Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.
J'aime bien lire les classiques. Je suis tombé par hasard aujourd'hui sur les lettres à Lucilius de Sénèque dans une boîte à livres. Il dit en première page, comme pour donner le ton : une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie toute entière à faire autre chose. Une telle agitation est le fait d'une âme malade lorsque le philosophe entend dire que les gens ne possèdent pas du temps pour eux-mêmes. S'attarder avec soi est bien, trop s'y attarder est risqué sur certains aspects. La première preuve d'une intelligence ordonnée est de pouvoir s'arrêter et s'occuper de soi-même, affirme le philosophe. On est nulle part, quand on est partout. Depuis six ans, j'ai expérimenté cette affirmation à plusieurs reprises. Il en est de même en lisant les mauvais livres ; je suis nulle part. Les voyages, c'est bien, mais aucune amitié ne s'est manifestée à l'heure actuelle, à part d'un type rencontré sur la route et avec qui on est censé passer quelques jours ensemble en forêt prochainement. Un voyage sans rencontres significatives n'est qu'un aller-retour dans le vent. Nous ne retenons que très peu de choses d'un voyage, si aucune rencontres significatives n'ont lieu. Je reviens souvent fatigué de mes voyages, car mon repos est troublé à force de changer de lieux. Et lorsque je m'arrête seul à manger ma croûte, je m'ennuie à mourir. Et puis je coure pour oublier que je m'ennuie. Et puis je coure et plus je me fatigue jusqu'à l'épuisement. Ceci fait partie de ma dynamique auquelle je suis sur le point de rompre. Sur la route seul, les premiers balbutiements sont tellement excitants et prometteurs. Ensuite, le manque de contacts significatifs et de repos vient changer la donne. Au retour de tels voyages, si rien de subsistant, ni d'activités communautaires ou de projets ne m'attend, ma vie manque profondément de sens au point de déprimer sérieusement. Toujours est-il que j'apprends de mes erreurs et de mes expériences. C'est après coup seulement que je prends conscience de tout ce que j'ai traversé, pour me rendre compte que finalement j'ai appris. Les apprentissages à la dure sont bien souvent les plus révélateurs et les plus formateurs pourvu d'en ressortir vivant. Lire les classiques pour moi de temps à autre est un pur bonheur. Je suis si étonné de constater à quel point ces auteurs si profondément humains qui ont écrit il y a deux mille ans puissent encore être actuels aujourd'hui. C'est ce qui rend leurs lectures encore plus magnifiques. Et si je tombe par hasard sur une lecture qui est porteuse de sens à ce moment-là, le plaisir est quintuplé. Je suis en train de réaliser que ce ne sont pas toujours les grands projets et les grands voyages qui sont porteurs de sens. Les meilleurs souvenirs ou apprentissages se résument par les gens que nous aurons croisés sur notre chemin et qui feront de nos expériences les moments les plus significatifs. Je sais de quoi je parle bien évidemment à propos de ce sujet. Tout comme les bons repas, ce seront les ingrédients qui détermineront la saveur et le goût de chacune de nos expériences. Un plat est toujours plus délicieux lorsqu'il est partagé. Tout ce que je raconte ce soir n'a pas tellement d'importance. Pour moi, l'important c'est de raconter mon histoire, c'est d'écrire mon quotidien en me rappelant où j'en suis rendu ici et maintenant. Je ne prétends aucunement détenir aucune forme de vérité. Écrire pour moi, comme je le fais, est une façon pure et simple de m'ancrer dans l'instant présent avec le plus de justesse possible avec moi-même et ce que je vis au moment présent. La meilleure thérapie pour moi débute sur des mots. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi les silences entre chaque mot prononcé et chaque soupir. Et demain, je prends le large pour quelques jours au Bas-Saint-Laurent. Le séjour sera assurément plus réjouissant qu'avec moi-même, car je serai accompagné d'une charmante personne de feu et de douceur avec qui je m'entends à merveille.
Notre quête de l'être parfait passe peut-être aujourd'hui davantage par la voie matérielle que spirituelle. Le rêve de la machine a pris la place du saint et du sage. Je dois d'emblée accepter d'errer au lieu d'être guidé par le premier gourou qui passe. La vitalité de la vie ne se laisse pas mettre en formules ou en prescriptions, dit Pierre Bertrand. Le seul chemin possible est le cheminement, c'est le seul chemin. Il n'est pas imitation mais invention. Le chemin n'est pas différent de nous. Parfois on aimerait avancer sur le chemin du maître. Ce chemin est un cul-de-sac car on ne peut qu'avancer que sur son propre chemin. Nous sommes le chemin. C'est à libérer la vie que sert la création, mais pour que cette libération se produise, il nous faut partir de ce qui nous asservit, des nœuds et des culs-de-sac. Si ma vie est pauvre, c'est que je suis incapable de faire venir vers moi les choses resplendissantes. Ce n'est pas qu'elles n'existent pas, mais que je ne les vois pas ou ne les ressens pas. Ce blocage résulte d'un surplus d'émotions mal identifiées et mal gérées. Il arrive à un moment donné qu'il faut mettre un terme à cet enchevêtrement de pensées inadéquates qui nous obnubilent et qui nous empêchent de suivre notre véritable chemin. C'est parce que je suis vivant que je suis mouvement. Tout est constamment à refaire. Les gestes se répètent sans cesse dans une spirale sans fin. Mettre la table, marcher, dormir, se lever, travailler. En fait, nous savons que nous ne savons pas qui nous sommes, si ce n'est que partiellement et superficiellement. Ce premier savoir nous aide à agir. Comme à chaque soir, j'écris et je lis. Je n'ai pas beaucoup de patience pour faire autre chose, car je n'aime que peu de choses. Et si je m'aimais davantage, j'aimerais beaucoup plus de choses et possiblement de gens. Pour comprendre tout phénomène, il est essentiel de remonter aux causes de chaque chose. Et plus l'on vieillit et plus le parcours est ardu pour remonter aux causes. Et puis, on tente l'abandon, on s'abandonne avant même d'être abandonner. Mais c'est plus douloureux. La création consiste à ouvrir la vision, à briser et à dépasser les habitudes. Parfois, mes pensées sont si denses et rapides qu'elles ne prennent même pas le temps nécessaire d'analyser tout ce qu'elles contiennent. Faire ses choix, c'est aussi choisir ses pensées. Être libre passe avant tout par un tri de ses pensées. Ce n'est pas tant de les rejeter que de les observer afin d'éviter de s'identifier à elles. J'ai besoin d'une nouvelle vision pour demeurer pleinement vivant. Pour citer un exemple, je suis allé au centre d'entraînement dans une autre franchise que celle où j'ai l'habitude d'aller. Cette expérience, à première vue insignifiante, m'a fait voir une autre réalité. Il s'agit de changer de sièges, de rôles ou de perspectives pour découvrir en soi un être qui ne demande qu'à sortir de ses habitudes. Une position statique n'est pas toujours confortable, n'est-ce pas ? À première vue, cela reflète une certaine sécurité. Bien souvent, tout cela est trompeur. Le corps exige du mouvement, car la vie n'est que mouvement. Une des choses qui me trouble en ce moment est de vieillir. La seule chose qui me soit possible de faire dans cette inquiétude universelle est de me ramener au moment présent. Stop est le mot clé afin de revenir à la réalité du moment présent. Un sujet qui m'interpelle et devant lequel je n'y peux rien est la technologie omniprésente que je ne cesse de juger, pauvre crétin que je suis devenu, à l'utiliser à grande échelle. L'une des choses auxquelles j'ai de la difficulté à m'habituer est de voir tous ces gens autour de moi qui évitent de se parler pour différentes raisons. Les habiletés sociales se perdent à une vitesse vertigineuse en même temps que la biodiversité. Ces habiletés qui ont pris des millénaires à se développer se volatilisent comme peau de chagrin. Et chacun de nous regarde le navire couler, impuissant, nostalgique et amer. Et plus nos habilités se volatilisent, et plus nous devenons des proies faciles aux esprits malveillants. Que le meilleur gagne. D'un côté du ring l'homme tout nu avec ce qu'il nomme ses expériences, ses valeurs et sa conscience, et de l'autre la technologie et ses dérivés. Qui entre les deux sont au service de l'autre ?
27 juillet |
Je ne sais par où commencer ces temps-ci lorsque je me mets à écrire. Aujourd'hui, j'ai passé à l'action en ce qui a trait à mon prochain horaire pour les mois à venir. L'enjeu de fond ne consiste pas tant à connaître qu'à vivre avec, être avec. Pour ce faire, me raconte Pierre Bertrand, nous n'avons pas plus besoin de connaître de manière exhaustive les choses et les évènements que nous-mêmes. C'est davantage l'attitude devant les évènements qui importe que les évènements eux-mêmes. Pour être et pour vivre, il faut une marge de liberté, de flou, de vide, l'inconnu. Si tout est prédéterminé et prédéfini, il n'y a plus de réel mouvement, plus de véritables événements. Vivre avec trop d'imprévisibilités me perturbe et en même temps me stimule, dépendamment de mon attitude et de la nature des imprévus. C'est précisément parce que je ne me connais pas complètement moi-même que je peux aller de l'avant, évoluer. Toute forme de transformation est à la fois saine et douloureuse. S'il n'y a plus de matière à surprise ou à étonnement, je deviens un mort-vivant. Lorsque je passe un mois à m'étonner sur la route au printemps comme je le fais, le retour est impitoyable. D'un autre côté, vivre constamment dans l'étonnement et la surprise est difficile par le fait qu'on s'habitue aux sujets et aux choses qui nous étonnent. Certains naissent avec davantage de prédispositions que d'autres. L'enfance vécue sera déterminante chez l'adulte que nous deviendrons. À cela s'ajoutent la génétique, la chance, le hasard et d'autres balbutiements comme la vitesse que mon cœur se bat pour vivre ou survivre. Je crois que la création et l'art sont des éléments essentiels pour compenser les pertes subies dans l'enfance et redonner l'estime de soi. Je parle beaucoup de généralités que la plupart des gens savent et n'ont pas toujours le temps de penser. Ou bien, ils ne veulent tout simplement pas y penser, leurs têtes étant déjà trop pleine pour en rajouter. Et puis, il y a les divertissements dans lesquels on oublie ces choses-là. Elle est où la vérité ? Lorsque nous évoquons la réalité, nous ne savons pas exactement de quoi nous parlons. C'est dans ce sens qu'il est mieux de rester prudent devant certaines affirmations qui ne font que nous embourber davantage. Une approche pragmatique est recommandée à mon avis plutôt que des théories et des concepts abstraits. J'éprouve ces temps-ci une certaine pesanteur, mon esprit s'étant tourné inconsciemment vers ce qui est fixé et figé. Cela n'a rien à voir avec les paysages qui défilent et qui paradoxalement peuvent être tout aussi figés que d'avoir la face dans le mur. Cependant ce qui est fixé et figé ne l'est que temporairement. Cela se transforme, même lentement, et si cela ne bouge pas, c'est pour mieux bondir éventuellement. Ma sensibilité et mon intelligence doivent devenir plus vivantes pour s'ouvrir à la transformation. Il s'agit d'une manière d'être et de vivre. La création est aussi celle d'une manière d'être ou de vivre, me raconte Pierre Bertrand. Il y a quelque chose en moi qui s'est figé dans le projet vanlife, amorcé à ma façon déjà depuis six ans. Je sais pertinemment que l'usage que j'en fais détermine mon état psychique, physique et mental. C'est un peu comme si je mangeais sans cesse le même aliment. J'ai passé dans le vent sans jamais avoir de réel contact qui donne un sens à ma vie. Je sais pertinemment qu'une étape importante vient d'être franchie en lien avec le campeur acquis il y a six ans. Le rêve est encore là, mais il se transforme, comme toutes choses. Je paie en ce moment pour avoir tenté de me fixer dans une pensée. J'ai entendu quelque chose de briser au retour du dernier voyage qui vient de me confirmer mon état mental en lien avec tout ça. Ce bruit fut celui de mon rêve qui venait de de dissiper en milles éclats. Le campeur était censé me libérer. Il a fait le contraire dans mon enthousiasme, ma quête de liberté et des grands espaces. Et si je m'étais trompé ? Et puis, c'est comme ça qu'on apprend. Il n'est pas nécessaire de risquer sa vie pour apprendre sur soi et sur le monde. Je reconnais vivre dans mes tranchées depuis quelque temps. J'attends que l'orage passe tout en scrutant le ciel au moindre indice sur le bonheur. Lentement de gros nuages se dissipent pour laisser place à un peu de répit. La pensée a peur du vide et du silence comme de sa non-existence, de son non-être. Il se passe des choses étranges dans ma pensée lorsque je m'oublie, particulièrement lorsque je voyage. Ce que je tente d'oublier revient toujours en force plus tard. Et c'est le choc, de retrouver celui que j'ai tenté de fuir ou d'oublier. La pensée court-circuite le vide et cherche le plein. Tous savent qu'une tête trop pleine est épuisant, si elle n'a pas suffisamment d'espace et de repos pour se ressourcer. C'est pour ça que tous se taillent des divertissements tout azimut. Lorsque je voyage, je cours sans cesse au moindre divertissement, si je peux l'appeler ainsi. La pensée doit être toujours occupée, sinon elle s'ennuie. Que le silence soit recouvert, fût-ce le plus souvent par le bavardage. Il y a le bavardage entre les gens et celui de notre pensée pour remplir le vide et le silence. Lorsque je souffre par trop de silence, n'a-t-il pas lieu de douter sur ma pensée et de la douleur qui l'accompagne ? Le difficile équilibre est à prévoir en tout temps. La souffrance subie au retour du dernier voyage provient de ce manque d'équilibre. Ce ne sont pas le campeur, les voyages, les chemins qui sont sources de ces souffrances, mais de l'utilisation que je fais de tous ces divertissements. Il y a lieu de s'inquiéter lorsqu'un divertissement ne nous divertit plus. Beaucoup de ce qui nous constitue nécessite le silence, le non-agir, la contemplation, le calme. L'écrivain tente de faire monter à une certaine parole ce fond de vide et de silence, de manière telle que quelque chose d'eux subsiste et qu'ils ne soient pas complètement notés dans la pensée et le discours. Avez-vous remarqué le malaise bidirectionnel dans une tête trop remplie ? Plus capable de faire silence et plus capable d'entendre quoi que ce soit. Ne reste que le canapé pour s'assoupir d'un trop-plein de pensées au rythme soutenu du ventilateur.
25 juillet |
Tout modèle ou idéal que se propose l'être humain est infiniment plus simple, moins étrange, moins étonnant, moins énigmatique, par conséquent moins intéressant que l'être humain lui-même. Toutes les images ont quelque chose de caricatural. Ainsi en va-t-il de l'image du saint, du sage, de l'individu excellent ou performant d'aujourd'hui. L'être humain aimerait bien se simplifier pour correspondre aux images qu'il valorise. Il ne cesse de tendre vers elles comme un absolu, et de se mentir à lui-même à cause d'elles. Nous restons le plus souvent qu'à la surface de nous-mêmes. Ce texte provient de : nous sommes vie, nous sommes mouvement de Pierre Bertrand. Le monde n'est qu'une vaste représentation qu'on veuille bien lui donné par force et par habitude. Nous n'avons pas trouvé de mieux pour alléger notre souffrance que d'inventer le monde dans lequel nous frayons. La souffrance psychologique est elle-même une représentation mentale, si je m'arrête un moment pour y penser. Le problème, c'est que nous ne connaissons qu'une partie de soi-même. Tel l'iceberg, notre vraie nature reste en partie submergée par notre ignorance et nos peurs. Transformer le monde à notre image est chose vaine. Autant s'y adapter ou mourir. J'ai toujours vu dans le mot adapter, le mot soumis. Nous sommes tellement habitué de voir le monde transformé que nous peinons à passer quelques temps seul au monde en pleine nature. Bien souvent nous le dénonçons, mais en réalité il est à notre image. Le monde n'est que la représentation de chacun de nous. La promesse du monde est de nous apporter la sécurité et le plaisir. Or, le problème de l'homme c'est de se croire au-dessus de tout, de toutes vies. Chaque représentants d'un pays, par exemple, se croit supérieur aux autres représentants. Au lieu de nous croire maîtres et possesseurs de la nature, acceptons d'abord d'en faire partie, voire d'en être un élément minuscule, comme le disait Spinoza. Il est rare que je lise et écrive dans mon jardin, comme je l'appelle. Au téléjournal aujourd'hui, il est dit que les canadiens sont les plus actifs physiquement. C'est une donnée de valeur qui est nouvelle, si on remonte à quelques décennies. L'image est devenu presque aussi importante que le contenu. Il y a lieu de s'y méprendre. Il y a un fossé distinct, celui de l'impénétrable, de l'inexpliquable et le connu, le rationnel. Cette dimension réelle jouxte inextriquement à notre façon constante de toujours trouver des réponses à tout. Ils nous faut vite des solutions, car les malaises n'hésitent pas à se manifester et de fondre avec nos personnalités contradictoires et erratiques. Nous avons tant besoin de certitudes pour vivre. Et pourtant rien de cela n'est accessible. Tous nous voulons contrôler notre vie, nos humeurs, nos revenus, notre environnement, l'économie, etc... Le désarroi nous guette à la moindre faille, à la moindre imprévue. Qui nous a fait croire que la vie et tout ce qui la concerne est statique, sans aucunes souffrances, sans aucunes dissonances ? Ce soir, j'ai l'impression de rejaillir hors de l'eau pour une nième fois. À chaque rechute, je ne crois jamais que je vais me relever, et pourtant me revoici sain et sauf, meurtri, affaibli mais encore vivant. Pour pouvoir voler très haut, il m'a fallu descendre très bas. Les catégories de la communication parfois ne suffisent pas. Le langage aussi à ses lacunes. Mais je préfère ce dernier au silence éternel. Quelque chose plutôt que rien, disait Leibniz. Ce quelque chose, dont il fait allusion, est l'autre nom de la vérité. Comment se fait-il qu'après un certains temps à bourlinguer sur les routes, l'étrangeté du monde m'envahit telle une gigantesque angoisse qui prend place à toutes formes de singularité et d'enthousiasme ? Comment un voyage transforme toutes certitudes en désillusions et en frayeur ? Comment se fait-il que ce qui me semblait beau un instant devient un élément de crainte en l'espace de quelques jours ? J'ai fait la connaissance de Ken qui habite le même immeuble que moi. L'autre jour, il m'a dit être un introverti et un être asocial. Ce que je vois de lui, c'est un être blessé dans l'enfance, qui comme bien d'autres, tentent de poursuivre leurs peines et leurs joies du mieux qu'ils peuvent. Pour se consoler, avez-vous remarquez qu'on se devait de contrôler quelque chose, quelqu'un ou un système quelconque. Il y a beaucoup de peine et de désespoir chez la plupart des résidents de mon immeuble. Ken m'a confié avoir eu des problèmes d'insertion sociale dans sa province natale de la Saskatchewan. J'ai vécu les mêmes histoires dans un autre lieu, ce qui fait de nous des complices. Traducteur de métier à la retraite, il traduisait pour les communautés autochtones du Canada. Ces temps-ci, il se passionne pour les langues mortes et étrangères. Nous avons réussi, je crois, à bâtir un petit pont, aussi fragile et fort que nos êtres. Ce n'est que lorsque nous sommes pleinement conscient qu'ils nous arrivent des choses étranges qui pointent vers le sens que doive aller les choses, sans toutefois n'y avoir aucune forme de garanti pour quoi que ce soit. J'ai appris durant les dernières semaines à être vigilant à identifier ma réelle nature, aussi fluide et rigide qu'elle puisse paraître. N'est-ce pas là où fraye le gentil poisson que je suis à la recherche de sa vérité. Il y a tellement de chemins à prendre et si peu.
Nous sommes au cœur de l'été. Je me promène lentement dans Chaudière-Appalaches. Je me suis installé en après-midi au même endroit que la semaine dernière en revenant de vélo avec mon amie Marie. Pour une rare fois, j'ai déroulé le grand tapis de nylon. De forts vents ont marqué la journée. Dans le petit boisé des rivières Leblond et du Moulin que j'ai adopté depuis plusieurs années comme havre de paix, le vent n'a pas d'emprise à cause de la haute et dense canopée. Une grande quiétude émane des lieux pour la douceur des forêts d'érables et de fougères. La petite cabane de la toilette sèche à côté de l'érablière me fait penser à un ancien camping rustique. Le vent est fort au-dessus des grands arbres. Je suis complètement à l'abri des bourrasques. Il dégage une forte humidité du sous-bois. Ici le temps s'est arrêté sur la beauté, le calme et la volupté. Rares sont les endroits près de Québec où je peux m'installer aussi confortablement en bondooking. Que dire de plus à part que de profiter de la vie ?
J'ai fait une longue randonnée à vélo hier sur la Côte-du-Sud dans Chaudière-Appalaches. Il y a trop d'automobiles le long de la 132, surtout aux grandes vacances. J'ai trouvé vraiment un bel endroit pour passer la nuit à Sainte-Louise. À la lisière des Appalaches, Ste Louise est nichée sur les hauteurs de St Roch-des-Aulnaies. Mon site est de loin plus beau que la majorité des campings environnants. Je suis entre deux rangées d'arbres dans un immense champ à côté du terrain des sports. Un grand stationnement désert borde le gazon où j'ai déroulé mon tapis de nylon. Il y a une espèce de bulle ici dont je me sens protégé par l'harmonie ambiante. Entre l'ombre et le soleil, le vent est fort et chaud. Je réfléchis beaucoup à la suite que je vais donner à mes projets vanlife, débutés il y a exactement six ans. Je commençais alors l'aventure de mon premier road trip en Ontario. Depuis, le compteur affiche 108,000 kilomètres au compteur du campeur, accumulés à trimballer mon vélo et ma vieille carcasse. Je me disais, il y a six ans, que je débuterais avec des voyages plus loin et plus intenses et qu'au fur et à mesure, je rapetisserais le terrain de jeux avec le temps. J'ai bien fait de prendre cette décision. Alors que plusieurs commencent avec des voyages plus courts, j'ai fait l'inverse, comme le reste. Je réfléchis à donner pour la suite. Au printemps prochain, en partant au New Jersey à vélo, j'aurai 69 ans. Je sais alors qu'une étape importante sera franchie. J'aurais atteint tous mes grands objectifs en vanlife et cyclotourisme que j'ai toujours rêvé de faire. En ce moment, je suis en train de me créer un registre des spots en bondooking dans la région Chaudière-Appalaches. J'ai remplacé depuis deux ans la randonnée pédestre par la littérature, mais je poursuis parallèlement ma passion pour le cyclotourisme. Pour les prochaines années, je vais prendre un rythme différent avec l'usage du campeur. Je ferai le choix de me réapproprier des territoires plus accessibles que j'avais mis de côté pour des destinations plus éloignées. Ste Louise a été le point marquant de ce virage. Mes choix demeurent néanmoins flexibles, tout comme j'ai choisi de l'être... de temps en temps. On n'a pas le choix d'être flexible dans la vie. Si un roseau ne peut plier, il casse. La littérature et l'aménagement d'un espace extérieur du campeur m'offriront le goût de m'installer plus longtemps au même endroit. Mon registre des spots de bondooking m'offrira de nouvelles perspectives pour quitter la ville au moment voulu et me retrouver rapidement en nature dans des lieux inspirants. Toute vie réussie, s'il existe une telle chose, échappe à la logique du solde positif ou négatif, indique Pascal Bruckner. Elle n'est qu'une suite de défis et de défaites surmontées, de joies indicibles qui en forment le revers. Comme Zweig, il y a en moi toujours un vaincu qui veut prendre sa revanche. Le retour est toujours une escale de plus. J'ai l'impression que ce sont les jeunes actuellement qui sont en train d'éduquer les vieux. Étranges pensées qui me guettent. Il pleut, je tire les rideaux pour lire au pied de mes Appalaches chéries.
Le festival de Québec se déroule sous mes pieds. Je préfère la musique classique dans le streaming de mon appartement. J'évite les foules immenses, les grandes villes. Mes affaires sont prêtes pour le prochain road trip du weekend en vanbike sur la Côte-du-Sud en Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent. J'ai dormi sur le canapé en après-midi, les fenêtres ouvertes, le ventilateur soufflant le vent à l'intérieur du salon. Fraîcheur, repos, musique. Et à part ça, que dire de mieux ? Cet automne je fais peindre les plafonds de mon logis. Je peu plus de blancheur au-dessus de ma tête lorsque les journées raccourciront. Je vais en même temps laver les murs aux cinq couleurs distribuées sur 600 pieds carrés de mon cocon. Mon cerveau est paresseux ce soir. Il travaille trop pour compenser toutes les marches que je ne prends plus. Vous savez, les petites marches pour prendre l'air, pour relaxer, pour digérer, pour se mettre en forme. Et bien quelque chose devrait se passer sous peu, j'espère. Des rendez-vous se pointent dans les prochaines semaines pour tenter de soulager cette abominable inflammation sous le pied qui perdure depuis deux ans. Je suis rendu à l'âge des tamaloux. Vous savez tous ceux et celles qui ressentent le poids de leurs corps par les années. Je tiens encore debout, je vous rassure. Un fil de lumières électriques multicolores dans un arbuste artificiel confirme l'apaisement dans la pièce. Dans quelques semaines, peut-être bien que je me remettrai à marcher vigoureusement sur les chemins de traverse avec force et légèreté. Musiciens de talent bienveillants, vous jouez admirablement. Aujourd'hui, en plus de dormir, j'ai débuté du classement de fichiers et d'images sur le disque dur. C'est fou comme c'est rassurant de classer, de mettre de l'ordre dans la cabane, dans son char, dans sa tête. Ça apaise de mettre à jour ses affaires et sa maison, aussi petite soit-elle. La musique est tellement belle. La sélection musicale que fait cette station est absolument remarquable. Ce qui se perd d'un côté, se gagne de l'autre. C'est une loi universelle. Qui a dit que la vie est facile ? Elle est belle sous ses plus belles couleurs. Le mot fragile est bien étrange, il n'est pas objectif sous le regard. Ou bien, il l'est trop. Est-ce le regard qui est fragile ou bien le sujet observé ?
Je prends le temps d'écrire un texte ci-dessous provenant d'une comnaissance et qui me touche beaucoup. La réussite me rappelle mes forces. Les défis m'invitent à développer de nouvelles ressources. Les erreurs me montrent qu'il est toujours possible d'ajuster ma trajectoire. Les pertes m'aident parfois à reconnaître ce qui comptait profondément pour moi et m'apprennent, avec le temps, à laisser partir ce qui ne peut plus être retenu. Les relations m'enseignent à reconnaître les personnes qui me font du bien, celles qui m'accueillent avec respect, mais aussi l'importance de poser mes limites lorsque c'est nécessaire. Dans mes rencontres, j'ai souvent répété qu'il n'est pas nécessaire d'être parfait pour avancer. Prendre soin de moi ne signifie pas ne jamais tomber. Cela signifie apprendre à me relever avec douceur, sans me juger, en me rappelant que chaque pas, même petit, est un pas qui compte. Les petits gestes répétés avec constance ont souvent plus de pouvoir que les grands changements. Mes pensées ne sont pas toujours des vérités. Je tente du mieux que je peux en pleine conscience de les accueillir avec curiosité plutôt qu'avec jugement. Il est possible de choisir une réponse différente, plus douce, plus réaliste et plus respectueuse envers moi-même. La vie ne me demande pas d'être fort en tout temps. Elle m'invite surtout à continuer d'apprendre. Chaque expérience porte un message. Chaque émotion peut devenir une source d'information. Chaque rencontre peut me transformer. Chaque difficulté peut révéler une force que je ne savais pas encore posséder.
14 juillet |
L'isolement de la vie en banlieue et son manque de vie communautaire dans l’environnement bâti intensifient sans doute un sentiment d’isolement et d’aliénation, eux-mêmes aux racines de ces passions tristes, selon le philosophe Baruch Spinoza, devenues le carburant explosif des politiques de Donald Trump. Le monde rural échappe à cette réalité par des racines profondément ancrées dans la solidarité, mais pour combien de temps encore ? Grande question de l'activiste inquiet : suis-je en train de rater quelque chose ? Ne devrais-je pas descendre sur-le-champ dans la rue, partir dans les bois, faire du vélo, agripper la chance qui passe ? Je reconnais à peine le jeune homme énergétique que je fus avec la juxtaposition avec l'adulte d'âge mûr qui a quelque chose de grotesque. Par quelle bizarre torsion, à partir de tous les visages possibles, ai-je hérité de celui qui est mien aujourd'hui ? Le beau jeune homme que je fus s'épaissit sans pouvoir y faire grand chose à part d'éviter les miroirs et les sucreries. Deviens ce que tu es, disait Pindare. Certes, mais difficile dans ce corps recroquevillé et vieillissant. Je ne choisis pas mon âge, c'est mon âge qui me choisit. Me connaître, c'est prendre conscience de mes limites à l'intérieur du cosmos, moi qui ne suis qu'une poussière de microcosme. Combien de fois les ai-je dépassés ? J'ai profité de la vie pour ne rien manquer, et pourtant. En cessant de développer mes facultés, je cours le risque de me rabougrir, de me contracter. Le destin est cruel : on donne à ceux qui sont dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Cette parabole provient des évangiles. Pourtant, ce sont nos mérites qui devraient nous définir et non pas nos comptes en banque et nos placements, si il y a lieu. La notion d'authenticité est désormais ambiguë. Tout le monde devrait avoir des devoirs sauf moi. N'est-ce pas la signification de l'homme authentique d'aujourd'hui ? Pour être soi, encore faut-il que l'être puisse advenir. Pourquoi ai-je aussi pensé souvent que le monde me devait tout ? Je connais les causes de cette étrange pensée. Victime un jour, victime toujours. Le temps arrange les choses avec beaucoup d'efforts et de conscience. Pourtant, je ne suis pas celui que je suis, je ne suis pas ce que je sais, je ne suis pas mes expériences, disait Silesius. J'ai besoin de plus que mon être pour exister. Freud ajoutera : je ne suis pas celui que je crois être. N'est-il pas plus excitant de proclamer : deviens ce que tu n'es pas ? J'ai mis plus de 60 ans à me trouver, mais à chaque rencontre, je continue de me perdre dans la lenteur du corps. Les vérités se manifestent sporadiquement.
L'ambiguïté est marquée de peurs viscérales qui génèrent des contradictions, des doutes. Si je suis plusieurs, quel personnage apparaît au premier acte, raconte Pascal Bruckner ? Seul avec moi-même, je me sens vite de trop. Alors, je marche dans la rue pour m'esquinter, prendre l'air, comme on dit, pour oublier ce moi qui me gangrène de l'intérieur et qui prend trop de place. Vilain intrus que cet égo. Combien de fois je me suis encombré de ma propre personne ? Me quitter quelques minutes, quelques heures, quelques jours pour mieux retrouver celui que j'ai délaissé. Mais je reste toujours avec moi-même, malgré les distractions, les voyages, les rencontres. Je reconnais le type absorbé en moi-même, agglutiné à mes petits tracas. C'est la définition du malheur que de ne jamais pouvoir s'échapper à soi. Je retombe tout le temps dans mes ornières, où que j'aille, quoi que je fasse. Comment suis-je arrivé à me sentir constamment une victime, un abandon, un rejet ? Mettre des mots sur ce ressenti, c'est déjà prendre une distance avec celui que je crois être. Je ne cesse d'essayer de me défricher telle une insondable énigme, au lieu de vivre, d'expliquer au lieu d'aimer. Ce gouffre étourdissant m'empêche de sortir de moi-même, me laissant rivé à ma frêle coquille. Combien de fois me suis-je demandé si tout cela ne proviennait que de moi-même ou bien de la société dans laquelle je vis ? Un doute persiste. Je n'ai pas de réponses. Être de mon temps, dans mon corps, mon esprit, passe inévitablement par la littérature et l'immobilité associée. J'ai conscience que j'évolue malgré mes faiblesses, mon humanité fragilisée. Mes volte-face sont souvent des continuités. L'absence de sens à l'aventure humaine me fait souffrir. Malgré mes dédales d'erreurs et d'errances surgissent des éclaircies soudaines et inattendues. La liberté connait trois stades : la révolte, la contrainte, la solitude. Pour le révolté, à qui s'en prendre quand je souffre, quand je piétine, quand j'échoue si je suis à moi seul mon propre obstacle ? La liberté acquise est souvent décevante, seule l'émancipation est exaltante, raconte Pascal Bruckner dans une brève éternité. Je n'éprouve que très rarement l'atténuation de ma solitude par l'entremise d'autrui par l'exercice de la solidarité. Occupez-vous de moi quand je vais mal, laissez-moi tranquille quand je vais bien. Un moment arrive où il faut en finir avec le qui suis-je pour lui substituer un que puis-je ? Je suis fait de ces autrui que j'ai croisés. Chacun de nous est une œuvre collective qui dit je. Que vais-je pouvoir faire aujourd'hui qui n'est pas de l'ordre du réchauffé, du répétitif, de la victimation ?
Il m'arrive parfois de douter de mon jugement lorsque je navigue dans la société. Par exemple, lorsque j'entends des gens exprimer des généralités à propos des uns et des autres. La durée est réductrice d'incertitudes, même si à certains moments privilégiés, il semble y avoir en nous plus de richesses que nous ne pourrons jamais en connaître. Alors le rêve nous taraude, jusqu'au bout, d'échapper à ce moi qui pèse, à ce passé lourd comme un boulet et de quêter l'épisode salvateur dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa vie, comme le disait André Breton. Ce n'est pas moi qui me détache de mes bonheurs, ce sont eux qui se détachent de moi, disait Simone de Beauvoir. Jamais plus. Plus jamais. Ce que l'on perd d'un côté, on le gagne de l'autre. Le chagrin classique est le passage irréversible du temps. J'essaie de donner un contenu philosophique à tout ce que je traverse. Il arrive toutefois que la vague est tellement forte que je dois prendre le temps qu'il faut afin de laisser passer l'orage. C'est dans ces moments-là que rien ne sert de s'agiter dans tous les sens. Parfois, il faut savoir s'oublier, parfois savoir se retrouver. J'éprouve un certain malaise face à certains événements, pour ne pas dire ceux qui me dérangent. Il y aura toujours des événements étranges, la question est de savoir comment réagir devant. Je reste parfois à porte-à-faux dans ce que je dis et ce que je fais. Je crois à tort que j'ai perdu la guerre de la reconnaissance que j'ai entreprise jadis à grands coups de gueule. La sagesse devrait m'avoir appris que la seule reconnaissance fiable aujourd'hui est celle que je dois porter envers moi-même. Le processus de l'équilibre est de savoir reconnaître ce qui est juste et bon en évitant de m'isoler trop brutalement. Les grecs appelaient kairos cet instant propice où il faut agir, entre le trop tôt et le trop tard, cet art de se glisser dans les interstices du temps. Le titre du livre de Pascal Bruckner est évocateur : une brève éternité. La chance est toujours un choix, mentionne-t-il ? Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Mon intuition m'a beaucoup guidé dans mes paroles et dans mes gestes. Elle m'est toujours utile lorsque mon esprit est dans un état acceptable. J'ai beaucoup de questions en lien avec ce que je dois faire ou non, à ce que je dois penser ou non. Une de mes faiblesses est de tenter d'avoir des réponses toujours trop vite, toujours trop facile. La vie n'est pas une charade. Je vis difficilement les incertitudes et les événements qui les causent. C'est mon défi. Il y a un temps où tout va bien et d'autres où tout va mal. C'est dans ce moment où une pause est requise afin d'éviter d'aggraver la situation. Tout cela est bien élémentaire mais combien nécessaire. Il est de ces choses qu'il faille toujours se rappeler. Comment pourrais-je m'imprégner de choses importantes et tendre la main au hasard si je passe trop vite dans un esprit indisponible ou mal avisé ? Se laisser aller trop promptement dans le courant est risqué, on peut y perdre sa peau. Cela vaut aussi bien dans le champ de l'aventure et des émotions qu'elles génèrent. Aller trop rapidement est un risque de brûler des étapes. J'en sais quelque chose en me rappelant mes derniers road trips. Mon esprit n'a pas le même âge que mon corps. Parfois j'oublie de synchroniser les deux. Pourtant, c'est dans l'action que je définis mes limites. En ce sens, là provient le risque et la nécessité de l'aventure. La vie est une aventure. Il n'y aura jamais rien de facile dans cette vie là. On raconte que la modération a bien meilleur goût. Cela est vrai pour certaines choses. Et à chaque fois, je me dis encore une autre petite virée, une autre petite danse. Encore une fois, je me dis un ultime voyage dans les montagnes, un ultime tête-à-tête avec un grand paysage, un chef-d'œuvre avant que le rideau se lève. Encore une vie à vivre.
7 juillet |
Notre sort ne bascule pas. Un geste rétracté, une parole tue, une main non tendue et nous ratons un être, une histoire. Nous n'avons pas saisi la chance, nous aurions dû improviser, faire preuve d'initiative. Comment savoir si ce n'est pas une illusion de plus ? Nos regrets, surtout plus tard dans la vie, marchent dans notre mémoire comme autant d'éléments fantômes. Le moteur est le conditionnel passé. Ce qui aurait pu se passer devient plus important que ce qui a lieu, le virtuel ronge le réel et le dévalue. Trop tard, trop tôt. Et si j'avais su. Et si j'avais fait. Et si j'avais été. Et c'est ainsi que les regrets prennent une plus grande place. Et pourtant je méritais mieux. Je suis né au mauvais endroit, à la mauvaise époque, dans la mauvaise famille. Regrets, illusions. Et on se demande pourquoi la fatigue nous prend soudainement. Je n'ai pas eu les bons amis, les bons enseignements, la bonne culture. Et pourtant j'existe. N'y a-t-il pas là l'essentiel ? Et pourtant, il y a l'imprévu, la régénérescence, les miracles, les hasards, mais aussi l'inadvertance, les indispositions. Berlioz a dit que la chance ne suffit pas, il faut encore avoir le talent d'avoir de la chance. À quoi bon me lamenter sans cesse ? Je dois créer avec ce qui existe, recycler, redéfinir, réinventer. Agir consciemment. Heureusement que la littérature existe. Pascal Bruckner m'a inspiré ce soir en me sortant de la torpeur. Transformer la peur en quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus merveilleux. Boris Cyrulnik appelait cela un merveilleux malheur. Son étude principale était la résilience. Mon bonheur de la journée est attribué à un rafraîchisseur d'air que je viens d'acquérir. Il ne suffit que bien peu de choses, que bien peu de mots, que bien peu de gestes à bien y songer.
Les embouteillages sont pires chaque année. Il y a trop de véhicules sur les routes et le réseau est mal foutu. Le bien public tire de l'aile au détriment de l'entreprise privée. J'ai profité de l'acalmie des grandes chaleurs aujourd'hui pour faire du vélo dans le comté de Bellechasse. J'ai franchi la barre des 86 kilomètres accompagnés de bons vents agréables. Le Québec, au sud du fleuve Saint-Laurent, n'est qu'une immense ferme où les champs se répandent à l'infini. Dans la culture et la tradition du Québec on ne plante pas des arbres monsieur, on les avait pour plusieurs raisons. Sur mon parcours à vélo, les arbres sont absents pour faire de l'ombre. J'aime bien les grands espaces, mais l'absence d'arbres au cœur de l'été devient insupportable La circulation est beaucoup trop rapide, que ce soit en ville, en région ou à la campagne. Cette randonnée m'a fait un grand bien, surtout après le long voyage parcouru aux États-Unis au mois de juin dernier et après la canicule que l'on vient de traverser. Je ne partirai pas sur les comparaisons entre nous et les américains, ayant déjà pas mal donné dans ce sens-là. J'ai pas le choix de m'adapter, car c'est ici que je vis et que je mourrai. Je dois alors m'efforcer de regarder le beau côté de la médaille. Depuis six ans que j'ai fait l'acquisition d'un petit campeur pour la retraite, je n'ai pas chômé. L'aventure a débuté en 2020 avec mon tout premier road trip en Ontario. J'ai pas vu le temps passer avec toute cette galère dans ces routes de traverse joyeusement entreprises. Par chance que j'ai pris une multitude d'images et mon journal de voyage pour me rappeler toutes ces aventures. Après le visionnement du film Backroom, j'ai décidé de produire de nouvelles créations visuelles musicales à l'aide de mes propres images. Je viens de me procurer une nouvelle adresse internet pour le blogue, tout en conservant le précédent pour qu'il soit dirigé vers le nouveau lien. J'ai parcouru une multitude d'applications et de sites internet en lien avec la création visuelle dans le but de développer davantage mon côté artistique qui, à bien des égards, est omniprésent. Depuis l'arrivée d'internet, j'ai acquis des compétences artistiques concrètes en arts visuels et en communication dans le but de développer et partager mon plein potentiel. À la retraite, j'ai reconfiguré mes intérêts pour voyager en campeur à travers l'Amérique. Et me voilà, une fois de plus, à une autre étape de vie où j'ai le goût de peaufiner toutes ces expériences vécues depuis 2020. Il y a une série d'événements, d'apprentissage et de préparation requise pour en arriver là où je suis présentement. Je crois qu'il est impossible de créer sans en avoir souffert au préalable, du moins pour ma part. Toute nouvelle naissance est souffrant. Tout ce que j'avance s'effectue progressivement par petites doses. Le concept à l'intérieur du film fantastique Backroom m'a fortement inspiré. Il en fut de même pour le film Incendie de Denis Villeneuve à l'époque, qui m'a fortement révélé mon identité en ce temps-là. Il y a toujours un envers de la médaille. Elle ne se laisse pas percevoir au premier coup d'œil. Agir, acquérir de nouvelles expériences, faire de nouveaux projets sont très importants. À vrai dire, la chose qui éprouve de la lenteur à se manifester, ce sont là présence d'autrui qui est trop largement absente de ma trajectoire. J'ai toujours eu comme objectif de réseauter, de créer des liens. Alors faut-il avoir les intérêts et le savoir faire pour y arriver. J'ai su démontrer pendant trente ans qu'il a été possible de le faire avec succès. Je vais tenter dans les prochains mois, essayer de positionner mes histoires et mes créations sur internet avec l'espoir de réseauter, non pas sur la même intensité que dans le cadre de mon défunt travail, mais à l'aide de celui qui est devenu avec le plus de grâce et d'attention possible. En réalité, nous ne changeons pas, nous progressons vers celui que nous sommes toujours.

Le défi pour l'écrivain est d'amener au langage ce qui lui résiste, ou plutôt de créer une langue qui puisse révéler ce que le langage cache le plus souvent. Mes émotions sont souvent devant l'être qui se cache derrière. Des plis, des habitudes déterminent le cours ultérieur des choses. Sortir du sillon nécessite un effort et une critique au regard des traditions et de la culture ambiante. Les partis pris et certaines habitudes dans la forme de notre pensée s'enracinent au plus profond de notre être, faisant de nous des prisonniers. Je regarde le monde avec des yeux bien différents qu'il n'y a pas encore si longtemps. J'ai de la misère à me définir entre mes illusions et la réalité. Le défi de l'écrivain, dit Pierre Bertrand, est de faire face à la réalité, même s'il ne peut, lui non plus, faire abstraction des habitudes et des plis qui ont été pris dans la pensée et le discours. Notre vie est prisonnière du connu. J'ai déjà tenté de m'en échapper, que les habitudes me rattrapent très rapidement. L'aventure est nécessaire, mais combien dangereuse à ceux qui ne sont pas préparés. On se prépare qu'en partie l'aventure. C'est davantage elle qui nous prépare et nous forme. Notre vie est enfermé dans nos croyances et nos connaissances, qui font partie intégrante de la culture. Dans ce cadre-là, il nous manque la capacité de nous étonner et d'apprendre vraiment. L'existence n'est jamais rectiligne. Nous avançons à tâtons de réussite en échec dans un récit qui se construit à chaque instant, le dénouement restant toujours le même. Quand on t'écarte, reste à l'écart. La dignité n'a pas de prix. Dans certaines de mes habitudes, je m'écarte souvent de moi-même. Pourquoi blâmer autrui alors ? Je dois avouer ne pas toujours voir la vie avec des lunettes roses. Est-ce la faute à mes géniteurs ? Peu importe, ils ont disparu. Pourquoi ne pas tenter d'ajuster mon regard à la réalité au lieu d'un monde qui n'existe que dans mon imaginaire ? Mon imagination m'a sauvé à plusieurs reprises. La condition de cet état est d'en revenir sain et sauf. Un sauvage a grandi en moi. Bientôt le festival d'été réjouira le cœur des gens. Je n'ai jamais rien compris au phénomène de la foule. Je l'évite mais jamais très loin. J'aime me raconter dans mon journal. C'est important de raconter son histoire à quelqu'un, sinon on risque de s'oublier. À raison de me confier, j'écris. Parfois je crois que quelqu'un me lit. Peu importe, c'est le narratif qui compte. Cela fait deux semaines que je suis revenu de voyage. La forme revient lentement, heureusement. J'ai souvent l'impression que ma vie tient à un miracle. J'ai souvent l'impression que je m'expose de façon dangereuse inutilement. Ma vie fut une putain d'aventure ou bien est-ce l'idée que je m'en fait. Lorsqu'elle me quitte, je crois ne plus exister. L'aventure pourtant se transforme au fil du temps à l'intérieur d'une pièce tiède et insipide. À chaque grande véritable transformation, je n'ai pas chercher quoi que ce soit, les choses arrivant d'elles-mêmes. Je peine à voir la réalité, c'est pour ça que je me suis réfugié dans l'illusion et la fuite. J'en ai fait mon habitude. Ce sont peurs qui m'affaiblissent le plus. Ce sont mes pires ennemis. Pourtant elles proviennent de moi et de personne d'autre. J'ai peur de me voir dans le miroir. Parfois j'ai honte de ce que je suis. J'ai débuté d'écrire en lisant, que rapidement j'ai pris le relais. C'est toujours ainsi la plupart du temps. J'ai beaucoup de choses sur le cœur que je dois extirper. Je fais de mon journal de la thérapie. Je crois que je vais tenter de changer quelques habitudes qui m'habitent pour ne pas vieillir comme un pauvre abrupti. Je suis très dur avec moi-même, j'en suis conscient. Alors pourquoi ne pas essayer de m'aimer davantage pour faire changement ?
Cette semaine, j'ai visionné le film fantastique Backroom. J'ai ressenti un étrange déjà-vu en regardant ce suspense. Le récit évoque un lieu de transition où les espaces sont généralement vides, froids et infinis aux couleurs jaunâtres. C'est difficile de décrire ces lieux qui sont quelque peu terrifiants en l'absence de vie humaine. Je pense ici à des bâtiments ou des grands stationnements vides, pour ne nommer que ceux-là. Après le visionnement, je prends conscience que plusieurs de ces lieux m'habitent. C'est un sentiment étrange en observant de plus près les backrooms Je ne sais pas trop ce qui m'arrive depuis mon retour de voyage, mais je ne ressens pas la force de trop réfléchir pour expliquer quoi que ce soit. Cela est probablement causé par le surmenage, à la chaleur et la fatigue. Au plus loin que me souvienne, je reviens déprimé des longs voyages. Dans le film, on mentionne que ceux ayant vécu des traumatismes répètent sans cesse les mêmes pensées et les mêmes gestes. Ceci a pour conséquence de les transporter dans un labyrinthe n'ayant aucune issue facile pour s'en sortir. De là que proviennent l'idée des backroom où les gens aux traumatismes divers viennent tenter de résoudre les énigmes. L'idée des backrooms est associée au fantastique, au paranormal, voire même à l'horreur des films du genre. Dans le film, la réalité est proche de la fiction, ce qui rend le récit encore plus intrigant. Je possède plusieurs centaines d'images qui me rappellent les backrooms pour la raison qu'elles représentent des lieux de transition, tels des chemins et des routes courant à l'infini. Il y a aussi toutes les images associées aux bâtiments vétustes et abandonnés qui m'interpellent. Dans cet etrange film je fais le lien entre mon vécu et l'étrangeté des lieux que je traverse. Pourtant, il n'est étrange que mes pensées et mon ressenti devant certaines choses et certains événements. Je sais pertinemment que je refais en boucle nombre de pensées et de gestes qui proviennent de mon subconscient et qui s'accroît au fil du temps dans une grande caisse qui n'a plus d'espace pour y ajouter quoi que ce soit. Cette semaine, je viens de réaliser à quel point l'intelligence artificielle et les robots conversationnels prennent de plus en plus de place dans le monde. Lui-même se fragmente considérablement dans un univers rempli de paradoxe et d'indifférence. Parfois je me demande si je suis le seul à percevoir tout cela. À constater l'engouement pour ce genre de film qui se classe au sommet du palmarès, je ne suis assurément le seul à penser à ces choses-là. J'ai eu spontanément un coup de tête aujourd'hui pour tenter de me servir de l'intelligence artificielle pour créer de nouvelles images statiques ou animées à partir de mes images. Je crois que je ne suis pas prêt pour baigner dans cet univers virtuel, malgré les effets spéciaux intéressants que peut dégager cette puissante technologie et l'expression artistique qui s'y dégage. Le monde va dans la même direction car des investissements pharaoniques se dirigent tous dans le même sens. Toute cette convergence et cette force m'effraie. J'y vois là la disparition éclatante du monde que j'ai toujours connu et qui vole désespérément en éclat. Comment ne pas être abasourdi lorsqu'il n'y a plus personne à qui adresser la parole ? Lorsqu'il devient impossible de parler à quelqu'un de réel pour obtenir des renseignements ou un service, qu'adviendra-t-il de nous, pauvres mortels insouciants et vaniteux ? Est-ce moi en vieillissant qui devient inintéressant ou bien est-ce le monde qui s'assombrit ? Les sociétés deviennent de plus en plus étranges à mes yeux, dans mon corps et mon esprit. Que sont devenus mes rêves, mes espoirs, mes amours ? Où est allé tout le monde qui avait quelque chose à raconter, disait Serge Fiori. Aujourd'hui au centre d'entraînement, un américain retraité ayant sa citoyenneté canadienne discute avec moi me posant des questions que personne ne prend la peine de formuler. Étrangement, je reviens des États-Unis, il y a deux semaines à peine. Lui-même m'avoue avoir de la difficulté à communiquer avec qui que ce soit dans le gymnase. Je crois au phénomène de la synchronicité. Parfois, je m'étonne de constater que je ne suis pas le seul à penser de telles ou telles façons. L'histoire a su démontrer que la vie humaine sait rebondir devant l'adversité. Je crois que les défis qui nous attendent sont très nombreux. Le problème à l'heure actuelle est la course aux profits qui ne cessent de s'accroître au détriment de la valeur humaine laissant le monde indifférent à autre chose que lui-même. Demain sera un meilleur jour. J'en doute à court ou à moyen terme. Et puis qui suis-je pour prédire l'avenir ? À chaque invention, nombreux étaient les gens à prédire la fin de notre histoire. Et puis nous sommes toujours là, ce qui confirme qu'il n'y a pas que le mal qui domine.
28 juin |
Le voir est très proche du vivre. Le voir n'offre pas une compréhension ou une explication. Il observe ou constate. Le vivre ne peut se mettre en mots. Je ne peux pas rester simplement silencieux. Mon défi, surtout lorsque j'écris, est d'amener à la parole ce qui lui résiste et la déborde. Proust disait, tout compte fait, il n'y a que l'inexprimable. Et puis, lorsqu'il m'arrive de me sentir déprimé, les mots surgissent pour me ramener à la raison. Me sentir déprimé et être déprimé sont deux choses distinctes pour moi. Bien souvent, je m'accroche à l'idée d'être déprimé. C'est souvent l'idée de la douleur et non la souffrance elle-même qui me fait souffrir. Tout le monde sait que la déprime n'est que passagère à moins d'avoir un problème récurrent associé à une maladie ou une situation spécifique qui perdure dans le temps. La dépression est le mal du siècle. La dépression est un mal complexe. Ce qui me déprime au retour d'un voyage est de reprendre la routine là même où je l'ai laissée avant de partir. Le voyage offre l'illusion que je change quelque chose dans ma vie. Dans le voyage, il y a une sorte de fuite. On ne peut pas changer, mais on peut transformer sa façon de penser. La pensée positive est quelque chose qui se cultive au même titre que les légumes de jardin. Où va la pensée, l'énergie va. On ne revient jamais à la case départ malgré ce que l'on pense. Il y a dans mon coffre un tas d'outils à ma disposition. Parfois je l'oublie. Parfois je n'ai plus la force d'y croire. C'est lorsque la douleur psychologique atteint son paroxysme qu'elle vient à redescendre. C'est le propre d'une crise. C'est lorsqu'on a perdu tout espoir qu'une étincelle nous ramène à la vie. Les miracles existent dans certaines circonstances que j'appelle la pleine conscience. Les grandes chaleurs arrivent demain. Je m'y prépare. Il en est ainsi pour la déprime. Je mets les bases d'une hygiène au quotidien et le reste suivra son cours. La vie s'occupe d'elle-même à condition qu'elle possède un terreau propre à se développer. Toutes ces choses-là sont primordiales en ce moment pour moi. À quoi bon vouloir fuir ou me distraire pour oublier que je souffre ? La douleur psychologique disparaîtra lorsque ma conscience ira à sa rencontre. Je me rappellerai toujours des dialogues de David Bohm, qui fut très important pour moi dans une période sombre. Il disait qu'un bon dialogue n'est pas la nature du sujet ou les mots utilisés, mais ce qui se passe lorsqu'on parle. Il y a les dialogues et les monologues que l'on se fait à soi-même. Ce sont les intermèdes et les silences entre chaque mot prononcé qui sont les plus importants. À quoi bon me servirait-il de parler de politique ou d'économie à l'heure actuelle lorsqu'il y a plus urgent dans la demeure ? À quoi bon vouloir aider les autres si je ne puis m'aider moi-même ? Écrire est mon salut, mon repos, mon refuge. Écrire est l'une des actions la plus bénéfique qu'elle soit car elle s'effectue au moment présent. C'est surtout de ça que j'ai besoin, de l'instant présent et de ma conscience à l'observer. une des causes de ma souffrance est la solitude. Lorsque j'adopte la pleine conscience, je réalise que je ne suis pas si seul que je croyais, car je suis avant tout avec moi-même. Ceci n'est qu'un exemple des bénéfices de la pleine conscience. C'est seulement dans le moment présent que la conscience peut s'élever et agir à rétablir ma connexion avec la vie, ma vie. La douleur psychologique exprime une perte de conscience. Même les douleurs physiques peuvent s'affaisser devant notre capacité de conscience. La question à me poser dans ces moments-là est : qu'est-ce qui est le plus important en ce moment précis ? Le problème avec la douleur est qu'elle accentue les émotions de façon disproportionnée. J'ai médité ce soir et j'ai pris soin de moi comme il y avait longtemps que je ne l'avais fait. Il ne suffit que peu de choses pour voir la situation s'inverser. La pleine conscience marquera mon quotidien si je maintiens une bonne discipline. Discipline ne veut pas dire travail acharné, bien au contraire. La discipline dans la pleine conscience signifie lâcher prise sur ce qui n'est pas essentiel dans sa vie, comme par exemple les peurs disproportionnées et l'envie, pour ne nommer que ceux-là. Le bonheur est beaucoup plus près que je pense. Le ventilateur derrière moi est une source incommensurable de bonheur en étant conscience de l'effet qu'il porte sur moi. Avant de repartir sur de grands concepts et idées abstraites, il est de mon devoir de rétablir les ponts avec mon être profond à l'aide de la pleine conscience. Déjà, je vois une légère transformation entre le début et la fin du texte.
Mon biorythme dans l'année est au plus bas, curieusement en juillet et août. Je ne tiens pas à savoir pourquoi mais je m'en doute. Le retour de voyage effectué en juin est pénible comme tous ceux que j'ai fais dans le passé. Le dernier voyage est une rupture profonde avec celui que j'ai été avant le départ. Un voyage est un projet dans lequel beaucoup d'énergie est déployée pour qu'il se réalise. Il y a l'énergie à le préparer, à le réaliser et le terminer. Il n'est pas étonnant d'être épuisé après tout ce travail colossal. Je n'ai plus vingt ans, je dois m'attendre à ce que la fatigue se déclare plus rapidement. Je suis dans cette réalité. Mon esprit veut bien partir à l'aventure, mais mon corps ne suit plus comme avant. J'éprouve de la difficulté depuis une semaine à récupérer du voyage et à avoir de la motivation pour aller de l'avant avec d'autres projets. Je suis trop pressé, bien trop pressé. C'est en écrivant ce soir que je parviens à faire la lumière sur ce que je viens de vivre et sur le sentiment de grand vide qui suit au retour chez moi. On appelle ça brûler la chandelle par les deux bouts, ou quelque chose du genre. Il y a aussi l'expression : mettre ses œufs dans le même panier, et dans laquelle je trouve un certain nombre de vérités. L'expérience n'est pas complète si j'omet de faire un retour sur le voyage. Il est important pour moi maintenant de bien comprendre tout le processus d'un tel voyage. Il est d'autant plus spécial que je voyage seul depuis six ans maintenant en campeur, et ce dans des conditions plutôt difficiles, compte tenu de mon âge et de certaines fragilités reliées à la solitude. Écrire me permet de ramasser mes idées et mon esprit. Écrire me permet de refaire le scénario afin de comprendre le chemin parcouru et l'intention qui se cache derrière mes objectifs de voyage. Tout le monde sait que les voyages transforment. Je suis toujours étonné de constater à quel point il est vrai. On ne se remet pas facilement d'une telle aventure. Toute l'énergie déployée laisse des traces. Le contraste est très important entre ma vie à la maison et les semaines passées à me promener comme un damné à chercher je ne sais quoi, je ne sais qui. Au début, cela semble être évident que plus le voyage avance et plus tout semble incertain après un certain temps. Il devient angoissant à la longue de toujours réfléchir vers où je vais et de toujours avancer vers l'inconnu. C'est comme si j'essayais de me déprendre de quelque chose et que je perdais d'autre chose parallèlement en chemin. Au début, tout cela est une forme de grande euphorie et d'excitation, puis après un certain temps, le doute commence à s'installer en même temps que la fatigue et les kilomètres accumulés. La magie du début transforme le rêve qui est devenu réalité en l'espace de quelque temps et qui lentement, insidieusement devient l'enfer. Comment ne pas se sentir bouleversé après un sentiment incertain d'échec et d'incertitude traumatisante ? C'est la première fois au retour d'un voyage que je réagis ainsi en écrivant ce qui se passe dans ma tête et mon corps. Je juge important de ne pas passer sous silence un tel événement. Je suis très loin d'être à mon premier retour de voyage. La différence cette fois-ci est que j'éprouve un désir de comprendre les raisons d'agir de telles ou telles façons pour éviter les mêmes pièges, s'ils en sont. Les pièges sont bien souvent avant tout en moi et par mon inconscience. On dit souvent et avec raison que le temps arrange tout. Il est impossible de reprendre le même rythme rapidement après un périple semblable. Le temps arrange les choses. Rien n'est aussi vrai et rassurant lorsqu'on y croit et qu'on l'accepte. Je dois accepter les séquelles et la fatigue du retour d'un voyage semblable. Il y a beaucoup de rêves et d'illusions dans un grand voyage que l'on prépare avec soin. J'ai souvent pensé que je perdais la tête à un moment donné après un certain temps sur la route, seul comme un cinglé. Et plus le voyage avance, plus les doutes s'installent en même temps qu'une lassitude qui s'accumule étrangement malaisante. J'ai souvent ressenti des troubles dépressifs au retour de voyage. Ce dernier n'y a pas échappé. La solitude peut être très dangereuse lorsqu'on la néglige et qu'on tente de l'éviter par toutes sortes de moyens. Mon esprit fut tellement submergé pendant un court laps de temps qu'il n'est pas étonnant de se sentir déprimé au retour de voyage. Je crois que plus l'adrénaline et la stimulation seront fortes en voyage, plus la déprime et la fatigue peuvent le devenir au retour. Il y a beaucoup de leçons à apprendre d'un voyage. Je me suis senti si souvent coupable de vivre ces malaises au retour de voyage que je me suis identifié à tort à un type dépressif et sans objectifs précis. Ceci est la manifestation de l'égo qui m'accompagne en voyage et qui me fait souffrir. L'égo sait par quelle fissure de mon être traverser pour faire de moi un homme soumis. C'est lorsque je suis le plus vulnérable que l'égo sais tisser sa toile et tracer son chemin. Il me dit alors sans cesse d'aller toujours plus loin, plus haut, plus fort et cela, toujours mieux et plus vite. Et lorsque je me sens abattu, l'égo continue à me frapper de plus en plus fort à mesure que je m'affaiblis. Je viens de faire un bon geste ce soir en débusquant ce malotru à qui j'ouvre la porte impunément. Et de dire en terminant que la partie est terminée et qu'il est temps de rentrer chez soi, de se mettre à l'abri de soi et de pas s'en faire plus qu'il n'en faut.
Le savoir accumulé a une utilité évidente mais limitée, car l'attention s'exerce sur le présent. J'ai le défi de créer, surtout lorsque j'écris, d'amener à la parole ce qui lui résiste et la déborde, nous dit Pierre Bertrand. N'est-ce pas le défi de l'écrivain d'en arriver à toucher l'inexprimable ? L'expérience de soi ne se laisse pas entièrement mettre en mots. Comment pourrais-je connaître ma vérité alors qu'elle se transforme sans cesse dans le temps ? Tout est toujours à redéfinir. L'expérience de soi ne se laisse pas entièrement mettre en mots. Et si tel est le cas temporellement, tout ce qui a été dit ou compris est toujours à recommencer. Cela vaut pour un esprit qui n'est pas figé dans le passé. Nous aimons nous imposer une identité et un rôle. Nous aimons nous enfermer dans d'étroites positions. Je dois davantage souffrir d'auto-compassion que d'auto-critique. La vie est tension. Si la tension est trop vive, comment ne pas s'étonner que des ruptures tentent de se manifester ? Je connais ce cirque amplement, moi qui ai toujours eu l'intensité de vivre et de voir. Je suis comme la plupart des humains, un être complexe et multiple. Je suis éprouvé lorsque je voyage, lorsque les choses bougent sans cesse dans un panorama différent défilé à vive allure. Peu importe si je reviens vivant de ces aventures, elles restent néanmoins une source d'apprentissage importante qui se décortique au retour dans un environnement calme et statique. Cette dernière est appréciée par l'impression que le temps se fige dans un décor spécifique que nous choisissons de contrôler le rythme et le contenu. Lao Tseu disait que par le non-agir, les choses se font. Bien entendu, il n'existe jamais complètement de non-agir comme le silence n'existe jamais. Je dois davantage demeurer dans l'ouverture que de rechercher le savoir à tout prix. J'ai besoin pour vivre d'une intelligence plus ample que celle de la seule pensée. Le corps-esprit est très fragile, d'autant plus si nous avons un manque d'attention envers la relation qui s'établit entre eux. L'interaction corps-esprit désigne la relation bidirectionnelle étroite où nos pensées, émotions et états psychologiques influencent directement notre santé physique. Ce lien puissant entre le cerveau et le corps, notamment via le système nerveux, impacte directement notre bien-être global. Dehors la fête nationale débute avec les cris des adolescents en fête. C'est curieux que le silence tarde à se manifester malgré mes absences de mots.
22 juin |
Le moi ne maîtrise pas le rêve. Il est emporté avec lui. Le moi est à la fois le rêve lui-même et un personnage du rêve. En société, être et paraître ne font qu'un. La dimension individuelle sait que la réalité est d'abord invisible. Non seulement invisible, mais multiple, discontinue, chaotique. Une identité seule ne peut tenir car elle est une projection du regard. Lisez un texte à quelques reprises et vous verrez que la réalité a tendance à se transformer et à se contredire selon les humeurs et les circonstances. Comme le disait Pascal, la raison n'est rien si elle ne s'ouvre pas à ce qui la dépasse. La pensée et la parole ne sont rien si elles ne s'ouvrent pas à l'impensable et à l'indicible. En s'y ouvrant, ce n'est pas ce qui est pensé ou dit qui importe, mais ce qui, tel un coup de vent, souffle entre les idées et les mots. Il peut y avoir un immense contraste entre le monde de la pensée et du discours et celui de la réalité. Quoi qu'il en soit, la pensée et le discours doivent s'oublier pour nous ouvrir d'emblée à une réalité qui ne peut que les dépasser. Pierre Bertrand, philosophe québécois, a écrit : nous sommes vie, nous sommes mouvement. L'auteur nous apprend que les mots et les idées représentent une infime partie de la réalité. Pris en eux-mêmes, les mots passent inévitablement à côté de la réalité. Ou bien, ils n'en font qu'un compte rendu partiel. Souvent, les mots appartiennent au bavardage, servant à cacher et à tromper qu'à révéler. Je reviens d'un voyage épuisant. Peut-être n'est-ce pas autant le voyage qui me fatigue que l'âge auquel je suis rendu pour faire pareille aventure. C'est là qu'entrent en jeu les mots dans lesquels ils me trompent bien involontairement. J'utilise les mots pour éviter de rester en silence et d'en souffrir lorsqu'ils se font trop nombreux. Dans les prochains jours, l'humidité fera son entrée, comme à pareille date à chaque année. Je souffre de la chaleur, l'été n'est vraiment pas ma saison préférée à part me jeter dans l'eau pour me rafraîchir. Mais le silence à lui seul ne suffit pas, car en lui-même, précisément, il ne veut rien dire. Le défi est de trouver les mots qui communiquent le silence. La vie étant mouvement, toute conclusion serait fausse. La vérité sur notre sujet n'est pas un échec mais une marque de notre finitude. Concrètement, c'est à partir du malaise ou du mal-être, de tout ce qui se passe en lui, à partir de ses questions, de ses crises, de ses lacunes, de sa souffrance, de ce qu'il y aura pour lui de plus terrible qu'il créera. Et moi, je m'assoupirai un certain temps pour laisser se dissoudre un autre printemps qui vient de disparaitre toujours trop vite.





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