Allégeance

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.

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Polarsteps



8 août |

Nous ne sommes pas notre maladie ou notre malheur. On ne doit pas s'identifier outre mesure à un problème de santé si nous agissons correctement pour tenter de trouver des solutions. Encore qu'il soit difficile lorsque la situation devient chronique, c'est encore plus vrai lorsque les bobos sortent avec l'âge. Écrire permet de ralentir ou de freiner la rumination. Ruminer, c'est répéter les mêmes choses ou ressasser des pensées sombres. C'est tourner des idées en boucle dans sa tête qui reviennent sans cesse sur un événement ou plusieurs événements. Certains de ceux-ci ne sont même plus présents, étant des empreintes d'un passé révolu. Penser ou réfléchir est un processus actif qui avance, explore un problème et cherche une solution constructive avant de passer à autre chose. Ruminer crée de l'anxiété, de la fatigue, voire même des états dépressifs. Certains ruminent par habitude, d'autres parce qu'ils ne trouvent pas d'autres solutions. J'ai toujours tenté de chercher des solutions pour occuper le temps libre dont je dispose ou bien aux multiples ruminations qui me secouent de temps à autre. Si les ruminations sont trop excessives, l'anxiété et l'épuisement se manifestent. L'instinct de survie est très fort et nous permet de trouver des solutions aux soucis. C'est lorsque les solutions s'étiolent que les maux apparaissent. Depuis que je me conscientise aux ruminations qui me traversent l'esprit, j'écris régulièrement, ce qui abaisse considérablement mon taux d'anxiété. Je n'éprouve aucune gêne à parler de ce sujet avec des gens bien intentionnés ou de confiance. Je me fis à mon ressenti, à mon intuition pour divulguer des renseignements personnels à mon sujet. On a tous intérêt à se confier. Cela fait partie du plan d'action pour ralentir la rumination. En écrivant, je transforme les ruminations en idées ou en repos en méditant qui, avec la pratique, tentent de les ralentir afin d'éviter de devenir un stupide bovidé, quoique je ne crois pas qu'ils soient aussi stupides qu'ils en ont l'air. J'ai beaucoup ruminé dans ma vie sur un tas de choses afin de donner un sens à ma vie. Écrire désormais donne un sens à mon existence. Écrire me permet d'accepter ma solitude ou mon sentiment d'isolement. Je ne tiens absolument pas d'être complaisant dans mes inconforts. Cet état des choses provient de très loin, dont il m'est très difficile de me débarrasser. Le trauma est le nom donné à cet ensemble de facteurs m'ayant causé préjudice alors trop jeune pour comprendre ce qui m'arrivait. C'est lorsqu'ils se manifestent en bas âge qu'ils sont plus difficiles à éliminer plus tard dans la vie. Combien de gens minimisent leurs états d'êtres dans le déni  et l'évitement ? Toutefois, on peut vivre avec des traumas subis dans le passé en tentant de trouver des solutions qui, toutefois, ne régleront pas complètement le problème. Le mal étant fait, il faut apprendre à vivre avec les traumas. Un cercle vicieux existe dans la complexité de certains comportements. Au début, il y a un évènement ou un ensemble de facteurs plus ou moins troubles. Ensuite, la pensée s'y rattache pour alimenter des émotions qui contribuent à adopter un ou des comportements. À cet ensemble de phénomènes surviennent les distorsions cognitives et plus tard les problèmes de santé si la situation subsiste. Je connais tout ce cycle pour avoir joué dans ce numéro. Le sentiment d'impuissance et le mal de vivre sont favorisés si les préjudices ou les évènements ont lieu en bas âge. Évidemment, on ne peut changer le passé et l'avenir, personne ne peut le prédire. Se ramener au moment présent est ce qu'il nous reste. J'aime bien cette expression de me ramener. Écrire me permet de prendre du recul avec tout ça. Écrire me permet de me dissocier des émotions perçues en revisitant tout cela avec un certain recul. Bien souvent le passé survient sans même y penser. Tous vivront du stress à un moment donné au cours de leur vie. Le stress fait partie intégrante de notre existence. Certains facteurs environnants alimentent encore plus le stress. Le stress est devenu une banalité de nos jours. On est stressé pour tout et pour rien. Le stress chronique apporte un affaiblissement des neurotransmetteurs qui alimentent les hormones nécessaires à notre équilibre. Les plus importantes se nomment dopamine, sérotonine, noradrénaline et adrénaline. Ensuite il y a les hormones régulatrices du système nerveux qui sont le GABA et le cortisol. Les antidépresseurs de différentes classes permettent de régulariser toutes ces hormones dans le cerveau en servant à maintenir une bonne santé mentale et physique. Voilà qui est fait de ce léger exposé visant à démystifier certaines différentes problématiques de santé mentale. Encore aujourd'hui, ce sujet est largement tabou. Les gens qui en sont affectés éprouvent, dans une grande majorité des cas, une honte injustifiée devant ces affections. On pourrait considérer qu'il s'agirait de faire preuve de volonté pour remédier à ces troubles d'anxiété. Le stress est le premier vecteur nous indiquant qu'il y a lieu de s'inquiéter devant une situation. Si la situation ne se régularise pas, le système nerveux reçoit des signes pour corriger le tir. Si rien n'est fait, le corps et l'esprit s'effondrent en dernier recours pour nous indiquer qu'un danger persiste. De là l'importance d'écouter son corps. Lorsque les vecteurs, comme je les appelle, commencent à montrer de la fatigue et de l'usure, il devient plus difficile de se ramener aisément sans une aide extérieure. Il n'y a pas de honte à demander de l'aide. L'orgueil, la vanité et la culture contribuent à passer sous silence ces maux pour ne pas paraître faible ou diminué à nos yeux et à ceux des autres. Je me surprends de la lancée que je viens de faire sur ce sujet qui touchera une grande proportion d'humains dans leur existence. Les tristes évènements auront toujours lieu, ce qui peut changer, c'est notre attitude devant eux. Je le répète, lorsque des évènements tragiques se produisent à un jeune âge dans la famille et notre environnement proche, de lourdes séquelles peuvent subsister toute la vie. Comment se fait-il que deux membres d'une même famille ne réagissent pas pareil aux événements similaires ? Tout ce sujet est largement complexe. Dans un monde de plus en plus spécialisé et de plus en plus fragmenté, il n'est pas étonnant de constater combien de gens souffrent en silence. L'une des meilleures solutions à cette problématique qui prend de plus en plus d'ampleur consiste à la création de liens durables en tentant de développer un réseau social adapté partageant les mêmes valeurs. Il n'est pas nécessaire d'avoir tous les mêmes intérêts dans un réseau. Le besoin du mieux-vivre ensemble et de donner un sens à sa vie devrait constituer la principale alliance d'un tel réseau. On a parfois tendance à croire qu'il nous faut un tas de choses, d'activités ou d'argent pour être heureux alors qu'il ne suffit que de si peu. Comme disait le Petit Prince, l'essentiel est invisible à nos yeux. Ce que j'ai appris aux dernières années est que l'ennui et la détresse peuvent favoriser la création. À que cela ne tienne, il y aura toujours des ressources auxquelles nous ne songeons pas spontanément. Et pourtant le bonheur n'a jamais été si près.


7 août |

L'acte de créer, ici par la parole, m'élève au-dessus de moi-même. La parole n'en demeure pas moins partielle, exigeant d'être complétée par une autre parole encore. Il n'y a pas de point final à un livre ou une œuvre. Je n'arrive jamais au bout du désir de m'exprimer. Une grande question métaphysique se pose ainsi : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C'est une fausse question, car le seul fait de la poser suppose d'emblée qu'il y a quelque chose. Parfois je revois des anciens clients par hasard. La plupart étaient plus vieux que moi dans l'exercice de mes fonctions, ce qui fait d'eux des septuagénaires. Je suis surpris de voir ces vieillards dans les lieux publiques, qui à l'époque ces mêmes personnes étaient de rudes gaillards. Ainsi va la vie, rapide. Lorsque j'étais jeune, le temps traînait en longueur. Je ne peux plus dire ça aujourd'hui. À la retraite, je dois souvent provoquer les choses, car sans travail les évènements et les gens ne cognent plus à la porte. Accepter ce qui est. Chaque départ nécessite un point d'arrivée tôt ou tard. La destination importe peu, c'est le chemin qui compte. Je développe assez peu mes idées, car je ne suis spécialiste en rien. Possiblement que je me sous-estime en affirmant cela. J'ai trop tendance à me comparer à plus malin que moi. Cela me permet de faire des efforts supplémentaires pour me sortir la tête de l'eau. Je me sens toujours obligé de me questionner sur moi-même. en réalité, je me suis toujours questionné sur à peu près tout et rien. L'immobilité a été de toujours une chose difficile à maintenir jusqu'à peu de temps à peine et suite à une blessure à un pied. Certains me disent que cet incident est arrivé pour que je m'arrête. Pourquoi toujours chercher des réponses et ne pas accepter tout mystère ? Le mystère ne s'ouvre pas automatiquement sur la foi. Combien d'entre nous n'acceptent pas d'obtenir des réponses ? Ne pas obtenir de réponses rend la vie plus excitante, étonnante, n'est-ce pas ? Ceux qui ont des réponses trop faciles sont parfois vaniteux, prétentieux, mu par une volonté de puissance qui finit toujours par se retourner contre eux, nous rappelle Pierre Bertrand. Mes limites ne sont que l'envers d'apprendre et de créer. L'être humain a intérêt à connaître ses limites. Je peux aisément affirmer ceci pour les avoir dépassés largement à de multiples reprises. Lorsque mon esprit est apaisé, comme ce soir, je remercie l'univers de m'avoir donné la chance d'avoir survécu à l'adversité et à l'inconscience. Mon corps a l'âge que je possède, mais mon esprit ressemble parfois à celui d'un adolescent. J'exagère, comme toujours. Dans une certaine phase de mon développement, combien de fois je me suis senti invincible, presque éternel ? C'est le lot de la jeunesse de se sentir au-dessus de tout. Lorsque j'ai appris que je ne l'étais pas, combien de fois j'en ai fait un drame. Et si par malheur les autres s'en apercevaient, je m'infligeais d'importantes blessures s'apparentant à l'égo. Une personne avec un gros égo est une personne fragile et vulnérable. Moi, comme bien des gens, je me soucie trop de mon image. Cela met un frein à notre développement. À trop construire sa vie sur son image, le risque est de s'enfermer sur soi-même, dans un monde construit par sa raison, aveuglé par ses convictions et ses vérités. Combien d'entre nous voient la ressemblance avec l'individu concerné ? J'habite le monde que je construis et que je conçois. Et lorsqu'un monde est déjà construit, il n'y a plus de place pour la nouveauté, la création. Qui de plus nous l'imposons aux autres êtres. Ce n'est pas du plagiat que je fais en retranscrivant certains textes que je cite. C'est que j'honore ces bonnes paroles qui ne sont pas encore prêtes à sortir de ma bouche. Et puis, je me fous de ce que vous en pensez, étant complètement libre de m'exprimer à ma guise du mieux que je peux. Et pourquoi devrais-je me justifier et à qui donc ? La raison est toujours celle du plus fort. Je ne tiens pas à faire mon procès sur la place publique. En faisant un retour en arrière, je crois avoir manqué de sensibilité et d'intelligence à maints égards. Mais pour compenser ces manques occasionnels (pour me sauver la face), j'ai fait appel à d'autres qualités qui m'ont largement compensé dans celui que je suis devenu désormais. Mais celui que je suis aujourd'hui, ne sera pas le même demain. Combien de fois j'ai retourné mes forces contre moi-même ? Combien de fois me suis-je négligé pour tenter de sauver une fausse image de moi-même ? Parodie. La vie n'est que du théâtre dont nous aimerions avoir la place principale pour compenser la faible estime de soi. Mais à force de jouer le mauvais rôle, les gens désertent rapidement la salle.


6 août |

Réussite matérielle, familiale, sociale, spirituelle, financière, ce sont là toutes des façons de réussir sa vie. Quand devrait-on affirmer que l'on a réussi sa vie ? À notre dernier souffle à mon avis, si l'on s'en souvient. Tout le long de sa vie, il y aura des réussites et des échecs, c'est pourquoi il est vain d'affirmer que sa vie est une réussite ou un échec. Réussir sa vie ou pas se manifeste à chaque instant. Je n'ai pas à juger ce qui est une réussite pour autrui. Réussir ma vie est de ne pas être fragmenté ou bien me sentir isolé. Il y a l'isolement réel et celui qu'on croit. Une grande partie de ma vie fut fragmentée, ce qui a eu pour conséquence un sentiment fragmenté d'échec. Malgré cela, il y a eu des succès et des réussites. Réussir sa vie est d'être intégré dans la société, dans le cosmos, dans son corps et ses valeurs. Réussir sa vie est avant tout donner un sens à sa vie. C'est là le principal gage de réussite. La vie n'est pas un concept, alors il faut aborder sa réussite autrement qu'avec les idées et le langage. Mais nous avons besoin de ces derniers pour ne pas vivre dans le néant. Réussir sa vie est surtout la ressentir dans son corps et sa tête. Réussir ma vie, c'est apprendre à identifier mes émotions et à les gérer. Réussir ma vie est d'être conscient. Réussir ma vie, c'est être aimant, aimable et être aimé. Dans un autre sens, les pensées et les idées isolent, en ce sens il faut apprendre à être seul. C'est dans les moments de grande solitude, que la création se manifeste. Encore faut-il pouvoir en sortir. Il y a une part de totalitarisme aujourd'hui par le fait qu'une masse d'individus est atomisée, donc fragmentée. Pour réussir sa vie, c'est surtout accepter ce qui est et que je puisse trouver la sérénité d’accepter ce que je ne peux changer, le courage d’agir sur ce qui est possible, et la sagesse de faire la différence entre les deux, selon les préceptes de Marc Aurèle. Réussir ma vie est de pouvoir partager, explorer et grandir. C'est ce que je tente de faire avec succès en participant à des activités communautaires et philosophiques où chacun a droit librement à la parole et à ses opinions. Lors de ces rencontres, j'y reviens toujours plus humain, plus libre et cela représente pour moi une part de réussite. Et pour l'heure, je m'apprête à réussir ma nuit.


5 août |

Les étés sont chauds et humides. Je ne tolère plus les grandes chaleurs. Je ne saurais pas ce que je ferais sans un climatiseur et un ventilateur. Demain j'irai à la piscine près d'ici. La piscine est peu profonde, l'eau y est fraîche et non chauffée. Je vois une massothérapeute pour les trois prochaines semaines. Les massages japonais amma sont mes préférés. Après ces séances, je poursuivrai à raison d'une fois par mois. Lorsque j'étais plus jeune, j'y allais régulièrement. J'ai pris soudainement conscience que mon corps et mon esprit en ont largement besoin. Concernant le corps, il ne s'agit pas de le conceptualiser ou de l'analyser, mais plutôt d'être avec, de naître avec. La pensée pour s'exercer, sépare. Le lien est plutôt d'ordre affectif. La pensée peut le nommer, mais en le nommant elle le brise. Le lien se brise par la pensée et le langage, raconte Pierre Bertrand. La réalité s'éprouve dans le silence. Si le lien est rompu, le danger croît alors dans un enchevêtrement de conflits insolubles. Il ne s'agit pas de se taire, mais de faire en sorte que le silence se fasse entendre au sein de la parole. La complaisance dans la souffrance est un danger qui nous guette sans cesse. Combien de fois avons-nous entendu des gens se plaindre de tout et de rien ? Plus nous souffrons, plus diminue notre puissance d'exister. C'est le risque d'un cercle vicieux. C'est là que survient le choix existentiel. Il nous faut refuser que la souffrance soit le sens de l'existence. Depuis ce matin, j'ai décidé de réciter quelques mantras afin de changer la perspective de mes pensées. Il ne suffit que quelques instants à répéter des mots d'indulgence, d'amour et de paix à son égard pour renverser le cours de nos pensées. Les résultats se feront sentir très rapidement avec un peu d'assiduité et de patience. La vie et la réalité sont entremêlées. Ce ne sont que nos pensées et les idées qui divisent. Les concepts et les idées sont bien outrageuses, mais combien nécessaires pour le vivre-ensemble. En voulant simplifier la vie lorsque nous ne sommes pas capables de saisir l'intégrité de l'œuvre, nous nous empêtrons. Et si nous énumérons la complexité de l'œuvre, il ne restera plus beaucoup de temps pour effectuer les tâches au quotidien. Je réussis sans trop de mal à imbriquer mes lectures avec mon ressenti, mon expérience. La simplification de la vie décrite par l'homme est associée au processus de structure de la pensée et du langage. La pensée et le langage sont limités pour décrire la réalité. Cette dernière se manifeste, dis-je bien en partie, en se libérant des carcans imposés de l'extérieur. Écoute ton corps. Méfie-toi de tes pensées. Et si le modèle fort tant recherché était soi-même ? Et si j'évitais de me sous-estimer, la réalité prendrait tout à coup une toute autre allure. Et si je devenais invincible, quelle serait la part de réalité dans mon existence ? La parole, le discours ou le texte ne peuvent qu'être en retard sur la réalité et la vie. Les idées et la pensée ne sont jamais neuves. Je vais tenter de faire descendre la température, la canicule se maintenant encore en soirée.


4 août |

Il est vrai que le blogue qui me sert de journal personnel représente pour moi une véritable thérapie en plus d'être un lieu de pure création. Classical Horizon Radio en streaming est mon canal de musique préféré dans Tuner Radio, une radio téléchargée sur Google Play. À lui seul, il représente tout ce que j'aime de la musique du matin au soir sans publicités. Je suis en train de mettre en œuvre mon agenda pour l'automne. J'ai décidé de faire repeindre les plafonds de mon appartement que j'habite depuis bientôt 32 ans. Mon immeuble est tranquille au cœur du quartier Montcalm, réputé pour être le plus beau de la ville. Les résidents de mon immeuble aux logements abordables ont plus de 65 ans. Je relate mon quotidien dans le blogue, mes joies, mes peines, mes soucis. C'est bien à ça que sert un journal intime. Vous devez rire lorsque je dis intime, en le rendant public aux yeux de tous. Cela me permet de sortir de la boîte, get out of the box. Et si des gens me lisent, tant mieux, et tant pis si je parle tout seul. Comme la plupart d'entre vous, bien évidemment, je n'aime pas vieillir. Voir mon corps ralentir chaque année est anxiogène. Par chance, la douce musique qui me parvient de mon téléphone porte un baume sur ma lourdeur. Au fil du temps et comme plusieurs d'entre-vous, je suis devenu addict au téléphone intelligent. Je vais initier de nouveaux projets cet automne, c'est important pour moi les projets, aussi minimes soient-ils. Ma sœur habite Sherbrooke, je lui parle au téléphone de temps en temps. Son corps commence à faiblir avec les maux de l'âge. La vie d'un homme est très courte. C'est difficile à prendre cette vérité. Il y a une voix à l'intérieur de moi qui veut toujours ressurgir. Je travaille de concert avec elle pour qu'elle s'exprime. Je suis du genre anxieux, je le suis depuis toujours. Je porte le gène de l'anxiété qui m'a été transmis en venant au monde. Plus jeune, je faisais avec, en vieillissant je reconnais son poids sur mon corps. J'aurais pu écrire des poèmes. Ce n'est plus à la mode les poèmes. Et puis j'aime moins ça la poésie. Je ne sais pas ce que serait ma vie si je n'étais pas connecté à internet. Je pose la question parfois aux usagers des transports en commun. Que feriez-vous sans internet ? Autre chose, me confient quelques petits malins qui osent me répondent. Ça prend de la force et du courage pour sortir du troupeau et prendre les chemins de traverse. C'est peut-être pour ça que je me sens souvent fatigué. C'est dur de toujours marcher contre le vent. Que veut dire réellement marginal ? Sur internet, il est dit qu'en société c'est une personne qui vit en dehors des normes habituelles par choix ou par exclusion. Il y a beaucoup d'artistes qui sont marginalisés. Une personne marginale est un individu qui vit à l'écart de la société organisée, soit par choix, par le refus des règles, soit par exclusion et son impossibilité de s'intégrer. En réalité, je connais très bien ce sujet pour avoir subi des traumas très tôt dans la vie et pour avoir eu des difficultés d'intégration sociale en bas âge en plus d'un fort sentiment d'exclusion. Mais je ne suis plus un enfant. Certains traumas subsistent très tard dans la vie lorsqu'on ne fait pas tout pour se sauver. Lorsque je dis se sauver, ce n'est certes pas déguerpir. Il y a selon moi, des événements qui sont imprégnés dans notre subconscient, malgré les années et les efforts pour s'en débarrasser. Les traumas subis ont entraîné chez moi leur lot d'anxiété et d'insécurité que je vis encore à l'âge où je suis parvenu. Je n'irai pas plus loin sur ce sujet. La vie elle-même est aussi une création. Lorsque la peur engendre la création, n'y a-t-il pas de quoi s'étonner en contemplant toutes les œuvres existantes ? Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas aussi différents que ceux d'hier à bien y penser, à part d'avoir des pépites de plastique dans l'organisme et des écouteurs branchés dans les oreilles. Gauguin disait que les maîtres sont devenus des maîtres parce qu'ils n'ont imité personne. Ulysse même a provoqué les dieux pour avoir pris des chemins de traverse. Mais Ulysse, à la différence de moi-même, n'avait peur de rien… ou presque. Mais ce récit fait partie de la légende mythologique. Ce qui est beau dans le récit d'Ulysse, c'est toute l'oralité qui a donné naissance à celui qui nous est parvenu aujourd'hui. Les contemporains ont plutôt la mémoire courte et ça ne va pas en s'améliorant. Le défi de la création est de transformer le mauvais en bon. Le bon et le mauvais sont entremêlés, de même que notre esprit pour le moins intranquille. C'est ce que l'on appelle l'humanité. Pour éviter que la tristesse provoque une diminution du pouvoir de vivre, il faut une mutation, un saut sur place, un voyage immobile, quelque chose qui est de l'ordre d'une décision existentielle, ontologique, quelque chose qui fera de nous un vainqueur et non un vaincu. Il y aura toujours des pas en avant et des pas en arrière. L'important c'est de toujours avancer, même dans le voyage immobile. J'ai déjà amorcé ce voyage que je n'aurais jamais cru entreprendre. Dans chaque voyage, il faut avoir avec soi un tas de choses. Dans le voyage immobile, c'est tout le contraire, qui est de se dénudé le plus possible. Comment donner une orientation à sa vie lorsque nous ne savons pas ce que demain sera fait ? La volonté est pourtant si faible que je ne peux pas entièrement me fier à elle. Pierre Bertrand dit que la décision de toute vie dépend du corps-esprit, de sa sensibilité et de son intelligence conjuguées. Je ne dois pas voir les moments repliés sur moi-même comme une faiblesse, comme une tristesse. Suis-je vivant pour me donner aux autres ou à moi-même ? Mes affects sont-ils en train de me nuire ou bien de créer ? Bien entendu, la souffrance fait partie de la vie. La possibilité de créer permet, somme toute, de faire face à la souffrance et de la transformer. Rien n'est garanti, car le mouvement est sans fin et ne prend fin qu'à la mort.


3 août |

Les idées sont au philosophe ce que les couleurs sont au peintre, les sons au musicien. Le chemin de vie n'est pas un long fleuve tranquille. Il est sinueux, escarpé, cahoteux. Les paysages ne sont pas toujours beaux ou sublimes, ils peuvent être parfois terribles. Tout est une question d'attitude en abordant les émotions qui me traversent. La résilience se manifeste en transformant la souffrance en bonheur. Plus je descends, et plus je remonte. La souffrance me met à l'épreuve. C'est en acceptant ce qui est que la force intérieure se déploie. Cela ne veut pas dire être passif. Il est rare que nous soyons réellement passif, à part quelques exceptions. Combien de fois j'ai failli mourir de tristesse, alors que dans cet état je suis en train d'aller chercher de nouveaux alliés. Nous ne voyons qu'une partie de la réalité qui est celle en partie de la recherche du plaisir. Si je cherche à fuir la souffrance, elle me suivra au talon. De toute manière, la souffrance est inévitable. C'est la souffrance qui me pousse à me transformer. Pierre Bertrand dit que, peu importe l'âpreté du combat, la vie exige que la joie triomphe. Il ne s'agit pas de vivre dans un vase clos, de me couper du monde, mais de ne pas m'exposer témérairement ou négligemment à ce qui a systématiquement pour effet ma puissance d'exister. À cela, je dirais qu'il serait inutile et vain de trop vouloir m'exposer de façon exponentielle, comme je l'ai fait et le fais encore trop. Le problème, c'est quand je cesse d'avancer et d'apprendre dans mon chemin. Toujours il y aura des bifurcations et des doutes aux carrefours. En enfourchant le mouvement de création, comme je l'ai toujours fait d'ailleurs et ce, malgré les eaux qui souvent m'apparaissaient stagnantes. J'ai perdu d'ailleurs plusieurs identités pour les perdre au profit du mouvement. Encore faut-il savoir s'arrêter. Le chemin est le cheminement, parce qu'il n'y a pas de destination ou de but. J'ai besoin, en tout temps, de ces idées, de ces mots mis côte à côte ensemble, comme j'ai besoin de l'eau pour m'abreuver à la vie. C'est de cette façon, en toute intimité avec moi-même, que je trouve certaines réponses qui bien souvent m'échappent. J'ai besoin d'idées pour avancer, comme le menuisier a besoin de ses outils pour travailler. Encore je dois savoir reconnaitre le moment pour me reposer des ruminations stériles virevoltantes à pleine vitesse. Je dois savoir transformer la peur en saines réflexions. J'ai le mauvais réflexe, j'en conviens, de cliver mes pensées entre le bien et le mal. Cette mauvaise habitude me prive de la réalité. La création a pour but de dissoudre mes fausses identités et tout ce qui est figé, tout ce qui est défini dans ma difficulté de me transformer. Je me suis tant identifié à l'extérieur que j'ai oublié le monde intérieur qui n'habite et qui ne demande à être exploré. Le monde est tout sauf figé. La peur a fait de moi un animal figé dans son corps et dans sa tête. Aujourd'hui, j'ai visionné une magnifique aventure écrite il y a plusieurs millénaires par Homère, le poète. Ce premier grand et magnifique récit m'est parvenu dans un éblouissement formidable. Bien entendu la mise en scène y est pour quelque chose. Je me connais le plus en m'arrêtant et en m'extériorisant. Je plonge en moi-même dans la création et l'affirmation de mon être véritable. La seule chose que je sais réellement sur moi est que je suis vivant. Cela devrait suffire à prendre la place qui me revient. Je ne suis pas différent de la nature, du cosmos, de l'univers. Diffère seulement l'échelle du temps, l'être humain devant accélérer le mouvement de création compte tenu du peu de temps qui lui est alloué. Ces propos tirés du livre, nous sommes vie, nous sommes mouvement. de Pierre Bertrand m'apporte un énorme réconfort de pouvoir m'approcher d'aussi près de la réalité. Je ne suis pas encore prêt pour écrire de telles révélations sans aucuns compagnons de route, tels que me parviennent ceux qui possèdent toutes ces belles et grandes idées à ma portée. 

Dilettante

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité.



29 juillet |

J'aime bien lire les classiques. Je suis tombé par hasard aujourd'hui sur les lettres à Lucilius de Sénèque dans une boîte à livres. Il dit en première page, comme pour donner le ton : une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie toute entière à faire autre chose. Une telle agitation est le fait d'une âme malade lorsque le philosophe entend dire que les gens ne possèdent pas du temps pour eux-mêmes. S'attarder avec soi est bien, trop s'y attarder est risqué sur certains aspects. La première preuve d'une intelligence ordonnée est de pouvoir s'arrêter et s'occuper de soi-même, affirme le philosophe. On est nulle part, quand on est partout. Depuis six ans, j'ai expérimenté cette affirmation à plusieurs reprises. Il en est de même en lisant les mauvais livres ; je suis nulle part. Les voyages, c'est bien, mais aucune amitié ne s'est manifestée à l'heure actuelle, à part d'un type rencontré sur la route et avec qui on est censé passer quelques jours ensemble en forêt prochainement. Un voyage sans rencontres significatives n'est qu'un aller-retour dans le vent. Nous ne retenons que très peu de choses d'un voyage, si aucune rencontres significatives n'ont lieu. Je reviens souvent fatigué de mes voyages, car mon repos est troublé à force de changer de lieux. Et lorsque je m'arrête seul à manger ma croûte, je m'ennuie à mourir. Et puis je coure pour oublier que je m'ennuie. Et puis je coure et plus je me fatigue jusqu'à l'épuisement. Ceci fait partie de ma dynamique auquelle je suis sur le point de rompre. Sur la route seul, les premiers balbutiements sont tellement excitants et prometteurs. Ensuite, le manque de contacts significatifs et de repos vient changer la donne. Au retour de tels voyages, si rien de subsistant, ni d'activités communautaires ou de projets ne m'attend, ma vie manque profondément de sens au point de déprimer sérieusement. Toujours est-il que j'apprends de mes erreurs et de mes expériences. C'est après coup seulement que je prends conscience de tout ce que j'ai traversé, pour me rendre compte que finalement j'ai appris. Les apprentissages à la dure sont bien souvent les plus révélateurs et les plus formateurs pourvu d'en ressortir vivant. Lire les classiques pour moi de temps à autre est un pur bonheur. Je suis si étonné de constater à quel point ces auteurs si profondément humains qui ont écrit il y a deux mille ans puissent encore être actuels aujourd'hui. C'est ce qui rend leurs lectures encore plus magnifiques. Et si je tombe par hasard sur une lecture qui est porteuse de sens à ce moment-là, le plaisir est quintuplé. Je suis en train de réaliser que ce ne sont pas toujours les grands projets et les grands voyages qui sont porteurs de sens. Les meilleurs souvenirs ou apprentissages se résument par les gens que nous aurons croisés sur notre chemin et qui feront de nos expériences les moments les plus significatifs. Je sais de quoi je parle bien évidemment à propos de ce sujet. Tout comme les bons repas, ce seront les ingrédients qui détermineront la saveur et le goût de chacune de nos expériences. Un plat est toujours plus délicieux lorsqu'il est partagé. Tout ce que je raconte ce soir n'a pas tellement d'importance. Pour moi, l'important c'est de raconter mon histoire, c'est d'écrire mon quotidien en me rappelant où j'en suis rendu ici et maintenant. Je ne prétends aucunement détenir aucune forme de vérité. Écrire pour moi, comme je le fais, est une façon pure et simple de m'ancrer dans l'instant présent avec le plus de justesse possible avec moi-même et ce que je vis au moment présent. La meilleure thérapie pour moi débute sur des mots. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi les silences entre chaque mot prononcé et chaque soupir. Et demain, je prends le large pour quelques jours au Bas-Saint-Laurent. Le séjour sera assurément plus réjouissant qu'avec moi-même, car je serai accompagné d'une charmante personne de feu et de douceur avec qui je m'entends à merveille.


28 juillet |

Notre quête de l'être parfait passe peut-être aujourd'hui davantage par la voie matérielle que spirituelle. Le rêve de la machine a pris la place du saint et du sage. Je dois d'emblée accepter d'errer au lieu d'être guidé par le premier gourou qui passe. La vitalité de la vie ne se laisse pas mettre en formules ou en prescriptions, dit Pierre Bertrand. Le seul chemin possible est le cheminement, c'est le seul chemin. Il n'est pas imitation mais invention. Le chemin n'est pas différent de nous. Parfois on aimerait avancer sur le chemin du maître. Ce chemin est un cul-de-sac car on ne peut qu'avancer que sur son propre chemin. Nous sommes le chemin. C'est à libérer la vie que sert la création, mais pour que cette libération se produise, il nous faut partir de ce qui nous asservit, des nœuds et des culs-de-sac. Si ma vie est pauvre, c'est que je suis incapable de faire venir vers moi les choses resplendissantes. Ce n'est pas qu'elles n'existent pas, mais que je ne les vois pas ou ne les ressens pas. Ce blocage résulte d'un surplus d'émotions mal identifiées et mal gérées. Il arrive à un moment donné qu'il faut mettre un terme à cet enchevêtrement de pensées inadéquates qui nous obnubilent et qui nous empêchent de suivre notre véritable chemin. C'est parce que je suis vivant que je suis mouvement. Tout est constamment à refaire. Les gestes se répètent sans cesse dans une spirale sans fin. Mettre la table, marcher, dormir, se lever, travailler. En fait, nous savons que nous ne savons pas qui nous sommes, si ce n'est que partiellement et superficiellement. Ce premier savoir nous aide à agir. Comme à chaque soir, j'écris et je lis. Je n'ai pas beaucoup de patience pour faire autre chose, car je n'aime que peu de choses. Et si je m'aimais davantage, j'aimerais beaucoup plus de choses et possiblement de gens. Pour comprendre tout phénomène, il est essentiel de remonter aux causes de chaque chose. Et plus l'on vieillit et plus le parcours est ardu pour remonter aux causes. Et puis, on tente l'abandon, on s'abandonne avant même d'être abandonner. Mais c'est plus douloureux. La création consiste à ouvrir la vision, à briser et à dépasser les habitudes. Parfois, mes pensées sont si denses et rapides qu'elles ne prennent même pas le temps nécessaire d'analyser tout ce qu'elles contiennent. Faire ses choix, c'est aussi choisir ses pensées. Être libre passe avant tout par un tri de ses pensées. Ce n'est pas tant de les rejeter que de les observer afin d'éviter de s'identifier à elles. J'ai besoin d'une nouvelle vision pour demeurer pleinement vivant. Pour citer un exemple, je suis allé au centre d'entraînement dans une autre franchise que celle où j'ai l'habitude d'aller. Cette expérience, à première vue insignifiante, m'a fait voir une autre réalité. Il s'agit de changer de sièges, de rôles ou de perspectives pour découvrir en soi un être qui ne demande qu'à sortir de ses habitudes. Une position statique n'est pas toujours confortable, n'est-ce pas ? À première vue, cela reflète une certaine sécurité. Bien souvent, tout cela est trompeur. Le corps exige du mouvement, car la vie n'est que mouvement. Une des choses qui me trouble en ce moment est de vieillir. La seule chose qui me soit possible de faire dans cette inquiétude universelle est de me ramener au moment présent. Stop est le mot clé afin de revenir à la réalité du moment présent. Un sujet qui m'interpelle et devant lequel je n'y peux rien est la technologie omniprésente que je ne cesse de juger, pauvre crétin que je suis devenu, à l'utiliser à grande échelle. L'une des choses auxquelles j'ai de la difficulté à m'habituer est de voir tous ces gens autour de moi qui évitent de se parler pour différentes raisons. Les habiletés sociales se perdent à une vitesse vertigineuse en même temps que la biodiversité. Ces habiletés qui ont pris des millénaires à se développer se volatilisent comme peau de chagrin. Et chacun de nous regarde le navire couler, impuissant, nostalgique et amer. Et plus nos habilités se volatilisent, et plus nous devenons des proies faciles aux esprits malveillants. Que le meilleur gagne. D'un côté du ring l'homme tout nu avec ce qu'il nomme ses expériences, ses valeurs et sa conscience, et de l'autre la technologie et ses dérivés. Qui entre les deux sont au service de l'autre ?


27 juillet |

Je ne sais par où commencer ces temps-ci lorsque je me mets à écrire. Aujourd'hui, j'ai passé à l'action en ce qui a trait à mon prochain horaire pour les mois à venir. L'enjeu de fond ne consiste pas tant à connaître qu'à vivre avec, être avec. Pour ce faire, me raconte Pierre Bertrand, nous n'avons pas plus besoin de connaître de manière exhaustive les choses et les évènements que nous-mêmes. C'est davantage l'attitude devant les évènements qui importe que les évènements eux-mêmes. Pour être et pour vivre, il faut une marge de liberté, de flou, de vide, l'inconnu. Si tout est prédéterminé et prédéfini, il n'y a plus de réel mouvement, plus de véritables événements. Vivre avec trop d'imprévisibilités me perturbe et en même temps me stimule, dépendamment de mon attitude et de la nature des imprévus. C'est précisément parce que je ne me connais pas complètement moi-même que je peux aller de l'avant, évoluer. Toute forme de transformation est à la fois saine et douloureuse. S'il n'y a plus de matière à surprise ou à étonnement, je deviens un mort-vivant. Lorsque je passe un mois à m'étonner sur la route au printemps comme je le fais, le retour est impitoyable. D'un autre côté, vivre constamment dans l'étonnement et la surprise est difficile par le fait qu'on s'habitue aux sujets et aux choses qui nous étonnent. Certains naissent avec davantage de prédispositions que d'autres. L'enfance vécue sera déterminante chez l'adulte que nous deviendrons. À cela s'ajoutent la génétique, la chance, le hasard et d'autres balbutiements comme la vitesse que mon cœur se bat pour vivre ou survivre. Je crois que la création et l'art sont des éléments essentiels pour compenser les pertes subies dans l'enfance et redonner l'estime de soi. Je parle beaucoup de généralités que la plupart des gens savent et n'ont pas toujours le temps de penser. Ou bien, ils ne veulent tout simplement pas y penser, leurs têtes étant déjà trop pleine pour en rajouter. Et puis, il y a les divertissements dans lesquels on oublie ces choses-là. Elle est où la vérité ? Lorsque nous évoquons la réalité, nous ne savons pas exactement de quoi nous parlons. C'est dans ce sens qu'il est mieux de rester prudent devant certaines affirmations qui ne font que nous embourber davantage. Une approche pragmatique est recommandée à mon avis plutôt que des théories et des concepts abstraits. J'éprouve ces temps-ci une certaine pesanteur, mon esprit s'étant tourné inconsciemment vers ce qui est fixé et figé. Cela n'a rien à voir avec les paysages qui défilent et qui paradoxalement peuvent être tout aussi figés que d'avoir la face dans le mur. Cependant ce qui est fixé et figé ne l'est que temporairement. Cela se transforme, même lentement, et si cela ne bouge pas, c'est pour mieux bondir éventuellement. Ma sensibilité et mon intelligence doivent devenir plus vivantes pour s'ouvrir à la transformation. Il s'agit d'une manière d'être et de vivre. La création est aussi celle d'une manière d'être ou de vivre, me raconte Pierre Bertrand. Il y a quelque chose en moi qui s'est figé dans le projet vanlife, amorcé à ma façon déjà depuis six ans. Je sais pertinemment que l'usage que j'en fais détermine mon état psychique, physique et mental. C'est un peu comme si je mangeais sans cesse le même aliment. J'ai passé dans le vent sans jamais avoir de réel contact qui donne un sens à ma vie. Je sais pertinemment qu'une étape importante vient d'être franchie en lien avec le campeur acquis il y a six ans. Le rêve est encore là, mais il se transforme, comme toutes choses. Je paie en ce moment pour avoir tenté de me fixer dans une pensée. J'ai entendu quelque chose de briser au retour du dernier voyage qui vient de me confirmer mon état mental en lien avec tout ça. Ce bruit fut celui de mon rêve qui venait de de dissiper en milles éclats. Le campeur était censé me libérer. Il a fait le contraire dans mon enthousiasme, ma quête de liberté et des grands espaces. Et si je m'étais trompé ? Et puis, c'est comme ça qu'on apprend. Il n'est pas nécessaire de risquer sa vie pour apprendre sur soi et sur le monde. Je reconnais vivre dans mes tranchées depuis quelque temps. J'attends que l'orage passe tout en scrutant le ciel au moindre indice sur le bonheur. Lentement de gros nuages se dissipent pour laisser place à un peu de répit. La pensée a peur du vide et du silence comme de sa non-existence, de son non-être. Il se passe des choses étranges dans ma pensée lorsque je m'oublie, particulièrement lorsque je voyage. Ce que je tente d'oublier revient toujours en force plus tard. Et c'est le choc, de retrouver celui que j'ai tenté de fuir ou d'oublier. La pensée court-circuite le vide et cherche le plein. Tous savent qu'une tête trop pleine est épuisant, si elle n'a pas suffisamment d'espace et de repos pour se ressourcer. C'est pour ça que tous se taillent des divertissements tout azimut. Lorsque je voyage, je cours sans cesse au moindre divertissement, si je peux l'appeler ainsi. La pensée doit être toujours occupée, sinon elle s'ennuie. Que le silence soit recouvert, fût-ce le plus souvent par le bavardage. Il y a le bavardage entre les gens et celui de notre pensée pour remplir le vide et le silence. Lorsque je souffre par trop de silence, n'a-t-il pas lieu de douter sur ma pensée et de la douleur qui l'accompagne ? Le difficile équilibre est à prévoir en tout temps. La souffrance subie au retour du dernier voyage provient de ce manque d'équilibre. Ce ne sont pas le campeur, les voyages, les chemins qui sont sources de ces souffrances, mais de l'utilisation que je fais de tous ces divertissements. Il y a lieu de s'inquiéter lorsqu'un divertissement ne nous divertit plus. Beaucoup de ce qui nous constitue nécessite le silence, le non-agir, la contemplation, le calme. L'écrivain tente de faire monter à une certaine parole ce fond de vide et de silence, de manière telle que quelque chose d'eux subsiste et qu'ils ne soient pas complètement notés dans la pensée et le discours. Avez-vous remarqué le malaise bidirectionnel dans une tête trop remplie ? Plus capable de faire silence et plus capable d'entendre quoi que ce soit. Ne reste que le canapé pour s'assoupir d'un trop-plein de pensées au rythme soutenu du ventilateur.


25 juillet |

Tout modèle ou idéal que se propose l'être humain est infiniment plus simple, moins étrange, moins étonnant, moins énigmatique, par conséquent moins intéressant que l'être humain lui-même. Toutes les images ont quelque chose de caricatural. Ainsi en va-t-il de l'image du saint, du sage, de l'individu excellent ou performant d'aujourd'hui. L'être humain aimerait bien se simplifier pour correspondre aux images qu'il valorise. Il ne cesse de tendre vers elles comme un absolu, et de se mentir à lui-même à cause d'elles. Nous restons le plus souvent qu'à la surface de nous-mêmes. Ce texte provient de : nous sommes vie, nous sommes mouvement de Pierre Bertrand. Le monde n'est qu'une vaste représentation qu'on veuille bien lui donné par force et par habitude. Nous n'avons pas trouvé de mieux pour alléger notre souffrance que d'inventer le monde dans lequel nous frayons. La souffrance psychologique est elle-même une représentation mentale, si je m'arrête un moment pour y penser. Le problème, c'est que nous ne connaissons qu'une partie de soi-même. Tel l'iceberg, notre vraie nature reste en partie submergée par notre ignorance et nos peurs. Transformer le monde à notre image est chose vaine. Autant s'y adapter ou mourir. J'ai toujours vu dans le mot adapter, le mot soumis. Nous sommes tellement habitué de voir le monde transformé que nous peinons à passer quelques temps seul au monde en pleine nature. Bien souvent nous le dénonçons, mais en réalité il est à notre image. Le monde n'est que la représentation de chacun de nous. La promesse du monde est de nous apporter la sécurité et le plaisir. Or, le problème de l'homme c'est de se croire au-dessus de tout, de toutes vies. Chaque représentants d'un pays, par exemple, se croit supérieur aux autres représentants. Au lieu de nous croire maîtres et possesseurs de la nature, acceptons d'abord d'en faire partie, voire d'en être un élément minuscule, comme le disait Spinoza. Il est rare que je lise et écrive dans mon jardin, comme je l'appelle. Au téléjournal aujourd'hui, il est dit que les canadiens sont les plus actifs physiquement. C'est une donnée de valeur qui est nouvelle, si on remonte à quelques décennies. L'image est devenu presque aussi importante que le contenu. Il y a lieu de s'y méprendre. Il y a un fossé distinct, celui de l'impénétrable, de l'inexpliquable et le connu, le rationnel. Cette dimension réelle jouxte inextriquement à notre façon constante de toujours trouver des réponses à tout. Ils nous faut vite des solutions, car les malaises n'hésitent pas à se manifester et de fondre avec nos personnalités contradictoires et erratiques. Nous avons tant besoin de certitudes pour vivre. Et pourtant rien de cela n'est accessible. Tous nous voulons contrôler notre vie, nos humeurs, nos revenus, notre environnement, l'économie, etc... Le désarroi nous guette à la moindre faille, à la moindre imprévue. Qui nous a fait croire que la vie et tout ce qui la concerne est statique, sans aucunes souffrances, sans aucunes dissonances ? Ce soir, j'ai l'impression de rejaillir hors de l'eau pour une nième fois. À chaque rechute, je ne crois jamais que je vais me relever, et pourtant me revoici sain et sauf, meurtri, affaibli mais encore vivant. Pour pouvoir voler très haut, il m'a fallu descendre très bas. Les catégories de la communication parfois ne suffisent pas. Le langage aussi à ses lacunes. Mais je préfère ce dernier au silence éternel. Quelque chose plutôt que rien, disait Leibniz. Ce quelque chose, dont il fait allusion, est l'autre nom de la vérité. Comment se fait-il qu'après un certains temps à bourlinguer sur les routes, l'étrangeté du monde m'envahit telle une gigantesque angoisse qui prend place à toutes formes de singularité et d'enthousiasme ? Comment un voyage transforme toutes certitudes en désillusions et en frayeur ? Comment se fait-il que ce qui me semblait beau un instant devient un élément de crainte en l'espace de quelques jours ? J'ai fait la connaissance de Ken qui habite le même immeuble que moi. L'autre jour, il m'a dit être un introverti et un être asocial. Ce que je vois de lui, c'est un être blessé dans l'enfance, qui comme bien d'autres, tentent de poursuivre leurs peines et leurs joies du mieux qu'ils peuvent. Pour se consoler, avez-vous remarquez qu'on se devait de contrôler quelque chose, quelqu'un ou un système quelconque. Il y a beaucoup de peine et de désespoir chez la plupart des résidents de mon immeuble. Ken m'a confié avoir eu des problèmes d'insertion sociale dans sa province natale de la Saskatchewan. J'ai vécu les mêmes histoires dans un autre lieu, ce qui fait de nous des complices. Traducteur de métier à la retraite, il traduisait pour les communautés autochtones du Canada. Ces temps-ci, il se passionne pour les langues mortes et étrangères. Nous avons réussi, je crois, à bâtir un petit pont, aussi fragile et fort que nos êtres. Ce n'est que lorsque nous sommes pleinement conscient qu'ils nous arrivent des choses étranges qui pointent vers le sens que doive aller les choses, sans toutefois n'y avoir aucune forme de garanti pour quoi que ce soit. J'ai appris durant les dernières semaines à être vigilant à identifier ma réelle nature, aussi fluide et rigide qu'elle puisse paraître. N'est-ce pas là où fraye le gentil poisson que je suis à la recherche de sa vérité. Il y a tellement de chemins à prendre et si peu.


19 juillet | Faubourg-du-Moulin, St Gervais-de-Bellechasse, Chaudière Appalaches

Nous sommes au cœur de l'été. Je me promène lentement dans Chaudière-Appalaches. Je me suis installé en après-midi au même endroit que la semaine dernière en revenant de vélo avec mon amie Marie. Pour une rare fois, j'ai déroulé le grand tapis de nylon. De forts vents ont marqué la journée. Dans le petit boisé des rivières Leblond et du Moulin que j'ai adopté depuis plusieurs années comme havre de paix, le vent n'a pas d'emprise à cause de la haute et dense canopée. Une grande quiétude émane des lieux pour la douceur des forêts d'érables et de fougères. La petite cabane de la toilette sèche à côté de l'érablière me fait penser à un ancien camping rustique. Le vent est fort au-dessus des grands arbres. Je suis complètement à l'abri des bourrasques. Il dégage une forte humidité du sous-bois. Ici le temps s'est arrêté sur la beauté, le calme et la volupté. Rares sont les endroits près de Québec où je peux m'installer aussi confortablement en bondooking. Que dire de plus à part que de profiter de la vie ?


18 juillet | Ste Louise, Côte-du-Sud, Chaudière Appalaches

J'ai fait une longue randonnée à vélo hier sur la Côte-du-Sud dans Chaudière-Appalaches. Il y a trop d'automobiles le long de la 132, surtout aux grandes vacances. J'ai trouvé vraiment un bel endroit pour passer la nuit à Sainte-Louise. À la lisière des Appalaches, Ste Louise est nichée sur les hauteurs de St Roch-des-Aulnaies. Mon site est de loin plus beau que la majorité des campings environnants. Je suis entre deux rangées d'arbres dans un immense champ à côté du terrain des sports. Un grand stationnement désert borde le gazon où j'ai déroulé mon tapis de nylon. Il y a une espèce de bulle ici dont je me sens protégé par l'harmonie ambiante.  Entre l'ombre et le soleil, le vent est fort et chaud. Je réfléchis beaucoup à la suite que je vais donner à mes projets vanlife, débutés il y a exactement six ans. Je commençais alors l'aventure de mon premier road trip en Ontario. Depuis, le compteur affiche 108,000 kilomètres au compteur du campeur, accumulés à trimballer mon vélo et ma vieille carcasse. Je me disais, il y a six ans, que je débuterais avec des voyages plus loin et plus intenses et qu'au fur et à mesure, je rapetisserais le terrain de jeux avec le temps. J'ai bien fait de prendre cette décision. Alors que plusieurs commencent avec des voyages plus courts, j'ai fait l'inverse, comme le reste. Je réfléchis à donner pour la suite. Au printemps prochain, en partant au New Jersey à vélo, j'aurai 69 ans. Je sais alors qu'une étape importante sera franchie. J'aurais atteint tous mes grands objectifs en vanlife et cyclotourisme que j'ai toujours rêvé de faire. En ce moment, je suis en train de me créer un registre des spots en bondooking dans la région Chaudière-Appalaches. J'ai remplacé depuis deux ans la randonnée pédestre par la littérature, mais je poursuis parallèlement ma passion pour le cyclotourisme. Pour les prochaines années, je vais prendre un rythme différent avec l'usage du campeur. Je ferai le choix de me réapproprier des territoires plus accessibles que j'avais mis de côté pour des destinations plus éloignées. Ste Louise a été le point marquant de ce virage. Mes choix demeurent néanmoins flexibles, tout comme j'ai choisi de l'être... de temps en temps. On n'a pas le choix d'être flexible dans la vie. Si un roseau ne peut plier, il casse. La littérature et l'aménagement d'un espace extérieur du campeur m'offriront le goût de m'installer plus longtemps au même endroit. Mon registre des spots de bondooking m'offrira de nouvelles perspectives pour quitter la ville au moment voulu et me retrouver rapidement en nature dans des lieux inspirants. Toute vie réussie, s'il existe une telle chose, échappe à la logique du solde positif ou négatif, indique Pascal Bruckner. Elle n'est qu'une suite de défis et de défaites surmontées, de joies indicibles qui en forment le revers. Comme Zweig, il y a en moi toujours un vaincu qui veut prendre sa revanche. Le retour est toujours une escale de plus. J'ai l'impression que ce sont les jeunes actuellement qui sont en train d'éduquer les vieux. Étranges pensées qui me guettent. Il pleut, je tire les rideaux pour lire au pied de mes Appalaches chéries.


16 juillet | Ste Louise, Côte-du-Sud, Chaudière Appalaches

Le festival de Québec se déroule sous mes pieds. Je préfère la musique classique dans le streaming de mon appartement. J'évite les foules immenses, les grandes villes. Mes affaires sont prêtes pour le prochain road trip du weekend en vanbike sur la Côte-du-Sud en Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent. J'ai dormi sur le canapé en après-midi, les fenêtres ouvertes, le ventilateur soufflant le vent à l'intérieur du salon. Fraîcheur, repos, musique. Et à part ça, que dire de mieux ? Cet automne je fais peindre les plafonds de mon logis. Je peu plus de blancheur au-dessus de ma tête lorsque les journées raccourciront. Je vais en même temps laver les murs aux cinq couleurs distribuées sur 600 pieds carrés de mon cocon. Mon cerveau est paresseux ce soir. Il travaille trop pour compenser toutes les marches que je ne prends plus. Vous savez, les petites marches pour prendre l'air, pour relaxer, pour digérer, pour se mettre en forme. Et bien quelque chose devrait se passer sous peu, j'espère. Des rendez-vous se pointent dans les prochaines semaines pour tenter de soulager cette abominable inflammation sous le pied qui perdure depuis deux ans. Je suis rendu à l'âge des tamaloux. Vous savez tous ceux et celles qui ressentent le poids de leurs corps par les années. Je tiens encore debout, je vous rassure. Un fil de lumières électriques multicolores dans un arbuste artificiel confirme l'apaisement dans la pièce. Dans quelques semaines, peut-être bien que je me remettrai à marcher vigoureusement sur les chemins de traverse avec force et légèreté. Musiciens de talent bienveillants, vous jouez admirablement. Aujourd'hui, en plus de dormir, j'ai débuté du classement de fichiers et d'images sur le disque dur. C'est fou comme c'est rassurant de classer, de mettre de l'ordre dans la cabane, dans son char, dans sa tête. Ça apaise de mettre à jour ses affaires et sa maison, aussi petite soit-elle. La musique est tellement belle. La sélection musicale que fait cette station est absolument remarquable. Ce qui se perd d'un côté, se gagne de l'autre. C'est une loi universelle. Qui a dit que la vie est facile ? Elle est belle sous ses plus belles couleurs. Le mot fragile est bien étrange, il n'est pas objectif sous le regard. Ou bien, il l'est trop. Est-ce le regard qui est fragile ou bien le sujet observé ?


15 juillet |

Je prends le temps d'écrire un texte ci-dessous provenant d'une comnaissance et qui me touche beaucoup. La réussite me rappelle mes forces. Les défis m'invitent à développer de nouvelles ressources. Les erreurs me montrent qu'il est toujours possible d'ajuster ma trajectoire. Les pertes m'aident parfois à reconnaître ce qui comptait profondément pour moi et m'apprennent, avec le temps, à laisser partir ce qui ne peut plus être retenu. Les relations m'enseignent à reconnaître les personnes qui me font du bien, celles qui m'accueillent avec respect, mais aussi l'importance de poser mes limites lorsque c'est nécessaire. Dans mes rencontres, j'ai souvent répété qu'il n'est pas nécessaire d'être parfait pour avancer. Prendre soin de moi ne signifie pas ne jamais tomber. Cela signifie apprendre à me relever avec douceur, sans me juger, en me rappelant que chaque pas, même petit, est un pas qui compte. Les petits gestes répétés avec constance ont souvent plus de pouvoir que les grands changements. Mes pensées ne sont pas toujours des vérités. Je tente du mieux que je peux en pleine conscience de les accueillir avec curiosité plutôt qu'avec jugement. Il est possible de choisir une réponse différente, plus douce, plus réaliste et plus respectueuse envers moi-même. La vie ne me demande pas d'être fort en tout temps. Elle m'invite surtout à continuer d'apprendre. Chaque expérience porte un message. Chaque émotion peut devenir une source d'information. Chaque rencontre peut me transformer. Chaque difficulté peut révéler une force que je ne savais pas encore posséder.


14 juillet |

L'isolement de la vie en banlieue et son manque de vie communautaire dans l’environnement bâti intensifient sans doute un sentiment d’isolement et d’aliénation, eux-mêmes aux racines de ces passions tristes, selon le philosophe Baruch Spinoza, devenues le carburant explosif des politiques de Donald Trump. Le monde rural échappe à cette réalité par des racines profondément ancrées dans la solidarité, mais pour combien de temps encore ? Grande question de l'activiste inquiet : suis-je en train de rater quelque chose ? Ne devrais-je pas descendre sur-le-champ dans la rue, partir dans les bois, faire du vélo, agripper la chance qui passe ? Je reconnais à peine le jeune homme énergétique que je fus avec la juxtaposition avec l'adulte d'âge mûr qui a quelque chose de grotesque. Par quelle bizarre torsion, à partir de tous les visages possibles, ai-je hérité de celui qui est mien aujourd'hui ? Le beau jeune homme que je fus s'épaissit sans pouvoir y faire grand chose à part d'éviter les miroirs et les sucreries. Deviens ce que tu es, disait Pindare. Certes, mais difficile dans ce corps recroquevillé et vieillissant. Je ne choisis pas mon âge, c'est mon âge qui me choisit. Me connaître, c'est prendre conscience de mes limites à l'intérieur du cosmos, moi qui ne suis qu'une poussière de microcosme. Combien de fois les ai-je dépassés ? J'ai profité de la vie pour ne rien manquer, et pourtant. En cessant de développer mes facultés, je cours le risque de me rabougrir, de me contracter. Le destin est cruel : on donne à ceux qui sont dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Cette parabole provient des évangiles. Pourtant, ce sont nos mérites qui devraient nous définir et non pas nos comptes en banque et nos placements, si il y a lieu. La notion d'authenticité est désormais ambiguë. Tout le monde devrait avoir des devoirs sauf moi. N'est-ce pas la signification de l'homme authentique d'aujourd'hui ? Pour être soi, encore faut-il que l'être puisse advenir. Pourquoi ai-je aussi pensé souvent que le monde me devait tout ? Je connais les causes de cette étrange pensée. Victime un jour, victime toujours. Le temps arrange les choses avec beaucoup d'efforts et de conscience. Pourtant, je ne suis pas celui que je suis, je ne suis pas ce que je sais, je ne suis pas mes expériences, disait Silesius. J'ai besoin de plus que mon être pour exister. Freud ajoutera : je ne suis pas celui que je crois être. N'est-il pas plus excitant de proclamer : deviens ce que tu n'es pas ? J'ai mis plus de 60 ans à me trouver, mais à chaque rencontre, je continue de me perdre dans la lenteur du corps. Les vérités se manifestent sporadiquement
L'ambiguïté est marquée de peurs viscérales qui génèrent des contradictions, des doutes. Si je suis plusieurs, quel personnage apparaît au premier acte, raconte Pascal Bruckner ? Seul avec moi-même, je me sens vite de trop. Alors, je marche dans la rue pour m'esquinter, prendre l'air, comme on dit, pour oublier ce moi qui me gangrène de l'intérieur et qui prend trop de place. Vilain intrus que cet égo. Combien de fois je me suis encombré de ma propre personne ? Me quitter quelques minutes, quelques heures, quelques jours pour mieux retrouver celui que j'ai délaissé. Mais je reste toujours avec moi-même, malgré les distractions, les voyages, les rencontres. Je reconnais le type absorbé en moi-même, agglutiné à mes petits tracas. C'est la définition du malheur que de ne jamais pouvoir s'échapper à soi. Je retombe tout le temps dans mes ornières, où que j'aille, quoi que je fasse. Comment suis-je arrivé à me sentir constamment une victime, un abandon, un rejet ? Mettre des mots sur ce ressenti, c'est déjà prendre une distance avec celui que je crois être. Je ne cesse d'essayer de me défricher telle une insondable énigme, au lieu de vivre, d'expliquer au lieu d'aimer. Ce gouffre étourdissant m'empêche de sortir de moi-même, me laissant rivé à ma frêle coquille. Combien de fois me suis-je demandé si tout cela ne proviennait que de moi-même ou bien de la société dans laquelle je vis ? Un doute persiste. Je n'ai pas de réponses. Être de mon temps, dans mon corps, mon esprit, passe inévitablement par la littérature et l'immobilité associée. J'ai conscience que j'évolue malgré mes faiblesses, mon humanité fragilisée. Mes volte-face sont souvent des continuités. L'absence de sens à l'aventure humaine me fait souffrir. Malgré mes dédales d'erreurs et d'errances surgissent des éclaircies soudaines et inattendues. La liberté connait trois stades : la révolte, la contrainte, la solitude. Pour le révolté, à qui s'en prendre quand je souffre, quand je piétine, quand j'échoue si je suis à moi seul mon propre obstacle ? La liberté acquise est souvent décevante, seule l'émancipation est exaltante, raconte Pascal Bruckner dans une brève éternité. Je n'éprouve que très rarement l'atténuation de ma solitude par l'entremise d'autrui par l'exercice de la solidarité. Occupez-vous de moi quand je vais mal, laissez-moi tranquille quand je vais bien. Un moment arrive où il faut en finir avec le qui suis-je pour lui substituer un que puis-je ? Je suis fait de ces autrui que j'ai croisés. Chacun de nous est une œuvre collective qui dit je. Que vais-je pouvoir faire aujourd'hui qui n'est pas de l'ordre du réchauffé, du répétitif, de la victimation ?


9 juillet |

Il m'arrive parfois de douter de mon jugement lorsque je navigue dans la société. Par exemple, lorsque j'entends des gens exprimer des généralités à propos des uns et des autres. La durée est réductrice d'incertitudes, même si à certains moments privilégiés, il semble y avoir en nous plus de richesses que nous ne pourrons jamais en connaître. Alors le rêve nous taraude, jusqu'au bout, d'échapper à ce moi qui pèse, à ce passé lourd comme un boulet et de quêter l'épisode salvateur dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa vie, comme le disait André Breton. Ce n'est pas moi qui me détache de mes bonheurs, ce sont eux qui se détachent de moi, disait Simone de Beauvoir. Jamais plus. Plus jamais. Ce que l'on perd d'un côté, on le gagne de l'autre. Le chagrin classique est le passage irréversible du temps. J'essaie de donner un contenu philosophique à tout ce que je traverse. Il arrive toutefois que la vague est tellement forte que je dois prendre le temps qu'il faut afin de laisser passer l'orage. C'est dans ces moments-là que rien ne sert de s'agiter dans tous les sens. Parfois, il faut savoir s'oublier, parfois savoir se retrouver. J'éprouve un certain malaise face à certains événements, pour ne pas dire ceux qui me dérangent. Il y aura toujours des événements étranges, la question est de savoir comment réagir devant. Je reste parfois à porte-à-faux dans ce que je dis et ce que je fais. Je crois à tort que j'ai perdu la guerre de la reconnaissance que j'ai entreprise jadis à grands coups de gueule. La sagesse devrait m'avoir appris que la seule reconnaissance fiable aujourd'hui est celle que je dois porter envers moi-même. Le processus de l'équilibre est de savoir reconnaître ce qui est juste et bon en évitant de m'isoler trop brutalement. Les grecs appelaient kairos cet instant propice où il faut agir, entre le trop tôt et le trop tard, cet art de se glisser dans les interstices du temps. Le titre du livre de Pascal Bruckner est évocateur : une brève éternité. La chance est toujours un choix, mentionne-t-il ? Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Mon intuition m'a beaucoup guidé dans mes paroles et dans mes gestes. Elle m'est toujours utile lorsque mon esprit est dans un état acceptable. J'ai beaucoup de questions en lien avec ce que je dois faire ou non, à ce que je dois penser ou non. Une de mes faiblesses est de tenter d'avoir des réponses toujours trop vite, toujours trop facile. La vie n'est pas une charade. Je vis difficilement les incertitudes et les événements qui les causent. C'est mon défi. Il y a un temps où tout va bien et d'autres où tout va mal. C'est dans ce moment où une pause est requise afin d'éviter d'aggraver la situation. Tout cela est bien élémentaire mais combien nécessaire. Il est de ces choses qu'il faille toujours se rappeler. Comment pourrais-je m'imprégner de choses importantes et tendre la main au hasard si je passe trop vite dans un esprit indisponible ou mal avisé ? Se laisser aller trop promptement dans le courant est risqué, on peut y perdre sa peau. Cela vaut aussi bien dans le champ de l'aventure et des émotions qu'elles génèrent. Aller trop rapidement est un risque de brûler des étapes. J'en sais quelque chose en me rappelant mes derniers road trips. Mon esprit n'a pas le même âge que mon corps. Parfois j'oublie de synchroniser les deux. Pourtant, c'est dans l'action que je définis mes limites. En ce sens, là provient le risque et la nécessité de l'aventure. La vie est une aventure. Il n'y aura jamais rien de facile dans cette vie là. On raconte que la modération a bien meilleur goût. Cela est vrai pour certaines choses. Et à chaque fois, je me dis encore une autre petite virée, une autre petite danse. Encore une fois, je me dis un ultime voyage dans les montagnes, un ultime tête-à-tête avec un grand paysage, un chef-d'œuvre avant que le rideau se lève. Encore une vie à vivre.


7 juillet |

Notre sort ne bascule pas. Un geste rétracté, une parole tue, une main non tendue et nous ratons un être, une histoire. Nous n'avons pas saisi la chance, nous aurions dû improviser, faire preuve d'initiative. Comment savoir si ce n'est pas une illusion de plus ? Nos regrets, surtout plus tard dans la vie, marchent dans notre mémoire comme autant d'éléments fantômes. Le moteur est le conditionnel passé. Ce qui aurait pu se passer devient plus important que ce qui a lieu, le virtuel ronge le réel et le dévalue. Trop tard, trop tôt. Et si j'avais su. Et si j'avais fait. Et si j'avais été. Et c'est ainsi que les regrets prennent une plus grande place. Et pourtant je méritais mieux. Je suis né au mauvais endroit, à la mauvaise époque, dans la mauvaise famille. Regrets, illusions. Et on se demande pourquoi la fatigue nous prend soudainement. Je n'ai pas eu les bons amis, les bons enseignements, la bonne culture. Et pourtant j'existe. N'y a-t-il pas là l'essentiel ? Et pourtant, il y a l'imprévu, la régénérescence, les miracles, les hasards, mais aussi l'inadvertance, les indispositions. Berlioz a dit que la chance ne suffit pas, il faut encore avoir le talent d'avoir de la chance. À quoi bon me lamenter sans cesse ? Je dois créer avec ce qui existe, recycler, redéfinir, réinventer. Agir consciemment. Heureusement que la littérature existe. Pascal Bruckner m'a inspiré ce soir en me sortant de la torpeur. Transformer la peur en quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus merveilleux. Boris Cyrulnik appelait cela un merveilleux malheur. Son étude principale était la résilience. Mon bonheur de la journée est attribué à un rafraîchisseur d'air que je viens d'acquérir. Il ne suffit que bien peu de choses, que bien peu de mots, que bien peu de gestes à bien y songer.


6 juillet |

Les embouteillages sont pires chaque année. Il y a trop de véhicules sur les routes et le réseau est mal foutu. Le bien public tire de l'aile au détriment de l'entreprise privée. J'ai profité de l'acalmie des grandes chaleurs aujourd'hui pour faire du vélo dans le comté de Bellechasse. J'ai franchi la barre des 86 kilomètres accompagnés de bons vents agréables. Le Québec, au sud du fleuve Saint-Laurent, n'est qu'une immense ferme où les champs se répandent à l'infini. Dans la culture et la tradition du Québec on ne plante pas des arbres monsieur, on les avait pour plusieurs raisons. Sur mon parcours à vélo, les arbres sont absents pour faire de l'ombre. J'aime bien les grands espaces, mais l'absence d'arbres au cœur de l'été devient insupportable La circulation est beaucoup trop rapide, que ce soit en ville, en région ou à la campagne. Cette randonnée m'a fait un grand bien, surtout après le long voyage parcouru aux États-Unis au mois de juin dernier et après la canicule que l'on vient de traverser. Je ne partirai pas sur les comparaisons entre nous et les américains, ayant déjà pas mal donné dans ce sens-là. J'ai pas le choix de m'adapter, car c'est ici que je vis et que je mourrai. Je dois alors m'efforcer de regarder le beau côté de la médaille. Depuis six ans que j'ai fait l'acquisition d'un petit campeur pour la retraite, je n'ai pas chômé. L'aventure a débuté en 2020 avec mon tout premier road trip en Ontario. J'ai pas vu le temps passer avec toute cette galère dans ces routes de traverse joyeusement entreprises. Par chance que j'ai pris une multitude d'images et mon journal de voyage pour me rappeler toutes ces aventures. Après le visionnement du film Backroom, j'ai décidé de produire de nouvelles créations visuelles musicales à l'aide de mes propres images. Je viens de me procurer une nouvelle adresse internet pour le blogue, tout en conservant le précédent pour qu'il soit dirigé vers le nouveau lien. J'ai parcouru une multitude d'applications et de sites internet en lien avec la création visuelle dans le but de développer davantage mon côté artistique qui, à bien des égards, est omniprésent. Depuis l'arrivée d'internet, j'ai acquis des compétences artistiques concrètes en arts visuels et en communication dans le but de développer et partager mon plein potentiel. À la retraite, j'ai reconfiguré mes intérêts pour voyager en campeur à travers l'Amérique. Et me voilà, une fois de plus, à une autre étape de vie où j'ai le goût de peaufiner toutes ces expériences vécues depuis 2020. Il y a une série d'événements, d'apprentissage et de préparation requise pour en arriver là où je suis présentement. Je crois qu'il est impossible de créer sans en avoir souffert au préalable, du moins pour ma part. Toute nouvelle naissance est souffrant. Tout ce que j'avance s'effectue progressivement par petites doses. Le concept à l'intérieur du film fantastique Backroom m'a fortement inspiré. Il en fut de même pour le film Incendie de Denis Villeneuve à l'époque, qui m'a fortement révélé mon identité en ce temps-là. Il y a toujours un envers de la médaille. Elle ne se laisse pas percevoir au premier coup d'œil. Agir, acquérir de nouvelles expériences, faire de nouveaux projets sont très importants. À vrai dire, la chose qui éprouve de la lenteur à se manifester, ce sont là présence d'autrui qui est trop largement absente de ma trajectoire. J'ai toujours eu comme objectif de réseauter, de créer des liens. Alors faut-il avoir les intérêts et le savoir faire pour y arriver. J'ai su démontrer pendant trente ans qu'il a été possible de le faire avec succès. Je vais tenter dans les prochains mois, essayer de positionner mes histoires et mes créations sur internet avec l'espoir de réseauter, non pas sur la même intensité que dans le cadre de mon défunt travail, mais à l'aide de celui qui est devenu avec le plus de grâce et d'attention possible. En réalité, nous ne changeons pas, nous progressons vers celui que nous sommes toujours.


4 juillet |

Le défi pour l'écrivain est d'amener au langage ce qui lui résiste, ou plutôt de créer une langue qui puisse révéler ce que le langage cache le plus souvent. Mes émotions sont souvent devant l'être qui se cache derrière. Des plis, des habitudes déterminent le cours ultérieur des choses. Sortir du sillon nécessite un effort et une critique au regard des traditions et de la culture ambiante. Les partis pris et certaines habitudes dans la forme de notre pensée s'enracinent au plus profond de notre être, faisant de nous des prisonniers. Je regarde le monde avec des yeux bien différents qu'il n'y a pas encore si longtemps. J'ai de la misère à me définir entre mes illusions et la réalité. Le défi de l'écrivain, dit Pierre Bertrand, est de faire face à la réalité, même s'il ne peut, lui non plus, faire abstraction des habitudes et des plis qui ont été pris dans la pensée et le discours. Notre vie est prisonnière du connu. J'ai déjà tenté de m'en échapper, que les habitudes me rattrapent très rapidement. L'aventure est nécessaire, mais combien dangereuse à ceux qui ne sont pas préparés. On se prépare qu'en partie l'aventure. C'est davantage elle qui nous prépare et nous forme. Notre vie est enfermé dans nos croyances et nos connaissances, qui font partie intégrante de la culture. Dans ce cadre-là, il nous manque la capacité de nous étonner et d'apprendre vraiment. L'existence n'est jamais rectiligne. Nous avançons à tâtons de réussite en échec dans un récit qui se construit à chaque instant, le dénouement restant toujours le même. Quand on t'écarte, reste à l'écart. La dignité n'a pas de prix. Dans certaines de mes habitudes, je m'écarte souvent de moi-même. Pourquoi blâmer autrui alors ? Je dois avouer ne pas toujours voir la vie avec des lunettes roses. Est-ce la faute à mes géniteurs ? Peu importe, ils ont disparu. Pourquoi ne pas tenter d'ajuster mon regard à la réalité au lieu d'un monde qui n'existe que dans mon imaginaire ? Mon imagination m'a sauvé à plusieurs reprises. La condition de cet état est d'en revenir sain et sauf. Un sauvage a grandi en moi. Bientôt le festival d'été réjouira le cœur des gens. Je n'ai jamais rien compris au phénomène de la foule. Je l'évite mais jamais très loin. J'aime me raconter dans mon journal. C'est important de raconter son histoire à quelqu'un, sinon on risque de s'oublier. À raison de me confier, j'écris. Parfois je crois que quelqu'un me lit. Peu importe, c'est le narratif qui compte. Cela fait deux semaines que je suis revenu de voyage. La forme revient lentement, heureusement. J'ai souvent l'impression que ma vie tient à un miracle. J'ai souvent l'impression que je m'expose de façon dangereuse inutilement. Ma vie fut une putain d'aventure ou bien est-ce l'idée que je m'en fait. Lorsqu'elle me quitte, je crois ne plus exister. L'aventure pourtant se transforme au fil du temps à l'intérieur d'une pièce tiède et insipide. À chaque grande véritable transformation, je n'ai pas chercher quoi que ce soit, les choses arrivant d'elles-mêmes. Je peine à voir la réalité, c'est pour ça que je me suis réfugié dans l'illusion et la fuite. J'en ai fait mon habitude. Ce sont peurs qui m'affaiblissent le plus. Ce sont mes pires ennemis. Pourtant elles proviennent de moi et de personne d'autre. J'ai peur de me voir dans le miroir. Parfois j'ai honte de ce que je suis. J'ai débuté d'écrire en lisant, que rapidement j'ai pris le relais. C'est toujours ainsi la plupart du temps. J'ai beaucoup de choses sur le cœur que je dois extirper. Je fais de mon journal de la thérapie. Je crois que je vais tenter de changer quelques habitudes qui m'habitent pour ne pas vieillir comme un pauvre abrupti. Je suis très dur avec moi-même, j'en suis conscient. Alors pourquoi ne pas essayer de m'aimer davantage pour faire changement ?


3 juillet |

Cette semaine, j'ai visionné le film fantastique Backroom. J'ai ressenti un étrange déjà-vu en regardant ce suspense. Le récit évoque un lieu de transition où les espaces sont généralement vides, froids et infinis aux couleurs jaunâtres. C'est difficile de décrire ces lieux qui sont quelque peu terrifiants en l'absence de vie humaine. Je pense ici à des bâtiments ou des grands stationnements vides, pour ne nommer que ceux-là. Après le visionnement, je prends conscience que plusieurs de ces lieux m'habitent. C'est un sentiment étrange en observant de plus près les backrooms Je ne sais pas trop ce qui m'arrive depuis mon retour de voyage, mais je ne ressens pas la force de trop réfléchir pour expliquer quoi que ce soit. Cela est probablement causé par le surmenage, à la chaleur et la fatigue. Au plus loin que me souvienne, je reviens déprimé des longs voyages. Dans le film, on mentionne que ceux ayant vécu des traumatismes répètent sans cesse les mêmes pensées et les mêmes gestes. Ceci a pour conséquence de les transporter dans un labyrinthe n'ayant aucune issue facile pour s'en sortir. De là que proviennent l'idée des backroom où les gens aux traumatismes divers viennent tenter de résoudre les énigmes. L'idée des backrooms est associée au fantastique, au paranormal, voire même à l'horreur des films du genre. Dans le film, la réalité est proche de la fiction, ce qui rend le récit encore plus intrigant. Je possède plusieurs centaines d'images qui me rappellent les backrooms pour la raison qu'elles représentent des lieux de transition, tels des chemins et des routes courant à l'infini. Il y a aussi toutes les images associées aux bâtiments vétustes et abandonnés qui m'interpellent. Dans cet etrange film je fais le lien entre mon vécu et l'étrangeté des lieux que je traverse. Pourtant, il n'est étrange que mes pensées et mon ressenti devant certaines choses et certains événements. Je sais pertinemment que je refais en boucle nombre de pensées et de gestes qui proviennent de mon subconscient et qui s'accroît au fil du temps dans une grande caisse qui n'a plus d'espace pour y ajouter quoi que ce soit. Cette semaine, je viens de réaliser à quel point l'intelligence artificielle et les robots conversationnels prennent de plus en plus de place dans le monde. Lui-même se fragmente considérablement dans un univers rempli de paradoxe et d'indifférence. Parfois je me demande si je suis le seul à percevoir tout cela. À  constater l'engouement pour ce genre de film qui se classe au sommet du palmarès, je ne suis assurément le seul à penser à ces choses-là. J'ai eu spontanément un coup de tête aujourd'hui pour tenter de me servir de l'intelligence artificielle pour créer de nouvelles images statiques ou animées à partir de mes images. Je crois que je ne suis pas prêt pour baigner dans cet univers virtuel, malgré les effets spéciaux intéressants que peut dégager cette puissante technologie et l'expression artistique qui s'y dégage. Le monde va dans la même direction car des investissements pharaoniques se dirigent tous dans le même sens. Toute cette convergence et cette force m'effraie. J'y vois là la disparition éclatante du monde que j'ai toujours connu et qui vole désespérément en éclat. Comment ne pas être abasourdi lorsqu'il n'y a plus personne à qui adresser la parole ? Lorsqu'il devient impossible de parler à quelqu'un de réel pour obtenir des renseignements ou un service, qu'adviendra-t-il de nous, pauvres mortels insouciants et vaniteux ? Est-ce moi en vieillissant qui devient inintéressant ou bien est-ce le monde qui s'assombrit ? Les sociétés deviennent de plus en plus étranges à mes yeux, dans mon corps et mon esprit. Que sont devenus mes rêves, mes espoirs, mes amours ? Où est allé tout le monde qui avait quelque chose à raconter, disait Serge Fiori. Aujourd'hui au centre d'entraînement, un américain retraité ayant sa citoyenneté canadienne discute avec moi me posant des questions que personne ne prend la peine de formuler. Étrangement, je reviens des États-Unis, il y a deux semaines à peine. Lui-même m'avoue avoir de la difficulté à communiquer avec qui que ce soit dans le gymnase. Je crois au phénomène de la synchronicité. Parfois, je m'étonne de constater que je ne suis pas le seul à penser de telles ou telles façons. L'histoire a su démontrer que la vie humaine sait rebondir devant l'adversité. Je crois que les défis qui nous attendent sont très nombreux. Le problème à l'heure actuelle est la course aux profits qui ne cessent de s'accroître au détriment de la valeur humaine laissant le monde indifférent à autre chose que lui-même. Demain sera un meilleur jour. J'en doute à court ou à moyen terme. Et puis qui suis-je pour prédire l'avenir ? À chaque invention, nombreux étaient les gens à prédire la fin de notre histoire. Et puis nous sommes toujours là, ce qui confirme qu'il n'y a pas que le mal qui domine.


28 juin |

Le voir est très proche du vivre. Le voir n'offre pas une compréhension ou une explication. Il observe ou constate. Le vivre ne peut se mettre en mots. Je ne peux pas rester simplement silencieux. Mon défi, surtout lorsque j'écris, est d'amener à la parole ce qui lui résiste et la déborde. Proust disait, tout compte fait, il n'y a que l'inexprimable. Et puis, lorsqu'il m'arrive de me sentir déprimé, les mots surgissent pour me ramener à la raison. Me sentir déprimé et être déprimé sont deux choses distinctes pour moi. Bien souvent, je m'accroche à l'idée d'être déprimé. C'est souvent l'idée de la douleur et non la souffrance elle-même qui me fait souffrir. Tout le monde sait que la déprime n'est que passagère à moins d'avoir un problème récurrent associé à une maladie ou une situation spécifique qui perdure dans le temps. La dépression est le mal du siècle. La dépression est un mal complexe. Ce qui me déprime au retour d'un voyage est de reprendre la routine là même où je l'ai laissée avant de partir. Le voyage offre l'illusion que je change quelque chose dans ma vie. Dans le voyage, il y a une sorte de fuite. On ne peut pas changer, mais on peut transformer sa façon de penser. La pensée positive est quelque chose qui se cultive au même titre que les légumes de jardin. Où va la pensée, l'énergie va. On ne revient jamais à la case départ malgré ce que l'on pense. Il y a dans mon coffre un tas d'outils à ma disposition. Parfois je l'oublie. Parfois je n'ai plus la force d'y croire. C'est lorsque la douleur psychologique atteint son paroxysme qu'elle vient à redescendre. C'est le propre d'une crise. C'est lorsqu'on a perdu tout espoir qu'une étincelle nous ramène à la vie. Les miracles existent dans certaines circonstances que j'appelle la pleine conscience. Les grandes chaleurs arrivent demain. Je m'y prépare. Il en est ainsi pour la déprime. Je mets les bases d'une hygiène au quotidien et le reste suivra son cours. La vie s'occupe d'elle-même à condition qu'elle possède un terreau propre à se développer. Toutes ces choses-là sont primordiales en ce moment pour moi. À quoi bon vouloir fuir ou me distraire pour oublier que je souffre ? La douleur psychologique disparaîtra lorsque ma conscience ira à sa rencontre. Je me rappellerai toujours des dialogues de David Bohm, qui fut très important pour moi dans une période sombre. Il disait qu'un bon dialogue n'est pas la nature du sujet ou les mots utilisés, mais ce qui se passe lorsqu'on parle. Il y a les dialogues et les monologues que l'on se fait à  soi-même. Ce sont les intermèdes et les silences entre chaque mot prononcé qui sont les plus importants. À quoi bon me servirait-il de parler de politique ou d'économie à l'heure actuelle lorsqu'il y a plus urgent dans la demeure ? À quoi bon vouloir aider les autres si je ne puis m'aider moi-même ? Écrire est mon salut, mon repos, mon refuge. Écrire est l'une des actions la plus bénéfique qu'elle soit car elle s'effectue au moment présent. C'est surtout de ça que j'ai besoin, de l'instant présent et de ma conscience à l'observer. une des causes de ma souffrance est la solitude. Lorsque j'adopte la pleine conscience, je réalise que je ne suis pas si seul que je croyais, car je suis avant tout avec moi-même. Ceci n'est qu'un exemple des bénéfices de la pleine conscience. C'est seulement dans le moment présent que la conscience peut s'élever et agir à rétablir ma connexion avec la vie, ma vie. La douleur psychologique exprime une perte de conscience. Même les douleurs physiques peuvent s'affaisser devant notre capacité de conscience. La question à me poser dans ces moments-là est : qu'est-ce qui est le plus important en ce moment précis ? Le problème avec la douleur est qu'elle accentue les émotions de façon disproportionnée. J'ai médité ce soir et j'ai pris soin de moi comme il y avait longtemps que je ne l'avais fait. Il ne suffit que peu de choses pour voir la situation s'inverser. La pleine conscience marquera mon quotidien si je maintiens une bonne discipline. Discipline ne veut pas dire travail acharné, bien au contraire. La discipline dans la pleine conscience signifie lâcher prise sur ce qui n'est pas essentiel dans sa vie, comme par exemple les peurs disproportionnées et l'envie, pour ne nommer que ceux-là. Le bonheur est beaucoup plus près que je pense. Le ventilateur derrière moi est une source incommensurable de bonheur en étant conscience de l'effet qu'il porte sur moi. Avant de repartir sur de grands concepts et idées abstraites, il est de mon devoir de rétablir les ponts avec mon être profond à l'aide de la pleine conscience. Déjà, je vois une légère transformation entre le début et la fin du texte.


27 juin |

Mon biorythme dans l'année est au plus bas, curieusement en juillet et août. Je ne tiens pas à savoir pourquoi mais je m'en doute.  Le retour de voyage effectué en juin est pénible comme tous ceux que j'ai fais dans le passé. Le dernier voyage est une rupture profonde avec celui que j'ai été avant le départ. Un voyage est un projet dans lequel beaucoup d'énergie est déployée pour qu'il se réalise. Il y a l'énergie à le préparer, à le réaliser et le terminer. Il n'est pas étonnant d'être épuisé après tout ce travail colossal. Je n'ai plus vingt ans, je dois m'attendre à ce que la fatigue se déclare plus rapidement. Je suis dans cette réalité. Mon esprit veut bien partir à l'aventure, mais mon corps ne suit plus comme avant. J'éprouve de la difficulté depuis une semaine à récupérer du voyage et à avoir de la motivation pour aller de l'avant avec d'autres projets. Je suis trop pressé, bien trop pressé. C'est en écrivant ce soir que je parviens à faire la lumière sur ce que je viens de vivre et sur le sentiment de grand vide qui suit au retour chez moi. On appelle ça brûler la chandelle par les deux bouts, ou quelque chose du genre. Il y a aussi l'expression : mettre ses œufs dans le même panier, et dans laquelle je trouve un certain nombre de vérités. L'expérience n'est pas complète si j'omet de faire un retour sur le voyage. Il est important pour moi maintenant de bien comprendre tout le processus d'un tel voyage. Il est d'autant plus spécial que je voyage seul depuis six ans maintenant en campeur, et ce dans des conditions plutôt difficiles, compte tenu de mon âge et de certaines fragilités reliées à la solitude. Écrire me permet de ramasser mes idées et mon esprit. Écrire me permet de refaire le scénario afin de comprendre le chemin parcouru et l'intention qui se cache derrière mes objectifs de voyage. Tout le monde sait que les voyages transforment. Je suis toujours étonné de constater à quel point il est vrai. On ne se remet pas facilement d'une telle aventure. Toute l'énergie déployée laisse des traces. Le contraste est très important entre ma vie à la maison et les semaines passées à me promener comme un damné à chercher je ne sais quoi, je ne sais qui. Au début, cela semble être évident que plus le voyage avance et plus tout semble incertain après un certain temps. Il devient angoissant à la longue de toujours réfléchir vers où je vais et de toujours avancer vers l'inconnu. C'est comme si j'essayais de me déprendre de quelque chose et que je perdais d'autre chose parallèlement en chemin. Au début, tout cela est une forme de grande euphorie et d'excitation, puis après un certain temps, le doute commence à s'installer en même temps que la fatigue et les kilomètres accumulés. La magie du début transforme le rêve qui est devenu réalité en l'espace de quelque temps et qui lentement, insidieusement devient l'enfer. Comment ne pas se sentir bouleversé après un sentiment incertain d'échec et d'incertitude traumatisante ? C'est la première fois au retour d'un voyage que je réagis ainsi en écrivant ce qui se passe dans ma tête et mon corps. Je juge important de ne pas passer sous silence un tel événement. Je suis très loin d'être à mon premier retour de voyage. La différence cette fois-ci est que j'éprouve un désir de comprendre les raisons d'agir de telles ou telles façons pour éviter les mêmes pièges, s'ils en sont. Les pièges sont bien souvent avant tout en moi et par mon inconscience. On dit souvent et avec raison que le temps arrange tout. Il est impossible de reprendre le même rythme rapidement après un périple semblable. Le temps arrange les choses. Rien n'est aussi vrai et rassurant lorsqu'on y croit et qu'on l'accepte. Je dois accepter les séquelles et la fatigue du retour d'un voyage semblable. Il y a beaucoup de rêves et d'illusions dans un grand voyage que l'on prépare avec soin. J'ai souvent pensé que je perdais la tête à un moment donné après un certain temps sur la route, seul comme un cinglé. Et plus le voyage avance, plus les doutes s'installent en même temps qu'une lassitude qui s'accumule étrangement malaisante. J'ai souvent ressenti des troubles dépressifs au retour de voyage. Ce dernier n'y a pas échappé. La solitude peut être très dangereuse lorsqu'on la néglige et qu'on tente de l'éviter par toutes sortes de moyens. Mon esprit fut tellement submergé pendant un court laps de temps qu'il n'est pas étonnant de se sentir déprimé au retour de voyage. Je crois que plus l'adrénaline et la stimulation seront fortes en voyage, plus la déprime et la fatigue peuvent le devenir au retour. Il y a beaucoup de leçons à apprendre d'un voyage. Je me suis senti si souvent coupable de vivre ces malaises au retour de voyage que je me suis identifié à tort à un type dépressif et sans objectifs précis. Ceci est la manifestation de l'égo qui m'accompagne en voyage et qui me fait souffrir. L'égo sait par quelle fissure de mon être traverser pour faire de moi un homme soumis. C'est lorsque je suis le plus vulnérable que l'égo sais tisser sa toile et tracer son chemin. Il me dit alors sans cesse d'aller toujours plus loin, plus haut, plus fort et cela, toujours mieux et plus vite. Et lorsque je me sens abattu, l'égo continue à me frapper de plus en plus fort à mesure que je m'affaiblis. Je viens de faire un bon geste ce soir en débusquant ce malotru à qui j'ouvre la porte impunément. Et de dire en terminant que la partie est terminée et qu'il est temps de rentrer chez soi, de se mettre à l'abri de soi et de pas s'en faire plus qu'il n'en faut.


23 juin |

Le savoir accumulé a une utilité évidente mais limitée, car l'attention s'exerce sur le présent. J'ai le défi de créer, surtout lorsque j'écris, d'amener à la parole ce qui lui résiste et la déborde, nous dit Pierre Bertrand. N'est-ce pas le défi de l'écrivain d'en arriver à toucher l'inexprimable ? L'expérience de soi ne se laisse pas entièrement mettre en mots. Comment pourrais-je connaître ma vérité alors qu'elle se transforme sans cesse dans le temps ? Tout est toujours à redéfinir. L'expérience de soi ne se laisse pas entièrement mettre en mots. Et si tel est le cas temporellement, tout ce qui a été dit ou compris est toujours à recommencer. Cela vaut pour un esprit qui n'est pas figé dans le passé. Nous aimons nous imposer une identité et un rôle. Nous aimons nous enfermer dans d'étroites positions. Je dois davantage souffrir d'auto-compassion que d'auto-critique. La vie est tension. Si la tension est trop vive, comment ne pas s'étonner que des ruptures tentent de se manifester ? Je connais ce cirque amplement, moi qui ai toujours eu l'intensité de vivre et de voir. Je suis comme la plupart des humains, un être complexe et multiple. Je suis éprouvé lorsque je voyage, lorsque les choses bougent sans cesse dans un panorama différent défilé à vive allure. Peu importe si je reviens vivant de ces aventures, elles restent néanmoins une source d'apprentissage importante qui se décortique au retour dans un environnement calme et statique. Cette dernière est appréciée par l'impression que le temps se fige dans un décor spécifique que nous choisissons de contrôler le rythme et le contenu. Lao Tseu disait que par le non-agir, les choses se font. Bien entendu, il n'existe jamais complètement de non-agir comme le silence n'existe jamais. Je dois davantage demeurer dans l'ouverture que de rechercher le savoir à tout prix. J'ai besoin pour vivre d'une intelligence plus ample que celle de la seule pensée. Le corps-esprit est très fragile, d'autant plus si nous avons un manque d'attention envers la relation qui s'établit entre eux. L'interaction corps-esprit désigne la relation bidirectionnelle étroite où nos pensées, émotions et états psychologiques influencent directement notre santé physique. Ce lien puissant entre le cerveau et le corps, notamment via le système nerveux, impacte directement notre bien-être global. Dehors la fête nationale débute avec les cris des adolescents en fête. C'est curieux que le silence tarde à se manifester malgré mes absences de mots.


22 juin |

Le moi ne maîtrise pas le rêve. Il est emporté avec lui. Le moi est à la fois le rêve lui-même et un personnage du rêve. En société, être et paraître ne font qu'un. La dimension individuelle sait que la réalité est d'abord invisible. Non seulement invisible, mais multiple, discontinue, chaotique. Une identité seule ne peut tenir car elle est une projection du regard. Lisez un texte à quelques reprises et vous verrez que la réalité a tendance à se transformer et à se contredire selon les humeurs et les circonstances. Comme le disait Pascal, la raison n'est rien si elle ne s'ouvre pas à ce qui la dépasse. La pensée et la parole ne sont rien si elles ne s'ouvrent pas à l'impensable et à l'indicible. En s'y ouvrant, ce n'est pas ce qui est pensé ou dit qui importe, mais ce qui, tel un coup de vent, souffle entre les idées et les mots. Il peut y avoir un immense contraste entre le monde de la pensée et du discours et celui de la réalité. Quoi qu'il en soit, la pensée et le discours doivent s'oublier pour nous ouvrir d'emblée à une réalité qui ne peut que les dépasser. Pierre Bertrand, philosophe québécois, a écrit : nous sommes vie, nous sommes mouvement. L'auteur nous apprend que les mots et les idées représentent une infime partie de la réalité. Pris en eux-mêmes, les mots passent inévitablement à côté de la réalité. Ou bien, ils n'en font qu'un compte rendu partiel. Souvent, les mots appartiennent au bavardage, servant à cacher et à tromper qu'à révéler. Je reviens d'un voyage épuisant. Peut-être n'est-ce pas autant le voyage qui me fatigue que l'âge auquel je suis rendu pour faire pareille aventure. C'est là qu'entrent en jeu les mots dans lesquels ils me trompent bien involontairement. J'utilise les mots pour éviter de rester en silence et d'en souffrir lorsqu'ils se font trop nombreux. Dans les prochains jours, l'humidité fera son entrée, comme à pareille date à chaque année. Je souffre de la chaleur, l'été n'est vraiment pas ma saison préférée à part me jeter dans l'eau pour me rafraîchir. Mais le silence à lui seul ne suffit pas, car en lui-même, précisément, il ne veut rien dire. Le défi est de trouver les mots qui communiquent le silence. La vie étant mouvement, toute conclusion serait fausse. La vérité sur notre sujet n'est pas un échec mais une marque de notre finitude. Concrètement, c'est à partir du malaise ou du mal-être, de tout ce qui se passe en lui, à partir de ses questions, de ses crises, de ses lacunes, de sa souffrance, de ce qu'il y aura pour lui de plus terrible qu'il créera. Et moi, je m'assoupirai un certain temps pour laisser se dissoudre un autre printemps qui vient de disparaitre toujours trop vite.