefour où des choix devront être fait pour la suite. Travailler sur soi m'apportera davantage de calme et de paix d'esprit. Pour cheminer, Bouddha a dit que cela prend beaucoup de patience et de persévérance. C'est dans une méditation constante que la paix s'installera  dans le cœur et l'âme. Tout ce processus exige beaucoup de patience. Cette rencontre précède une démarche particulière qui débutera la semaine prochaine afin de prendre conscience du trouble de l'attachement qui m'habite depuis toujours. Aussi j'ai développé un plan d'action réaliste afin d'y arriver, comme je l'ai toujours fait sur une base régulière à l'approche de l'automne. Briser la chaîne des souffrances est la mission que je viens de me donner pour vivre plus heureux et plus serein. L'écriture m'aide à vivre. L'écriture dans son mouvement débloque les impasses, brasse la vie, raconte Pierre Bertrand, mon auteur de l'heure qui m'accompagne dans mon cheminement personnel. Les choses n'arrivent jamais pour rien. Tous les évènements, les souffrances, les rencontres, les hasards existent pour nous faire grandir et apprendre. Chacun d'entre nous a des blocages différents qui peuvent perdurer si nos pensées ne sont pas revisitées constamment. Je n'éprouve aucune gêne ni aucune pudeur à me dévoiler de la sorte. Rien ne sert de me cacher si je n'ai rien à me reprocher. Au contraire, j'ai tout intérêt à sortir du placard afin d'aérer mes vieux fantômes. J'ai tellement passé à l'action et causé de tout et de rien, même souvent pour ne rien dire dans ma carrière de guide avec une multitude de gens que, lorsque je suis tombé seul à la retraite, il m'a fallu écrire pour ne pas devenir fou. De retour à la maison, j'éprouve une bonne fatigue d'avoir effectué ce long weekend où j'ai appris encore une fois sur un tas de choses et particulièrement le rythme que je devais prendre pour la suite. Hier soir, derrière le vieux presbytère de l'Avenir où nous avons dormi, il y avait un rond oublié de tous pour faire des feux dans les hautes herbes. J'avais trouvé un gros ballot de bois de chauffage, étrangement sur les Plaines d'Abraham il y a une semaine. Le moment était bien choisi pour faire un beau feu sous le ciel étoilé de ce coin de pays que j'aime particulièrement. Si nos conversations, le copain de passage et moi-même, n'ont pas été des plus stimulantes, je considère avoir acquis une expérience de plus pour apprendre sur moi-même et mettre en pratique mes nouveaux apprentissages.


19 août |

La culture, c'est ce qui se passe lorsque les gens communiquent ensemble. La culture est la façon dont les gens d'une même communauté s'expriment. La culture est en partie la représentation des valeurs au sein d'une communauté distincte. La culture désigne l'ensemble des connaissances, des arts, des croyances, des lois, des traditions et des modes de vie partagés par un groupe humain. Elle se transmet de génération en génération et façonne l'identité d'une société, englobant à la fois les pratiques artistiques et le quotidien des individus. Elle unit les membres d'une même communauté en créant un sentiment d'appartenance. Elle stimule l'esprit critique, l'imagination et le bien-être individuel. Les jeunes sont souvent réfractaires aux traditions et idées de leurs aînés. C'est le propre de la jeunesse de vouloir s'affirmer à l'intérieur d'idées nouvelles. Il y a eu plusieurs périodes de rupture de la culture traditionnelle au Québec. La première est la perte de vitalité sociale et économique du monde rural vers les agglomérations urbaines. Pendant très longtemps l'agriculture était l'espace commun de la culture canadienne française. Ce n'est qu'à la révolution tranquille que le Québec s'est doté d'une nouvelle identité, les québécois venaient de naître dans une province distincte du Canada. Lorsque le Québec s'est affirmé dans la révolution tranquille, c'était en réalité une révolte contre la religion qui s'exprimait et l'oppression qu'elle exerçait. Ceci a eu pour effet de voir apparaître les jurons qu'on connaît aujourd'hui. Au même moment, la France connaissait la révolution sexuelle qui a pour effet que les blasphèmes étaient toujours associés au sexe. La religion n'avait plus mainmise sur la société à partir de ce moment. La suivante est celle qui affirme les valeurs mercantiles et marchandes proposées par les technologies et la société que nous avons choisies, qui ont eu pour conséquence de prôner l'individualisme actuel sous différentes formes au détriment des valeurs de solidarité collectives. Je nommerai deux types de culture : la première, la plus déterminante, que j'appellerai la culture organique, qui est celle des rapports que nous avons les uns avec les autres. La seconde est celle imposée par les valeurs marchandes de différentes sources de communication. Dans la culture traditionnelle, les gens transcendaient la culture par la tradition orale. Maintenant elle est imposée par la masse d'informations et par les technologies et les entreprises voulant accroître leur capital en influençant et en manipulant les communautés. Ceci résume en partie le fruit de mes recherches pour avoir participé à un atelier philosophique ce soir. Il ne faut jamais oublier nos profondes racines qui sont celles du paysan et du colonisé que nous sommes et qui portent en nous, malgré le temps, ce qu'on peut appeler notre caractère distinct. Nous avons fait nos choix ou nous les avons subi ? La question est posée.

18 août |

C'est pour apprendre à vivre que j'écris. Or, il faut briser les habitudes. Ce qui était bon au point de départ finit, par la force d'inertie, par devenir néfaste. Toute habitude est une mauvaise habitude, car elle épuise, use et vide l'événement imprévu, par la force d'inertie de la répétition. Par exemple, étant à la retraite, j'ai l'impression de toujours vivre le jour de la marmotte. J'ai beau me discipliner pour accomplir différentes tâches, la routine a toujours raison de moi. Sauf que ce weekend, je prendrai la route pour quatre jours de ressourcement en cyclotourisme du côté des Cantons de l'Est, du Centre-du-Québec et de la Montérégie. Je rendrai visite à ma chère sœur et un copain viendra me rejoindre pour faire du vélo dans le village de l'Avenir. Voici qui est un bon plan pour rompre la morosité des habitudes. N'est-ce pas pour ça que j'ai fait l'acquisition d'un joli campeur, il a six ans déjà. Cette année j'ai compris, non sans difficultés, de revoir son utilisation et à réévaluer mes limites. L'excès peut aussi devenir une habitude. Les excès à la longue n'opèrent plus la libération escomptée. Amèrement, je m'en suis bien rendu compte dans mes road trips allant jusqu'à 120 jours consécutifs, il y a de cela quelques années à peine. Mon nouvel apprentissage est de m'opposer à tout excès devenu habituel chez moi depuis des lustres. Toutefois, je dois éviter que la sobriété prenne l'allure d'une prison. Écrire me permet de rompre avec l'habitude. Chaque lecture entreprise est nouvelle et réfractaire à la routine. Je peux dire en écrivant que c'est la vie elle-même qui s'écrit. Or, c'est exactement cela qu'il me faut, sans toutefois négliger d'autres activités à caractère social. Écrire, c'est comme suspendre le temps. Écrire, c'est se rappeler, c'est nommer, c'est créer du sens propre et figuré. Écrire me permet d'empoigner ce qu'on est, ce qui est, ce que je vis, ce qui m'échappe et me dépasse. Pierre Bertrand dans le cœur silencieux des choses me rappelle des choses remarquables à propos de la création. J'écris pour mettre un peu d'ordre dans le chaos de la vie pour laisser quelques traces de ce qui ne cesse de passer. Écrire est une pure thérapie. L'art est une thérapie. Je m'ennuie est la chose que je me rappelle avoir dite tellement souvent à ma mère de son vivant. C'était jadis, pour lui dire que je devais créer quelque chose qui donnerait davantage de sens à la vie que je menais. J'ai été mal entendu et j'en souffre encore aujourd'hui malgré les efforts. Écrire m'a transformé depuis quelques années. J'en suis profondément conscient. J'ai toujours eu un rapport substantiel avec les bouquins qui avaient quelque chose à m'apprendre. Les livres sont devenus les modèles que je n'ai pas eus. J'aime rencontrer des gens lorsqu'ils ne portent pas de masques et sont disponibles pour discuter de choses sérieuses. Mais que veulent dire les choses sérieuses ? Se questionner sur le sens que l'on donne à sa vie, poser des questions sur le sens de toutes choses. Savoir distinguer le vrai du faux, le superficiel de l'authenticité, le bien du mal sont autant de sujets qui me passionnent lorsque j'entre en contact avec quiconque. J'ai toujours été ainsi, au plus loin que je me souvienne. Pascal disait que nous ne vivons jamais mais que nous espérons de vivre. N'est-il pas vrai lorsqu'on entend des gens discuter ensemble de projets futurs ? C'est dommage, les modèles que je pourrais adopter sont à ce point limités que je peine à en nommer quelques-uns. La plupart de mes idéaux proviennent de gens de lettres et de la philosophie. Le monde continuera toujours de tourner en notre ab-sens. C'est gênant, voire douloureux, mais on finit par vivre avec ça. Et toujours, la réalité nous rattrapera quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise. Il n'y a plus de marchandises ni de services à offrir pour le moment qui font référence à ce que je fus. La seule chose à faire est de se réinventer, de trouver de nouveaux champs d'intérêts et de porter un regard neuf sur chaque chose. Fait divers, je remarque en écrivant que le mot que j'utilise le plus est la chose. Il ne suffit pas de se reproduire mais de se réinventer lorsque l'heure a sonné. Le répété a toujours quelque chose de mort. En affirmant cela, je pense à ma carrière qui a duré une trentaine d'années et dans laquelle je n'ai cessé de me renouveler en ne marchant jamais dans les mêmes sentiers. Serge Bouchard, un mentor appelait cela des chemins de travers. J'ai toujours adopté des chemins de travers. Je ne sais pas ce que je serais devenu si je n'avais pas pris des chemins de traverse. Des gens qui sont morts m'enseignent encore malgré le temps de leur disparition. Je pense ici à tous ces auteurs qui vivent toujours par leurs écrits. Le peuple juif a toujours compris ça en ne cessant de s'instruire et d'écrire. C'est comme ça qu'il a survécu. Je fais inévitablement une association portant des traces avec lui dans ma chair et mon sang. N'ayez crainte, je ne suis pas le sauveur tant espéré, tout au plus quelqu'un qui tente de sauver sa peau.


17 août |

Je sais que je ne sais pas, pour reprendre la citation de Socrate. Tout ce qui m'est permis d'apprendre passe par les interstices, là où il y a le silence. Ce qui ne me tue pas me rend plus fort et parce que je cours après les défis. Je ne suis jamais réellement satisfait, étant incapable de rester en place bien longtemps. Cette agitation est plus forte que moi. La fragilité qui se trouve à l'origine de ma force en quoi l'acte d'écrire consiste. C'est en partant de l'impossibilité d'écrire que j'écris. Il faut avoir séjourner en enfer pour goûter le paradis. Écrire est une arme pour lutter. J'ai toujours lutté contre un ennemi invisible qui se trouve au fond de moi-même, le plus souvent. Je vois bien que consommer me donne le sentiment d'être. J'ai un rapport particulier avec les objets. Parfois, j'ai l'impression qu'ils sont vivants. En l'espace de quelques heures, j'alterne des moments de fortes excitations et de subites déprimes. Pourtant on ne m'a jamais diagnostiqué un trouble bipolaire. Tout est plein de sens et tout est absurde. Je n'ai jamais aimé me sentir vaincu. Je suis un lutteur émérite qui a tendance à sous-estimer ses forces. Plusieurs de ces forces qui croupissent au fond de moi n'ont jamais été utilisées, canalisées ou comprises. C'est à cela que me sert d'écrire ou de retranscrire des textes, c'est pour me connaître et, par ce fait, de m'aimer. Pierre Bertrand affirme qu'écrire ne consiste pas à faire de la vie de la littérature, mais tout au contraire, à faire de la vie de la littérature. Écrire me permet de m'insuffler une vitalité particulière à une quotidienneté qui risque de tomber dans la routine et la monotonie. Combien de fois ai-je tenté de les contourner sans succès et qu'ils reviennent plus forts ? Ce sont les rêves qui me donnent l'espoir que subitement la vie m'apparait différemment. L'illusion est totale et possiblement, les déceptions à la fin d'une vie. Écrire me permet de transformer l'insatisfaction de vivre en m'exprimant et en créant. Pourquoi ma vie est-elle si difficile, même quand il n'y a pas de raisons particulières pour qu'elle le soit ? Est-il possible qu'en vieillissant je devienne plus fragile, plus lucide, plus sensible, moins souple ? Le territoire de mes rêves s'est littéralement transformé en un espace de plus en plus restreint. Le monde d'hier me semble beaucoup plus petit qu'aujourd'hui, avec moins de charme qu'il n'en opérait autrefois. Je réalise à l'heure des grands bilans qu'un territoire me reste à conquérir. C'est par l'écriture que la clé de ce territoire me sert pour découvrir un nouveau monde que je ne connaissais guère et qui se trouve au plus profond de moi-même. Je ne peux pas éliminer ce que je n'aime pas en moi-même. Je dois vivre avec ce que je suis et faire avec ce qui est. C'est le destin de l'homme. Que l'on est bien lorsque la vie est légère et joyeuse comme un papillon. Cet état là arrive lorsqu'on s'y attend le moins et souvent après une crise. La logique de tout homme est difficile à comprendre et à saisir et surtout parce que le temps modifie constamment les paramètres. Par chance qu'existe le conditionnement physique qui m'offre de créer avec ce qui est. Cela représente une valeur sûre à mes yeux au point de ne pouvoir m'en passer. Décontraction, contraction. Éveil, sommeil. Absence, présence. Travail, repos. Lumière, obscurité. Toute la vie est faite de dualité, de tout et son contraire.


16 août |

Il nous faut en fait nous fermer l'esprit à toutes les sollicitations qui nous viennent de partout. À l'encontre de tant d'opinions médiatisées ou d'allure médiatique qui fusent de toutes parts, il nous faut retrouver le silence et une certaine solitude, sans lesquels la vie n'a pas de sens. Je débute une toute nouvelle lecture de Pierre Bertrand, le cœur silencieux des choses, qui est un essai sur l'écriture comme exercice de survie. Le titre m'a fortement interpellé pour avoir si souvent survécu par l'écriture. Retrouver le sens de l'oisiveté me semble un atout pour mieux vivre. L'ambition peine à nous faire tenir debout, car nous voulons trop accomplir de choses alors qu'il serait plus sage d'agir avec modération sur ce thème. Nous sommes victimes de la société, laquelle n'a que pour la réussite et la performance. Combien de fois ne me suis-je pas senti à ma place ? Ma trop grande sensibilité m'a souvent mis à l'écart d'une force brute qui a tenté de tout écraser sur son chemin avec avidité et indifférence. Cela s'appelle la compétition et la concurrence où la réalité est aménagée par la force et la brutalité dans un monde économique et technique. Que devient la part de l'humain dans ce stratagème qui nous est imposé dès la naissance ? Combien de fois ai-je eu le goût de pleurer devant l'absurdité de vivre dans cette jungle où la loi du plus fort règne ? Prenez votre numéro et soyez patient, quelqu'un viendra vous répondre sous peu. En cas d'absences répétées de notre part, laissez votre message et on vous rappellera si on juge que vous le méritez. Pour toute urgence, veuillez composer un autre numéro. Faites le 1 si vous êtes un professionnel et le zéro si vous n'êtes personne. L'homme se met à créé par son incapacité de vivre. Que d'obscurité pour un peu de lumière. Tant que l'homme refuse de payer le prix, il restera sur la berge. Et pourtant quelque chose de nouveau apparaît à partir du vide ou de ce qui semble être du vide. J'ai souvent eu la frousse de n'être rien, de ne pas accomplir, de ne rien faire. Pourtant, n'être rien ne peut pas exister à moins de passer par le four crématoire. Je n'y suis pas encore arrivé. Le rien, même s'il me libère, me fait peur. C'est sur ce thème que j'entreprendrai mes réflexions à la prochaine saison, si ce n'est déjà fait, car j'en parle à l'instant même. Combien de fois ai-je voulu me fuir ? Et plus je fuyais, et plus celui que je voulais fuir me retrouvait où que j'aille, quoi que je fasse. Combien de fois ai-je cherché une identité, à devenir quelqu'un au lieu de n'être rien ? Comment est-il possible d'en arriver à tenir d'aussi étranges ruminations ? Il m'est impossible de me sentir seul, car je suis avec moi-même. Sauf dans certaines situations de relation d'aide ou de danger imminent, je suis supposé être mon meilleur ami et m'autosuffire jusqu'à une certaine limite. Les limites existent pour ne pas être dépassées. C'est lorsque le vide se fait sentir et que le sens à l'existence vient à manquer que le goût d'écrire et de créer devient vital. C'est à partir de toutes ces questions énumérées plus tôt que l'on commence à écrire. C'est pour retrouver le sens de la vie qui s'est perdu dans un détour dont j'ai oublié le nom et le lieu. Couper avec les images, les normes, la société globalisante, l'économie, les idéologies de fond de tiroir-caisse qui nous étouffent lentement, que j'ai survécu à plus grands que tout cela. Mon journal et ami, m'ont profondément aidé en ce sens. Et pourtant les mots sont tout sauf le silence. Je navigue tant bien que mal pour aller nulle part. Et mes traces finiront elles aussi par être effacées tôt ou tard. Nous portons tous en chacun de nous le désir de laisser notre trace. Si quelqu'un m'entend, faites quelque chose le moment venu pour que mes traces puissent servir à ceux qui veulent bien m'entendre et y apprendre quelque chose.


15 août |

Je crois toujours revivre après le 15 août, lorsque les grandes chaleurs sont derrière moi. Le coeur de l'été est manifestement pas ma saison préférée et c'est d'autant plus vrai à mesure que j'avance en âge. C'est à compter du 15 juin que je commence à fermer les stores et à mettre la climatisation. C'est à ce moment que j'ai envie de dormir pour deux mois. À la mi-août, la luminosité est beaucoup plus douce et le goût de faire du vélo me reprend de plus belle. Nous sommes drogués à certaines habitudes et nous avons beau savoir qu'elles sont néfastes, il nous est très difficile d'en changer. Par exemple, je sais pertinemment que je devrais ralentir mon rythme dans mon corps et ma tête, mais mes habitudes font en sorte qu'il m'est difficile. Le défi me provoque, me bouscule et me force à me dépasser. La réussite passe souvent par l'échec. Il faut trouver l'impasse pour trouver l'issue. Sommes-nous autre chose que nos pensées ? Descartes identifie la pensée au moi : je suis une chose qui pense. Inutile de chercher à retenir les pensées agréables pour les retenir ou à lutter contre les pensées désagréables, dit Bouddha. Il s'agit de pratiquer à leur endroit le non-agir et de les laisser passer. Cela me fait penser à l'un des nombreux voyages que j'ai effectués en ayant pendant la première semaine que des pensées nettement agréables, voir même euphorique. Et puis lentement, ces pensées se transforment en s'associant à des pensées de plus en plus désagréables. Le premier réflexe est de vouloir retenir les pensées agréables par un discours intérieur. Au fur et à mesure que ce discours prend de l'ampleur, il est possible de mettre la barre trop haute en rehaussant d'un cran la volonté de toujours ressentir l'euphorie du départ. C'est au retour à la maison que le désenchantement et la déprime s'amorcent dans la routine que l'on voulait pourtant fuir. La première pensée qui surgit alors est de croire que je reviens à la case de départ. Il est impossible de mettre un frein à la souffrance, mais d'avoir un tout autre rapport avec elle. À vrai dire, je me suis toujours pris au piège par mes pensées à chaque voyage que j'ai effectué. Le monde est riche car nous sommes nombreux dans différentes perspectives. C'est pour cette raison que j'ai constamment tenté de me fondre dans la diversité par des ateliers de parole, de philosophie ou de croissance personnelle. À trop rester seul avec moi-même, je me sens littéralement étouffé par mes propres pensées. Et si je suis incapable d'atteindre ce simple exercice de rester trop longtemps seul avec moi-même, j'ai l'impression de devenir complètement cinglé. Plusieurs visions coexistent en moi, parmi lesquelles certaines demeurent dans l'ombre. Et c'est lorsque ma volonté ne suffit plus pour m'ouvrir, pour m'épanouir à la vie, que des malaises viennent lentement troubler la fête au point de ne plus savoir quel sens lui donner. Il m'est parfois arrivé de croire qu'à certains moments, j'avais l'impression de devenir fou. Cela ne dure jamais, heureusement. À ces instants précis au fond du puit, il ne me reste qu'à le remonter. Dans une vision, le monde est plein de sens et, de l'autre, il est absurde. L'être humain que je suis doit contenir ses émotions et sa vision pour ne pas exploser. Si la création est action, cette action est fondamentalement contemplation.


14 août |

La phrase la plus célèbre de Spinoza est ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre, souvent traduite aussi par ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. J'ai pris mon plus grand bain de soleil de l'été aujourd'hui. La température radieuse a eu raison de moi pour passer quelques heures dans l'herbe fraîche sous de légers vents sur les plaines d'Abraham. Dans l'effondrement de l'empire humain écrit par une panoplie d'acteurs reliés à l'écologie, il est dit qu'il devient essentiel de construire des territoires résilients avec de nouvelles valeurs ayant pour fonction de repenser notre place dans la nature. Sans des gestes collectifs rapides et concrets, l'avenir ne sera que conflits entre des kyrielles d'individus enfermés dans des démarches individualistes. J'ai hâte que cette civilisation démente et barbare tombe en panne avant que le dernier animal ou le dernier arbre ne meurent. Tant que l'humain se complaira dans une posture matérialiste et une dialectique utilitariste, son voyage n'aura qu'une destination possible : l'extinction de masse. Arthur Keller n'est pas seulement qu'un alarmiste mais un être profondément réaliste. Il est nécessaire de faire le deuil de ce monde, parce qu'il est à l'agonie. Seuls, nous ne pouvons faire face aux défis de demain. Il faudrait tout changer simultanément, de façon concertée. Mais cela n'arrivera pas. Et pendant ce temps, des bonus records s'attribuent les financiers qui dansent avec le diable. Une multinationale en tant que personne morale, c'est un psychopathe obsédé par la génération de profits des actionnaires, au mépris de tout le reste, y compris la vie. Il n'y a aucun sens éthique ou moral chez ces gens-là. On nous apprend dès le plus jeune âge qu'il faut travailler pour gagner sa vie. Il faut l'accepter, se résigner à cette vision de l'existence, c'est cela être un adulte. Si on n'entre pas dans la danse, on se voit rapidement qualifié de rêveur, d'irresponsable ou de fainéant. Un point, c'est tout. Il faut l'accepter, se résigner à cette vision de l'existence. J'en sais quelque chose, moi qui ai toujours apporté de la résistance dans ce monde qui en veut toujours plus et qui fait toujours plus, jusqu'à en crever pour les mauvaises causes, les mauvais rêves. Pourquoi n'est-il pas possible d'inventer un monde plus juste et plus équitable envers la vie ? On a inventé des croyances et on y croit éperdument. Ce système est tellement bien rodé qu'il est presque devenu trop tard pour le transformer. Et puis il y a le fameux monde du marketing qui nous fait avaler la pilule du bonheur à grands coups de mensonges et de pillages. Et puis il y a tous ces avocats qui protègent tous ces riches incrédules qui se prennent pour des dieux. Ces gens-là, je ne les aime pas, monsieur. Sans emploi, on n'est rien. Un déchet. Demandez aux nouveaux retraités ce qu'ils pensent de leur existence une fois mis au rancart et que la lune de miel est terminée. Quelle est la différence entre les sociétés primitives d'hier et d'aujourd'hui ? Les images deviennent trompeuses dans un univers marchand. Heureusement qu'il existe encore de bonnes sources d'informations pour nous éclairer dans un monde qui s'assombrit toujours un peu plus. Partout, il y a de la résistance, mais combien difficile à se matérialiser par des actions concrètes. Partout du bien pauvre monde avec peu de moyens pour aller au combat. Arthur Keller les nomme les zombies. Le système d'exploitation que sont les GAFAM entrera en phase terminale prochainement à l'ère de la déconfiture énergétique. Très bientôt Trump n'y échappera pas non plus, s'il existe encore des gens courageux dans ce pays.


13 août |

Je me pose souvent la question depuis quelque temps à savoir pourquoi il y a quelque chose au lieu de rien. Le vide n'existant pas, c'est probablement pour ça qu'il est difficile de rester à ne rien faire. Rien faire n'existe absolument pas de surcroît. Il y a tellement de choses que nous ne comprenons pas et qu'il nous sera toujours impossible de comprendre. Notre esprit est trop limité et notre conscience insuffisante pour saisir la complexité de la vie avec les moyens à notre disposition. Le philosophe Philippe Girard m'a suggéré le texte qui suit. Je veux devenir la personne d’influence que je peux être, celle qui ne se laisse pas porter par l’époque, mais la crée. La liberté commence au moment où nous acceptons de regarder aussi hors du cadre. Je parle d’une remise en question plus fondamentale d’une innovation technologique telle le réseau social qui n’engage pas les responsabilités que nous sommes en droit, d’un point de vue humain. Nous l’avons essayée, adoptée. D’abord, nous l’avons appréciée, puis elle a présenté des failles, des éléments néfastes susceptibles de perturber les comportements les plus essentiels pour une société démocratique, comme le dialogue, le débat et la discussion entre des personnes qui savent raisonner et argumenter. Je ne veux pas seulement être spectateur de ce qui se déroule présentement sur les écrans. Je sens qu’une action doit être faite et je ne sais pas comment intervenir dans le courant des jours, dans le flux rapide des publications, dans l’annonce des événements, dans la suite des imprévus. J'ai toujours la possibilité d’un choix, devrais-je dire. Nous devrions opposer notre résistance à cette époque, en offrant la liberté de dire non à quelque chose qui ne demande que notre servitude volontaire pour demeurer profitable. D'un autre côté, Michel Onfray discute du transhumanisme avec Stéphane Bureau lors d'une entrevue avec l'idée que la biologie humaine n'est pas figée et qu'il est légitime de lutter contre ses injustices, comme la vieillesse ou la mort. Les dangers de la technoressource préconisent la dérive d'une vision marchande ou instrumentale de l'être humain transformé en simple donnée ou machine améliorisable. La discussion souligne comment le rêve de l'homme augmenté s'inscrit dans un nouveau type d'individualisme postmoderne qui a pour conséquence pour l'homme de rompre les liens avec son essence principale. L'exclusivité du comment amène la science à viser la maîtrise dans une position d'affrontement et de domination. Or, l'amour de la sagesse implique d'apprendre à vivre en harmonie avec la réalité ou la nature. Il y a un lien profond entre les propos sur la science entre Pierre Bertrand et Michel Onfray, tous deux philosophes. La réalité de la vie ne cesse d'échapper à l'homme. Son désir de conquérir la nature est sur le point de donner naissance à un tout autre pouvoir, dont la limite nous échappe. Ce pouvoir s'inscrit dans la volonté de dominer la science pour accroître son influence. Ce pouvoir est largement associé à la spéculation, aux rendements financiers et au désir de fuir la souffrance. Mais nous savons tous que la souffrance fait partie intégrante de la vie et qu'elle est l'humanité qu'on porte en soi. Comment l'homme pourrait-il posséder la nature alors qu'il ne se possède pas lui-même ? Voici l'étrange paradoxe auquel nous assistons. Selon Michel Onfray, l'homme nouveau est sorti d'un univers fini et stable pour se précipiter dans un univers infini en mouvement. Il raconte que la gauche, à partir de 1968, a plongé les sociétés modernes dans une espèce de chaos, où seul l'individualisme et ses illusions ont renversé les codes et les valeurs jusqu'ici maintenus dans l'ordre du monde. Or, les hommes augmentent la possession sur la nature en considérant que c'est le progrès. La seule donnée sur laquelle reposent les hommes d'aujourd'hui est toujours le même discours sur le développement économique associé aux valeurs individuelles. Où est passé le nous d'antan tant de fois affirmé et sollicité ? Les sociétés d'alors fondées sur les valeurs humaines sont passées du côté des valeurs marchandes à grande vitesse. Et c'est cette homme d'aujourd'hui qui en paiera le prix tôt ou tard, si rien n'est fait à court terme. Ce progrès tant cité accumule des maux dans cette avancée utopique et narcissique. Aux hommes d'hier, on peut leur pardonner de n'avoir pas eu la science pour les appuyer. Maintenant qu'ils la maîtrisent, on ne peut pas dire qu'ils ne savent pas ce qu'ils font actuellement. Il y a de l'auto-sabotage dans l'air malgré les équations dont nous disposons pour nous sauver. Le principal secteur à être largement réformé est le système financier. C'est lui qui devrait être pointé du doigt pour ses dérives alors qu'il demeure le plus souvent vanté pour ses mérites, ses dividendes et dont la grande majorité des habitants de la planète ne profitent pas. Il y a une part d'exagération quand je pense aux services sociaux dont bénéficient plusieurs sociétés bien nantis. Mais le prix est fortement payé pour les services rendus. Une certaine mondialisation ou universalité devient inévitable. Le progrès qui était celui de la possession est devenu celui de l'impuissance et de la dépossession. Ça ne paraît pas toujours autour de soi, mais le mal avance sournoisement tant que les priorités ne changeront pas. Nous devrions revenir manifestement aux origines de la philosophie, qui est celle du savoir et surtout de vivre, de bien vivre. Nous ne pouvons plus séparer savoir et sagesse. Nous sommes tous devenus des êtres fragmentés, raconte Pierre Bertrand. Je ne tiens pas à être le prophète de malheur dans la fête qui n'est pas encore terminée, mais je pose de sérieuses questions sur où va tout ce monde. C'est toujours le même processus qui nous engendre. Nous comprenons d'un côté les manques éprouvés de l'autre. Nous continuons d'agir comme des enfants. La réalité se manifeste à nous que partiellement. Inlassablement les années folles se poursuivent à l'instar de ceux qui nous ont précédés. L'histoire se répète à la différence que les enjeux sont nettement plus grands à ce jour.


11 août |

Le terme mécontemporain désigne une personne qui n'est pas de son époque, ou qui refuse de suivre la pensée dominante et le conformisme ambiant de son temps. Je me suis souvent demandé si j'étais capable de m'intégrer socialement ou si je n'étais fait que pour vivre en marge de la société qui m'est proposée. Je suis pourtant introverti et plutôt du genre social. Le plus beau souvenir que j'ai de l'école est une classe au secondaire pour les étudiants qui avaient des difficultés à intégrer les classes normales, si je puis dire. J'ai essayé plein de trucs dans ma vie, mais je ne me suis jamais habitué à la norme-alité. C'est dommage pour cette classe, les études ont terminé cette année-là, mettant un frein à l'enthousiasme de ces jeunes qui avaient besoin d'un encadrement différent. L'article dans le journal à propos du mécontentement est incisif sur le sujet. Les réseaux sociaux sont devenus la norme pour une grande partie de la population dans une remise en question profonde sur son usage pour de plus en plus d'usagers. C'est là qu'interviennent les mécontemporains qui admettent pouvoir survivre sans tous ces réseaux d'apparence sociale. Cet automne, un film porté au cinéma dévoilera les intentions du fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, et les dessous de cette industrie. Fiction ou réalité, l'avenir nous le dira. Il est bien qu'on en parle, mais il faut surtout agir. Dans mon grand immeuble aux logements abordables, vivent d'étranges personnages portant des séquelles d'un passé trouble. J'habite ici depuis plus de trois décennies et je peux affirmer que j'en ai vu de toutes les couleurs. Plusieurs se protègent en évitant toutes formes d'intimité, ayant peur d'être envahis par je ne sais quoi. Un de ceux-ci m'adresse timidement la parole. Il était traducteur de profession. Il parle peu français alors qu'il dit apprendre le grec ancien. De toute évidence et après quelques très courtes conversations, c'est un homme profondément introverti alors que moi je suis tout le contraire. Jusque là tout va bien jusqu'au moment où il adopte un ton acerbe et critique envers moi. Je me dis qu'avec un peu de patience, il déposera les armes et ce, jusqu'au moment où il éclate impulsivement. Affirmant que je ris de lui, ce qui est complètement faux, ce type devient complètement irritant d'une façon irrationnelle et déconvenue. Je vois en lui un sociopathe aguerri et consens rapidement à mettre un terme à tous contacts envers lui. C'est que j'ai appris par expérience qu'il vaut mieux se méfier de ces gens-là. Je n'ai jamais été capable d'écrire de la fiction, ayant tout sur la main autour de moi et en moi pour écrire de nombreuses histoires. J'avoue par le passé avoir eu d'étranges attitudes trop familières avec certaines personnes. De là, j'ai appris sur les hommes. Je ne saurai jamais dire tout à fait à quelle personne j'ai affaire avant d'établir quelques préliminaires. Il faut d'abord se jeter tête première parfois pour apprendre. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'on est jeune et aventurier. Une amie m'a dit ne pas aimer lorsque je parle des gens que je côtoie sur le blogue. Je ne tiens à aucun prix à m'auto censurer, mais je demeure tout à fait respectueux de l'anonymat des personnes concernées. Depuis cet épisode avec cet étrange voisin, c'est le moins que je puisse dire, le premier réflexe à développer serait d'éviter de discuter avec de nouvelles personnes. Ce serait une grave erreur de ma part, la prudence et la délicatesse seraient davantage les options à considérer. Je trouve cette altercation difficile comme toutes les autres où, bien naïvement, j'ai tenté de créer des ponts. De cette expérience, j'aurai bien appris, tout comme ce pauvre bougre, je crois bien. Il y a de ces gens pour qui je n'ai pas l'énergie à déployer pour créer des liens, aussi singuliers soient-ils. Mon journal intime me permet de relativiser les évènements bons ou mauvais qui peuvent survenir à tout moment ou je m'adresse à autrui. En écrivant cela, je revis la même émotion que lorsque surviennent les évènements, à la différence que cela me permet davantage de dédramatiser et de m'en dissocier. Parfois je me regarde que comme si j'étais un inconnu. Je ressens en moi la présence de deux êtres vivants complètement séparés l'un de l'autre. L'un d'eux, le plus malins se nourrissant de l'autre à son insu en lui causant préjudice. C'est ce qui s'appelle la dualité. Une trop forte dualité ou le manque de conscience de ces deux êtres apportent de la souffrance et de la confusion. La pleine conscience permet d'éviter une grande part de souffrance en démasquant l'intrus en soi, cet égo tant cité. Pour écrire, la conscience, l'imagination et le goût des idées sont essentiels. En soirée, à l'été, j'aime m'asseoir sur la balançoire sous mes fenêtres. Je regarde les badauds passer sur le trottoir. Ils sont de plus en plus jeunes ou bien je suis de plus en plus vieux. Il y a beaucoup de gens en forme, beaucoup de coureurs, ce qui n'existait pas lorsque j'ai aménagé dans l'immeuble, il y a 32 ans. À cette époque, les vieillards circulaient plus à pied. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. Peut-être que les vieillards d'aujourd'hui ont l'air plus jeunes qu'autrefois. Jadis, en face de mon immeuble habitaient des religieuses. C'est maintenant devenu une ce qu'on appelle une résidence haut de gamme. Les résidences de ce genre abritent généralement des gens plus scolarisés. C'est tout le contraire dans mon immeuble. Il ne me sert plus à rien de critiquer de tous côtés, car c'est ici que je vis. Ça rend malheureux de chialer après les choses qu'on ne peut changer. Ça m'a pris du temps pour comprendre ça. J'ai souvent porté mes critiques sur tout et sur rien, ce qui m'évitait de regarder ma façon de voir et d'agir. Il vient un temps où on n'a pas le choix de s'éveiller. C'est lorsque la souffrance devient trop grande que la transformation s'effectue, sinon la maladie ou la mort nous emporte trop tôt. Jamais je n'avais eu autant écouté de musique que dans les six derniers mois. Elle me pénètre plus que jamais auparavant. Je suis très sélectif dans mes lectures. Rapidement je saisis la grandeur des idées et la finesse des mots choisis pour s'emboîter les uns aux autres. La lumière commence à se faire belle et douce à l'extérieur. La mi-août amorce une nouvelle saison remplie de fraîcheur. On m'a souvent dit que si j'ai une blessure à un pied, c'est pour que je m'arrête. Parfois je veux bien y croire, mais je préférerais retrouver ma pleine mobilité. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme me rappelle une citation du chimiste Antoine Lavoisier. En vieillissant, j'apprends à moins déplacer d'air. J'ai moins de choses à me prouver, à faire. Il me suffit de vivre et d'en avoir la conscience. À quel âge devient-on vieux ? Vieillir exige de ménager nos forces pour l'essentiel. Quel est l'essentiel dont il est question ? Il semble que certaines souffrances soient sans fond. Certaines souffrances sont sans limites. N'est-ce pas pour ça que plusieurs se donnent la mort ? C'est peut-être bien pour provoquer la limite, nous dit Pierre Bertrand. Des mutations donnent lieu souvent à des miracles. Face à l'abîme, parfois nous nous retrouvons soudainement de l'autre côté. En regardant l'abîme sans fond, nous avons une vision avant de nous y plonger unilatéralement. L'instinct de survie est très grand. Les miracles se produisent dans la création, cela me semble évident. Que signifie créé ? Je vous laisse le soin d'y songer. Après tout, n'est-ce pas le travail de tous bons philosophes que de poser des questions. À bien des égards, la création m'a sauvée la vie à de multiples reprises. La question que je me pose est de quelle création aujourd'hui qui réussira à me sauver la vie ou à la maintenir jusqu'au jugement dernier, s'il y a lieu d'y croire.


10 août |

Et si tout cela était le fruit de mon imagination ? Cette galère que l'on raconte à propos de la belle vie, ces émotions qui ne traduisent pas la réalité. Vieillir. Les rêves s'estompent pour laisser place à un vide auquel je ne suis pas capable de donner un sens. Il y a les mantras, bien entendu, de paix et de calme. Accepter le silence, faire un pacte avec lui. Se pardonner de n'être pas capable de faire venir à moi les beautés de l'existence. Journée sombre, musique dilettante. Et il y a les amis qui ne peuvent vivre ma vie. Comment peut-on faire si déjà tout est fait ? Répéter toujours et toujours les mêmes gestes, les mêmes rituels jusqu'à finir par comprendre que rien ne peut être compris. Répéter jusqu'à la mort les mêmes gestes jusqu'à comprendre que je dois changer mon discours intérieur. Écrire pour faire taire l'étranger qui occupe toute la place de l'intérieur. Attendre après quoi, après qui ? Somnolence exacerbée. Je procrastine ma vie à chercher je ne sais quoi, je ne sais qui. Répéter, chercher. Quel est mon rôle, ma place ? Pourquoi la souffrance, plutôt que rien ? Et si mon rôle était d'écrire, de créer de nouveaux mots trop souvent absents de moi-même afin de réussir à y croire qu'ils existent ? Des mots et des idées chaque jour réinventés pour réécrire mon histoire sans attentes d'aucune sorte. Comment pourrais-je faire pour être influenceur si je ne suis pas capable de l'être pour moi-même ? Pourquoi cette recherche extérieure accablante de reconnaissance ? Ne devrais-je pas être ma propre lumière ? Contradiction. Nous avons besoin des autres. Méconnaissance de l'être en moi qui chavire à ne plus savoir quoi faire pour naître, pour rassembler. Établir mes propres règles, mon propre discours pour m'affranchir du doute qui persiste. Comment faire pour vivre réellement en paix avec soi ? Ce ne sont pas les outils qui manquent mais leur usage. À une amie que j'affectionne particulièrement, je lui confie ce que j'aurais aimé faire dans une autre vie si j'avais à tout recommencer. Essayiste influenceur, tout comme tout bon écrivain qui a conquis son public. J'aurais aimé que mes mots résonnent dans autant de gens qui recherchent des éclats de vérité sans toutefois détenir aucunes vérités de ma part. J'aurais voulu faire une espèce d'écrivain catalyseur traversant la matière à l'aide des mots et d'idées. Pour compenser la solitude requise pour créer, je serais membre de plusieurs groupes de parole, une sorte de fraternité de la création et de l'humanité. Une partie de mon temps serait consacrée à un genre d'académie où les idées et le partage seraient omniprésents. Cette académie existerait pour entendre avec respect des gens de tout acabit qui ont des choses à raconter. Ainsi d'une part serait réuni le silence nécessaire pour écrire et d'autre part des gens pourvus de mots et d'idées. Le silence et les mots sont complémentaires. La Grèce m'a toujours inspiré par les différentes académies qui mettaient de l'avant la philosophie et les humanités. Aujourd'hui, de grandes proportions de gens et de sociétés ont troqué les humanités pour les technologies et les affaires courantes reliées au commerce et au travail. Tu te poses la question à savoir quel est le type de relation à établir avec moi. Une relation d'amitié honnête et sincère tout en respectant nos limites mutuelles me semble tout à fait une belle perspective. Nous avons le sens des idées et du verbe, à nous de conjuguer le présent avec ce qui est ou ce que nous croyons être.  Voici ce qui m'apparaît facile à dire ou à faire. Reste seulement la bonne volonté et le désir de s'affranchir de la solitude, si elle existe ou qu'elle est trop lourde. À toi qui cherches, sache que tu n'es pas le seul à te poser les mêmes questions. Pascal avait une vision forte et juste de l'être humain. Il le voyait comme fait de contrastes et de dualités : immense force et immense faiblesse, immense intelligence et immense stupidité. Tout comme Pascal, je constate ma petitesse. Le génie a sa part d'imbécilité et l'imbécile sa part de génie. La pensée doit se laisser traverser par la perception, l'émotion, l'imagination et la vision. La pensée demeure profondément reliée à l'ensemble du corps. La philosophie, faute d'être faite par tous, doit être faite pour tous et pas seulement pour d'autres philosophes se prenant ou agissant comme des spécialistes, raconte Pierre Bertrand. Je possède déjà une passion pour la pensée et, au fur et à mesure que celle-ci s'exerce, je m'octroie l'acquisition d'une souplesse ou d'une habileté intellectuelle. Et toute ce bagage est pour devenir plus lucide et plus libre pour faire des propres choix. Pourquoi me passerais-je de ceux qui ont des grandes idées associées aux belles paroles et qui n'ont rien à me vendre et rien pour me faire obéir ? Montrez-moi le chemin que peut-être j'irai si la narration pour m'y rendre est remplie de sagesse. Or, j'obéis davantage aux livres et aux cartes routières pour me montrer le chemin. Je ne comprends pas la compassion, car la compassion à l'endroit d'une personne qui éprouve une souffrance n'est pas cette souffrance et nous ne sommes pas cette personne. L'essentiel de ce que nous avons à apprendre s'effectue par nous-mêmes et par nos expériences bonnes ou mauvaises. Les livres et les auteurs ne sont que des repères pour ne pas se perdre dans la brume. Les livres éclairent mais ne sont pas nos expériences. Car nous seuls pouvons déterminer nos limites par nos expériences. Dans l'écriture, il ne peut s'agir de la vie, à moins de considérer l'écriture comme une action de la vie. On peut se demander à quoi ça sert, tout ce charabia exprimé par l'auteur, si ce n'est que pour aiguiser l'esprit et développer un sens critique. La vertu de l'écriture est qu'elle transforme celui qui s'en sert avec passion. Ce n'est pas pour témoigner que j'écris, que pour me transformer. À vrai dire, en moi habite un pédagogue qui s'ignore. Si j'écris c'est aussi pour témoigner. Il est fort probable que j'écris pour flatter mon égo. Que cela ne tienne, vous n'êtes pas obligé de me lire. On sauve toujours sa peau en premier dans un triste événement, à se que je sache dans la plupart des situations. Les lecteurs préfèrent les histoires des auteurs que leur vie, à moins d'avis contraire. Pour sauver quelqu'un, il faut que je me sauve moi-même au préalable. Écrire est un processus de transformation. Me détestais-je autant pour tant vouloir me transformer ? La volonté de créer émerge de la faiblesse afin de l'empoigner. Cette force de créer n'est jamais garantie d'atteindre une destination, mais de nous mettre en marche sur notre chemin. Tout au plus, je dois créer les conditions pour qu'elle advienne. Et si je ne le fais pas, le destin s'en chargera tôt ou tard, évoquant ainsi les beautés éternelles ou l'effondrement dans le déshonneur.


9 août |

Nous ne sommes pas notre maladie ou notre malheur. On ne doit pas s'identifier outre mesure à un problème de santé si nous agissons correctement pour tenter de trouver des solutions. Encore qu'il soit difficile lorsque la situation devient chronique, c'est encore plus vrai lorsque les bobos sortent avec l'âge. Écrire permet de ralentir ou de freiner la rumination. Ruminer, c'est répéter les mêmes choses ou ressasser des pensées sombres. C'est tourner des idées en boucle dans sa tête qui reviennent sans cesse sur un événement ou plusieurs événements. Certains de ceux-ci ne sont même plus présents, étant des empreintes d'un passé révolu. Penser ou réfléchir est un processus actif qui avance, explore un problème et cherche une solution constructive avant de passer à autre chose. Ruminer crée de l'anxiété, de la fatigue, voire même des états dépressifs. Certains ruminent par habitude, d'autres parce qu'ils ne trouvent pas d'autres solutions. J'ai toujours tenté de chercher des solutions pour occuper le temps libre dont je dispose ou bien aux multiples ruminations qui me secouent de temps à autre. Si les ruminations sont trop excessives, l'anxiété et l'épuisement se manifestent. L'instinct de survie est très fort et nous permet de trouver des solutions aux soucis. C'est lorsque les solutions s'étiolent que les maux apparaissent. Depuis que je me conscientise aux ruminations qui me traversent l'esprit, j'écris régulièrement, ce qui abaisse considérablement mon taux d'anxiété. Je n'éprouve aucune gêne à parler de ce sujet avec des gens bien intentionnés ou de confiance. Je me fis à mon ressenti, à mon intuition pour divulguer des renseignements personnels à mon sujet. On a tous intérêt à se confier. Cela fait partie du plan d'action pour ralentir la rumination. En écrivant, je transforme les ruminations en idées ou en repos en méditant qui, avec la pratique, tentent de les ralentir afin d'éviter de devenir un stupide bovidé, quoique je ne crois pas qu'ils soient aussi stupides qu'ils en ont l'air. J'ai beaucoup ruminé dans ma vie sur un tas de choses afin de donner un sens à ma vie. Écrire désormais donne un sens à mon existence. Écrire me permet d'accepter ma solitude ou mon sentiment d'isolement. Je ne tiens absolument pas d'être complaisant dans mes inconforts. Cet état des choses provient de très loin, dont il m'est très difficile de me débarrasser. Le trauma est le nom donné à cet ensemble de facteurs m'ayant causé préjudice alors trop jeune pour comprendre ce qui m'arrivait. C'est lorsqu'ils se manifestent en bas âge qu'ils sont plus difficiles à éliminer plus tard dans la vie. Combien de gens minimisent leurs états d'êtres dans le déni  et l'évitement ? Toutefois, on peut vivre avec des traumas subis dans le passé en tentant de trouver des solutions qui, toutefois, ne régleront pas complètement le problème. Le mal étant fait, il faut apprendre à vivre avec les traumas. Un cercle vicieux existe dans la complexité de certains comportements. Au début, il y a un évènement ou un ensemble de facteurs plus ou moins troubles. Ensuite, la pensée s'y rattache pour alimenter des émotions qui contribuent à adopter un ou des comportements. À cet ensemble de phénomènes surviennent les distorsions cognitives et plus tard les problèmes de santé si la situation subsiste. Je connais tout ce cycle pour avoir joué dans ce numéro. Le sentiment d'impuissance et le mal de vivre sont favorisés si les préjudices ou les évènements ont lieu en bas âge. Évidemment, on ne peut changer le passé et l'avenir, personne ne peut le prédire. Se ramener au moment présent est ce qu'il nous reste. J'aime bien cette expression de me ramener. Écrire me permet de prendre du recul avec tout ça. Écrire me permet de me dissocier des émotions perçues en revisitant tout cela avec un certain recul. Bien souvent le passé survient sans même y penser. Tous vivront du stress à un moment donné au cours de leur vie. Le stress fait partie intégrante de notre existence. Certains facteurs environnants alimentent encore plus le stress. Le stress est devenu une banalité de nos jours. On est stressé pour tout et pour rien. Le stress chronique apporte un affaiblissement des neurotransmetteurs qui alimentent les hormones nécessaires à notre équilibre. Les plus importantes se nomment dopamine, sérotonine, noradrénaline et adrénaline. Ensuite il y a les hormones régulatrices du système nerveux qui sont le GABA et le cortisol. Les antidépresseurs de différentes classes permettent de régulariser toutes ces hormones dans le cerveau en servant à maintenir une bonne santé mentale et physique. Voilà qui est fait de ce léger exposé visant à démystifier certaines différentes problématiques de santé mentale. Encore aujourd'hui, ce sujet est largement tabou. Les gens qui en sont affectés éprouvent, dans une grande majorité des cas, une honte injustifiée devant ces affections. On pourrait considérer qu'il s'agirait de faire preuve de volonté pour remédier à ces troubles d'anxiété. Le stress est le premier vecteur nous indiquant qu'il y a lieu de s'inquiéter devant une situation. Si la situation ne se régularise pas, le système nerveux reçoit des signes pour corriger le tir. Si rien n'est fait, le corps et l'esprit s'effondrent en dernier recours pour nous indiquer qu'un danger persiste. De là l'importance d'écouter son corps. Lorsque les vecteurs, comme je les appelle, commencent à montrer de la fatigue et de l'usure, il devient plus difficile de se ramener aisément sans une aide extérieure. Il n'y a pas de honte à demander de l'aide. L'orgueil, la vanité et la culture contribuent à passer sous silence ces maux pour ne pas paraître faible ou diminué à nos yeux et à ceux des autres. Je me surprends de la lancée que je viens de faire sur ce sujet qui touchera une grande proportion d'humains dans leur existence. Les tristes évènements auront toujours lieu, ce qui peut changer, c'est notre attitude devant eux. Je le répète, lorsque des évènements tragiques se produisent à un jeune âge dans la famille et notre environnement proche, de lourdes séquelles peuvent subsister toute la vie. Comment se fait-il que deux membres d'une même famille ne réagissent pas pareil aux événements similaires ? Tout ce sujet est largement complexe. Dans un monde de plus en plus spécialisé et de plus en plus fragmenté, il n'est pas étonnant de constater combien de gens souffrent en silence. L'une des meilleures solutions à cette problématique qui prend de plus en plus d'ampleur consiste à la création de liens durables en tentant de développer un réseau social adapté partageant les mêmes valeurs. Il n'est pas nécessaire d'avoir tous les mêmes intérêts dans un réseau. Le besoin du mieux-vivre ensemble et de donner un sens à sa vie devrait constituer la principale alliance d'un tel réseau. On a parfois tendance à croire qu'il nous faut un tas de choses, d'activités ou d'argent pour être heureux alors qu'il ne suffit que de si peu. Comme disait le Petit Prince, l'essentiel est invisible à nos yeux. Ce que j'ai appris aux dernières années est que l'ennui et la détresse peuvent favoriser la création. À que cela ne tienne, il y aura toujours des ressources auxquelles nous ne songeons pas spontanément. Et pourtant le bonheur n'a jamais été si près.


7 août |

L'acte de créer, ici par la parole, m'élève au-dessus de moi-même. La parole n'en demeure pas moins partielle, exigeant d'être complétée par une autre parole encore. Il n'y a pas de point final à un livre ou une œuvre. Je n'arrive jamais au bout du désir de m'exprimer. Une grande question métaphysique se pose ainsi : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C'est une fausse question, car le seul fait de la poser suppose d'emblée qu'il y a quelque chose. Parfois je revois des anciens clients par hasard. La plupart étaient plus vieux que moi dans l'exercice de mes fonctions, ce qui fait d'eux des septuagénaires. Je suis surpris de voir ces vieillards dans les lieux publiques, qui à l'époque ces mêmes personnes étaient de rudes gaillards. Ainsi va la vie, rapide. Lorsque j'étais jeune, le temps traînait en longueur. Je ne peux plus dire ça aujourd'hui. À la retraite, je dois souvent provoquer les choses, car sans travail les évènements et les gens ne cognent plus à la porte. Accepter ce qui est. Chaque départ nécessite un point d'arrivée tôt ou tard. La destination importe peu, c'est le chemin qui compte. Je développe assez peu mes idées, car je ne suis spécialiste en rien. Possiblement que je me sous-estime en affirmant cela. J'ai trop tendance à me comparer à plus malin que moi. Cela me permet de faire des efforts supplémentaires pour me sortir la tête de l'eau. Je me sens toujours obligé de me questionner sur moi-même. en réalité, je me suis toujours questionné sur à peu près tout et rien. L'immobilité a été de toujours une chose difficile à maintenir jusqu'à peu de temps à peine et suite à une blessure à un pied. Certains me disent que cet incident est arrivé pour que je m'arrête. Pourquoi toujours chercher des réponses et ne pas accepter tout mystère ? Le mystère ne s'ouvre pas automatiquement sur la foi. Combien d'entre nous n'acceptent pas d'obtenir des réponses ? Ne pas obtenir de réponses rend la vie plus excitante, étonnante, n'est-ce pas ? Ceux qui ont des réponses trop faciles sont parfois vaniteux, prétentieux, mu par une volonté de puissance qui finit toujours par se retourner contre eux, nous rappelle Pierre Bertrand. Mes limites ne sont que l'envers d'apprendre et de créer. L'être humain a intérêt à connaître ses limites. Je peux aisément affirmer ceci pour les avoir dépassés largement à de multiples reprises. Lorsque mon esprit est apaisé, comme ce soir, je remercie l'univers de m'avoir donné la chance d'avoir survécu à l'adversité et à l'inconscience. Mon corps a l'âge que je possède, mais mon esprit ressemble parfois à celui d'un adolescent. J'exagère, comme toujours. Dans une certaine phase de mon développement, combien de fois je me suis senti invincible, presque éternel ? C'est le lot de la jeunesse de se sentir au-dessus de tout. Lorsque j'ai appris que je ne l'étais pas, combien de fois j'en ai fait un drame. Et si par malheur les autres s'en apercevaient, je m'infligeais d'importantes blessures s'apparentant à l'égo. Une personne avec un gros égo est une personne fragile et vulnérable. Moi, comme bien des gens, je me soucie trop de mon image. Cela met un frein à notre développement. À trop construire sa vie sur son image, le risque est de s'enfermer sur soi-même, dans un monde construit par sa raison, aveuglé par ses convictions et ses vérités. Combien d'entre nous voient la ressemblance avec l'individu concerné ? J'habite le monde que je construis et que je conçois. Et lorsqu'un monde est déjà construit, il n'y a plus de place pour la nouveauté, la création. Qui de plus nous l'imposons aux autres êtres. Ce n'est pas du plagiat que je fais en retranscrivant certains textes que je cite. C'est que j'honore ces bonnes paroles qui ne sont pas encore prêtes à sortir de ma bouche. Et puis, je me fous de ce que vous en pensez, étant complètement libre de m'exprimer à ma guise du mieux que je peux. Et pourquoi devrais-je me justifier et à qui donc ? La raison est toujours celle du plus fort. Je ne tiens pas à faire mon procès sur la place publique. En faisant un retour en arrière, je crois avoir manqué de sensibilité et d'intelligence à maints égards. Mais pour compenser ces manques occasionnels (pour me sauver la face), j'ai fait appel à d'autres qualités qui m'ont largement compensé dans celui que je suis devenu désormais. Mais celui que je suis aujourd'hui, ne sera pas le même demain. Combien de fois j'ai retourné mes forces contre moi-même ? Combien de fois me suis-je négligé pour tenter de sauver une fausse image de moi-même ? Parodie. La vie n'est que du théâtre dont nous aimerions avoir la place principale pour compenser la faible estime de soi. Mais à force de jouer le mauvais rôle, les gens désertent rapidement la salle.


6 août |

Réussite matérielle, familiale, sociale, spirituelle, financière, ce sont là toutes des façons de réussir sa vie. Quand devrait-on affirmer que l'on a réussi sa vie ? À notre dernier souffle à mon avis, si l'on s'en souvient. Tout le long de sa vie, il y aura des réussites et des échecs, c'est pourquoi il est vain d'affirmer que sa vie est une réussite ou un échec. Réussir sa vie ou pas se manifeste à chaque instant. Je n'ai pas à juger ce qui est une réussite pour autrui. Réussir ma vie est de ne pas être fragmenté ou bien me sentir isolé. Il y a l'isolement réel et celui qu'on croit. Une grande partie de ma vie fut fragmentée, ce qui a eu pour conséquence un sentiment fragmenté d'échec. Malgré cela, il y a eu des succès et des réussites. Réussir sa vie est d'être intégré dans la société, dans le cosmos, dans son corps et ses valeurs. Réussir sa vie est avant tout donner un sens à sa vie. C'est là le principal gage de réussite. La vie n'est pas un concept, alors il faut aborder sa réussite autrement qu'avec les idées et le langage. Mais nous avons besoin de ces derniers pour ne pas vivre dans le néant. Réussir sa vie est surtout la ressentir dans son corps et sa tête. Réussir ma vie, c'est apprendre à identifier mes émotions et à les gérer. Réussir ma vie est d'être conscient. Réussir ma vie, c'est être aimant, aimable et être aimé. Dans un autre sens, les pensées et les idées isolent, en ce sens il faut apprendre à être seul. C'est dans les moments de grande solitude, que la création se manifeste. Encore faut-il pouvoir en sortir. Il y a une part de totalitarisme aujourd'hui par le fait qu'une masse d'individus est atomisée, donc fragmentée. Pour réussir sa vie, c'est surtout accepter ce qui est et que je puisse trouver la sérénité d’accepter ce que je ne peux changer, le courage d’agir sur ce qui est possible, et la sagesse de faire la différence entre les deux, selon les préceptes de Marc Aurèle. Réussir ma vie est de pouvoir partager, explorer et grandir. C'est ce que je tente de faire avec succès en participant à des activités communautaires et philosophiques où chacun a droit librement à la parole et à ses opinions. Lors de ces rencontres, j'y reviens toujours plus humain, plus libre et cela représente pour moi une part de réussite. Et pour l'heure, je m'apprête à réussir ma nuit.


5 août |

Les étés sont chauds et humides. Je ne tolère plus les grandes chaleurs. Je ne saurais pas ce que je ferais sans un climatiseur et un ventilateur. Demain j'irai à la piscine près d'ici. La piscine est peu profonde, l'eau y est fraîche et non chauffée. Je vois une massothérapeute pour les trois prochaines semaines. Les massages japonais amma sont mes préférés. Après ces séances, je poursuivrai à raison d'une fois par mois. Lorsque j'étais plus jeune, j'y allais régulièrement. J'ai pris soudainement conscience que mon corps et mon esprit en ont largement besoin. Concernant le corps, il ne s'agit pas de le conceptualiser ou de l'analyser, mais plutôt d'être avec, de naître avec. La pensée pour s'exercer, sépare. Le lien est plutôt d'ordre affectif. La pensée peut le nommer, mais en le nommant elle le brise. Le lien se brise par la pensée et le langage, raconte Pierre Bertrand. La réalité s'éprouve dans le silence. Si le lien est rompu, le danger croît alors dans un enchevêtrement de conflits insolubles. Il ne s'agit pas de se taire, mais de faire en sorte que le silence se fasse entendre au sein de la parole. La complaisance dans la souffrance est un danger qui nous guette sans cesse. Combien de fois avons-nous entendu des gens se plaindre de tout et de rien ? Plus nous souffrons, plus diminue notre puissance d'exister. C'est le risque d'un cercle vicieux. C'est là que survient le choix existentiel. Il nous faut refuser que la souffrance soit le sens de l'existence. Depuis ce matin, j'ai décidé de réciter quelques mantras afin de changer la perspective de mes pensées. Il ne suffit que quelques instants à répéter des mots d'indulgence, d'amour et de paix à son égard pour renverser le cours de nos pensées. Les résultats se feront sentir très rapidement avec un peu d'assiduité et de patience. La vie et la réalité sont entremêlées. Ce ne sont que nos pensées et les idées qui divisent. Les concepts et les idées sont bien outrageuses, mais combien nécessaires pour le vivre-ensemble. En voulant simplifier la vie lorsque nous ne sommes pas capables de saisir l'intégrité de l'œuvre, nous nous empêtrons. Et si nous énumérons la complexité de l'œuvre, il ne restera plus beaucoup de temps pour effectuer les tâches au quotidien. Je réussis sans trop de mal à imbriquer mes lectures avec mon ressenti, mon expérience. La simplification de la vie décrite par l'homme est associée au processus de structure de la pensée et du langage. La pensée et le langage sont limités pour décrire la réalité. Cette dernière se manifeste, dis-je bien en partie, en se libérant des carcans imposés de l'extérieur. Écoute ton corps. Méfie-toi de tes pensées. Et si le modèle fort tant recherché était soi-même ? Et si j'évitais de me sous-estimer, la réalité prendrait tout à coup une toute autre allure. Et si je devenais invincible, quelle serait la part de réalité dans mon existence ? La parole, le discours ou le texte ne peuvent qu'être en retard sur la réalité et la vie. Les idées et la pensée ne sont jamais neuves. Je vais tenter de faire descendre la température, la canicule se maintenant encore en soirée.


4 août |

Il est vrai que le blogue qui me sert de journal personnel représente pour moi une véritable thérapie en plus d'être un lieu de pure création. Classical Horizon Radio en streaming est mon canal de musique préféré dans Tuner Radio, une radio téléchargée sur Google Play. À lui seul, il représente tout ce que j'aime de la musique du matin au soir sans publicités. Je suis en train de mettre en œuvre mon agenda pour l'automne. J'ai décidé de faire repeindre les plafonds de mon appartement que j'habite depuis bientôt 32 ans. Mon immeuble est tranquille au cœur du quartier Montcalm, réputé pour être le plus beau de la ville. Les résidents de mon immeuble aux logements abordables ont plus de 65 ans. Je relate mon quotidien dans le blogue, mes joies, mes peines, mes soucis. C'est bien à ça que sert un journal intime. Vous devez rire lorsque je dis intime, en le rendant public aux yeux de tous. Cela me permet de sortir de la boîte, get out of the box. Et si des gens me lisent, tant mieux, et tant pis si je parle tout seul. Comme la plupart d'entre vous, bien évidemment, je n'aime pas vieillir. Voir mon corps ralentir chaque année est anxiogène. Par chance, la douce musique qui me parvient de mon téléphone porte un baume sur ma lourdeur. Au fil du temps et comme plusieurs d'entre-vous, je suis devenu addict au téléphone intelligent. Je vais initier de nouveaux projets cet automne, c'est important pour moi les projets, aussi minimes soient-ils. Ma sœur habite Sherbrooke, je lui parle au téléphone de temps en temps. Son corps commence à faiblir avec les maux de l'âge. La vie d'un homme est très courte. C'est difficile à prendre cette vérité. Il y a une voix à l'intérieur de moi qui veut toujours ressurgir. Je travaille de concert avec elle pour qu'elle s'exprime. Je suis du genre anxieux, je le suis depuis toujours. Je porte le gène de l'anxiété qui m'a été transmis en venant au monde. Plus jeune, je faisais avec, en vieillissant je reconnais son poids sur mon corps. J'aurais pu écrire des poèmes. Ce n'est plus à la mode les poèmes. Et puis j'aime moins ça la poésie. Je ne sais pas ce que serait ma vie si je n'étais pas connecté à internet. Je pose la question parfois aux usagers des transports en commun. Que feriez-vous sans internet ? Autre chose, me confient quelques petits malins qui osent me répondent. Ça prend de la force et du courage pour sortir du troupeau et prendre les chemins de traverse. C'est peut-être pour ça que je me sens souvent fatigué. C'est dur de toujours marcher contre le vent. Que veut dire réellement marginal ? Sur internet, il est dit qu'en société c'est une personne qui vit en dehors des normes habituelles par choix ou par exclusion. Il y a beaucoup d'artistes qui sont marginalisés. Une personne marginale est un individu qui vit à l'écart de la société organisée, soit par choix, par le refus des règles, soit par exclusion et son impossibilité de s'intégrer. En réalité, je connais très bien ce sujet pour avoir subi des traumas très tôt dans la vie et pour avoir eu des difficultés d'intégration sociale en bas âge en plus d'un fort sentiment d'exclusion. Mais je ne suis plus un enfant. Certains traumas subsistent très tard dans la vie lorsqu'on ne fait pas tout pour se sauver. Lorsque je dis se sauver, ce n'est certes pas déguerpir. Il y a selon moi, des événements qui sont imprégnés dans notre subconscient, malgré les années et les efforts pour s'en débarrasser. Les traumas subis ont entraîné chez moi leur lot d'anxiété et d'insécurité que je vis encore à l'âge où je suis parvenu. Je n'irai pas plus loin sur ce sujet. La vie elle-même est aussi une création. Lorsque la peur engendre la création, n'y a-t-il pas de quoi s'étonner en contemplant toutes les œuvres existantes ? Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas aussi différents que ceux d'hier à bien y penser, à part d'avoir des pépites de plastique dans l'organisme et des écouteurs branchés dans les oreilles. Gauguin disait que les maîtres sont devenus des maîtres parce qu'ils n'ont imité personne. Ulysse même a provoqué les dieux pour avoir pris des chemins de traverse. Mais Ulysse, à la différence de moi-même, n'avait peur de rien… ou presque. Mais ce récit fait partie de la légende mythologique. Ce qui est beau dans le récit d'Ulysse, c'est toute l'oralité qui a donné naissance à celui qui nous est parvenu aujourd'hui. Les contemporains ont plutôt la mémoire courte et ça ne va pas en s'améliorant. Le défi de la création est de transformer le mauvais en bon. Le bon et le mauvais sont entremêlés, de même que notre esprit pour le moins intranquille. C'est ce que l'on appelle l'humanité. Pour éviter que la tristesse provoque une diminution du pouvoir de vivre, il faut une mutation, un saut sur place, un voyage immobile, quelque chose qui est de l'ordre d'une décision existentielle, ontologique, quelque chose qui fera de nous un vainqueur et non un vaincu. Il y aura toujours des pas en avant et des pas en arrière. L'important c'est de toujours avancer, même dans le voyage immobile. J'ai déjà amorcé ce voyage que je n'aurais jamais cru entreprendre. Dans chaque voyage, il faut avoir avec soi un tas de choses. Dans le voyage immobile, c'est tout le contraire, qui est de se dénudé le plus possible. Comment donner une orientation à sa vie lorsque nous ne savons pas ce que demain sera fait ? La volonté est pourtant si faible que je ne peux pas entièrement me fier à elle. Pierre Bertrand dit que la décision de toute vie dépend du corps-esprit, de sa sensibilité et de son intelligence conjuguées. Je ne dois pas voir les moments repliés sur moi-même comme une faiblesse, comme une tristesse. Suis-je vivant pour me donner aux autres ou à moi-même ? Mes affects sont-ils en train de me nuire ou bien de créer ? Bien entendu, la souffrance fait partie de la vie. La possibilité de créer permet, somme toute, de faire face à la souffrance et de la transformer. Rien n'est garanti, car le mouvement est sans fin et ne prend fin qu'à la mort.


3 août |

Les idées sont au philosophe ce que les couleurs sont au peintre, les sons au musicien. Le chemin de vie n'est pas un long fleuve tranquille. Il est sinueux, escarpé, cahoteux. Les paysages ne sont pas toujours beaux ou sublimes, ils peuvent être parfois terribles. Tout est une question d'attitude en abordant les émotions qui me traversent. La résilience se manifeste en transformant la souffrance en bonheur. Plus je descends, et plus je remonte. La souffrance me met à l'épreuve. C'est en acceptant ce qui est que la force intérieure se déploie. Cela ne veut pas dire être passif. Il est rare que nous soyons réellement passif, à part quelques exceptions. Combien de fois j'ai failli mourir de tristesse, alors que dans cet état je suis en train d'aller chercher de nouveaux alliés. Nous ne voyons qu'une partie de la réalité qui est celle en partie de la recherche du plaisir. Si je cherche à fuir la souffrance, elle me suivra au talon. De toute manière, la souffrance est inévitable. C'est la souffrance qui me pousse à me transformer. Pierre Bertrand dit que, peu importe l'âpreté du combat, la vie exige que la joie triomphe. Il ne s'agit pas de vivre dans un vase clos, de me couper du monde, mais de ne pas m'exposer témérairement ou négligemment à ce qui a systématiquement pour effet ma puissance d'exister. À cela, je dirais qu'il serait inutile et vain de trop vouloir m'exposer de façon exponentielle, comme je l'ai fait et le fais encore trop. Le problème, c'est quand je cesse d'avancer et d'apprendre dans mon chemin. Toujours il y aura des bifurcations et des doutes aux carrefours. En enfourchant le mouvement de création, comme je l'ai toujours fait d'ailleurs et ce, malgré les eaux qui souvent m'apparaissaient stagnantes. J'ai perdu d'ailleurs plusieurs identités pour les perdre au profit du mouvement. Encore faut-il savoir s'arrêter. Le chemin est le cheminement, parce qu'il n'y a pas de destination ou de but. J'ai besoin, en tout temps, de ces idées, de ces mots mis côte à côte ensemble, comme j'ai besoin de l'eau pour m'abreuver à la vie. C'est de cette façon, en toute intimité avec moi-même, que je trouve certaines réponses qui bien souvent m'échappent. J'ai besoin d'idées pour avancer, comme le menuisier a besoin de ses outils pour travailler. Encore je dois savoir reconnaitre le moment pour me reposer des ruminations stériles virevoltantes à pleine vitesse. Je dois savoir transformer la peur en saines réflexions. J'ai le mauvais réflexe, j'en conviens, de cliver mes pensées entre le bien et le mal. Cette mauvaise habitude me prive de la réalité. La création a pour but de dissoudre mes fausses identités et tout ce qui est figé, tout ce qui est défini dans ma difficulté de me transformer. Je me suis tant identifié à l'extérieur que j'ai oublié le monde intérieur qui n'habite et qui ne demande à être exploré. Le monde est tout sauf figé. La peur a fait de moi un animal figé dans son corps et dans sa tête. Aujourd'hui, j'ai visionné une magnifique aventure écrite il y a plusieurs millénaires par Homère, le poète. Ce premier grand et magnifique récit m'est parvenu dans un éblouissement formidable. Bien entendu la mise en scène y est pour quelque chose. Je me connais le plus en m'arrêtant et en m'extériorisant. Je plonge en moi-même dans la création et l'affirmation de mon être véritable. La seule chose que je sais réellement sur moi est que je suis vivant. Cela devrait suffire à prendre la place qui me revient. Je ne suis pas différent de la nature, du cosmos, de l'univers. Diffère seulement l'échelle du temps, l'être humain devant accélérer le mouvement de création compte tenu du peu de temps qui lui est alloué. Ces propos tirés du livre, nous sommes vie, nous sommes mouvement. de Pierre Bertrand m'apporte un énorme réconfort de pouvoir m'approcher d'aussi près de la réalité. Je ne suis pas encore prêt pour écrire de telles révélations sans aucuns compagnons de route, tels que me parviennent ceux qui possèdent toutes ces belles et grandes idées à ma portée. 

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