Effervescence

Bienvenue sur mon blogue personnel. Ce journal intimiste exprime un désir de dépassement et d'authenticité. 

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Polarsteps




7 octobre |

Partout, la publicité exhibe l'image souriante du bonheur. Quelle incapacité, quelle incompétence ou quelle tare explique donc notre isolement, notre exclusion du paradis ? Il est compréhensible de ne pas supporter d'être heureux. Même les discours les plus hargneux se parent de bonheur. Heureux, qui ne veut pas l'être ? Le sens aujourd'hui ne se trouve-t-il pas essentiellement dans l'acte même de vivre, de percevoir, d'éprouver, d'agir, de penser ? Avons-nous encore besoin d'une raison ? Nous éprouvons que partiellement la tranquillité, car nous sommes partie prenante du monde, et participons nécessairement de son agitation et de ses conflits. Être malheureux peut être un signe de sensibilité et d'intelligence en raison des souffrances environnantes. À l'inverse, être heureux dans des situations médiocres, voire affreuses, peut être le signe d'un manque de sensibilité et d'intelligence, raconte Pierre Bertrand dans la lumière monte de l'obscurité. Paul, mon mentor de la pleine conscience, me fait réaliser à quel point mes perceptions sont souvent erronées en lien avec moi-même. Le plus grand de ma colère se verse sur moi-même dans les mots. Mon apprentissage en ce qui a trait aux émotions et aux pensées m'a fait défaut. Or, je me reprends pour vivre dans l'instant présent dans un esprit plus lucide, plus réel. Ce n'est pas seulement un vœu, mais une pratique. La perfection ne peut naître que dans la vie qui s'exprime à l'instant présent, recherchant son fragile équilibre. La tranquillité est la condition pour nous ouvrir à ce qui est. D'instinct je recherche la tranquillité, d'autant plus en vieillissant. Être témoin ne signifie pas être en dehors, mais au contraire être intensément présent du dedans. Cette présence est rendue possible par un certain calme, vide ou silence. Je suis l'humble témoin engagé ou impliqué par toutes les fibres de mon corps-esprit. Si l'un d'eux se dissocie de l'autre, la réalité et le sens m'échappent. Nous sommes un tout, qui fragmenté ne pouvons être présent qualitativement. D'où émerge le big-bang, si celui-ci est le commencement ? Comment quelque chose peut-il provenir de rien ? Nous ne sentons pas le mouvement, car nous sommes dedans. Ma pensée perçoit mal le changement, car elle a tendance à se figer dans l'idée paradoxale de stabilité, de sécurité. La pensée conserve les noms, par exemple le fleuve Saint Laurent. Le nom ne change pas, mais le fleuve à chaque instant. L'idée du fleuve est figée alors que le fleuve ne l'est pas. La réalité est tout autre. Les idées et les concepts n'étreignent qu'eux-mêmes et non la réalité de ce qui est. Les noms et les idées se fixent dans le temps, alors que nous ne nous baignons jamais dans le même fleuve. La position du spectateur et de la pensée est de se croire au-dessus de la mêlée. C'est une position relativement confortable. Observer mes pensées automatiques pour m'en dissocier est pas facile, lorsque je pense à toutes ces années à les ancrer dans mon esprit par dépit et dans un faux sentiment de sécurité et d'identification. Paul m'a appris comment me dissocier d'émotions vives. Il s'agit d'agir avec ses sens pour quitter les pensées qui agitent les émotions. Je n'y avais pas pensé ou peut-être bien instinctivement. J'ai appris ces derniers mois que le choix des mots exprimés est primordial pour ne pas s'identifier à eux à tort et surtout s'ils ne sont pas précis ou s'ils ne représentent pas la réalité. On devient de ce que l'on pense et ce que l'on dit. Où la pensée va, l'énergie va. Depuis, j'ai moins l'impression de divaguer dans la confusion. Il me reste du chemin à parcourir. Je suis le chemin, car je suis vivant.


6 octobre |

Pierre Bertrand raconte ce que je suis en train de penser ces temps-ci à propos de la souffrance. Les affects de la tristesse font partie de nous à l'égal des affects de joie, ils doivent d'abord se manifester pour ensuite disparaitre. Il nous arrive à tous à certains moments de croire que le ciel restera noir, et puis soudainement, le ciel s'éclaircit. En résistant aux affects de tristesse, nous les durcissons et les refoulant. Seule la vision pénétrante de ce qu'ils sont, vision se faisant par au-delà de l'analyse, peut conduire ces affects de tristesse au bout d'eux-mêmes, épuiser leur énergie et les faire disparaitre. Les choses doivent éclore, croître pour ensuite se flétrir et mourir. N'est-ce pas là l'histoire de tout ce qui est vivant ? Je suis fait d'opposés, bon ou mauvais, joie et tristesse, montée et descente. Ce que j'ai voulu projeter hors de moi pour me protéger, je le porte en moi. J'ai eu un début de semaine pénible à régler et réparer un tas de choses. Ça me paraît pire et bien plus fatigant en vieillissant tous ces petits combats au quotidien. Les combats se termineront lorsqu'il n'y aura plus de combattants. En attendant, je ne dois pas trop m'assoupir, me résigner ou me retirer en évitant mes devoirs et les défis qui leur sont associés. La vie est un combat de chaque instant. Méfiez-vous de votre besoin de réponses et posez davantage de questions, même si certaines d'entre elles vous semblent saugrenues. La force des questions est plus grande que celle des réponses, ouvrant l'esprit sans le refermer avec des réponses trop faciles et inutiles dans bien des cas. Les questions pour l'esprit ont leurs limites. Il est bien qu'il sorte du connu, de l'explicable, des croyances et du familier. La question philosophique du pourquoi se heurte au comment de la science. Pourquoi il y a quelque chose au lieu de rien ? La question s'ouvre sur l'inconnu alors que la réponse se fonde sur la certitude d'une croyance, d'une idéologie ou d'un concept. En ce sens, la question est ouverte et la réponse son contraire. Celui qui a peur préfère les réponses qui le rassurent. Celui qui pose des questions s'ouvre à l'inconnu. Avez-vous déjà remarqué à quel point il y a de réponses chez les soi-disant experts de tout acabit ? Et Ils sont nombreux ces experts. Ils sont payés pour vous rassurer et trouver des réponses à toutes vos questions. Je me méfie de ceux qui ont des certitudes et pas de doutes. Avez-vous déjà remarqué que la plupart des politiciens ont davantage de réponses à offrir que de questions, sauf à leur adversaire afin de tenter de les déstabiliser ? Je suis las de toutes ces querelles, mais c'est ainsi que s'exprime la démocratie malheureusement dans notre système. La politique est un mal nécessaire afin qu'un reflet de la démocratie s'exprime. Heureusement qu'il n'y a pas seulement la politique pour m'animer, car je serais fort triste que d'entendre seulement ces experts se projeter sans cesse dans un avenir rempli de promesses incertaines.


3 octobre |

Quelles que soient la valeur et la grandeur des traditions, elles ne sont jamais suffisantes, car la vie se déroule au présent. Les multiples traditions valent notamment comme matériaux pour la création du nouveau, affirme Pierre Bertrand. La vie comme l'amour sont indéfinissables. Il est impossible de les comprendre réellement par le mental. Nous touchons ici à un mouvement qui échappe à la parole. Les taoïstes disent que la liberté n'est pas de faire ceci ou cela, mais, plus fondamentalement, celle de ne pas faire, de ne pas agir. On fait toujours quelque chose, même lorsqu'on croit ne rien faire. Il n'y a pas de vie dans une œuvre d'art, car elle est achevée et que la vie ne l'est pas. Seule l'émotion demeure devant elle. Or, l'émotion n'est pas un organisme vivant, mais provient d'une manifestation du vivant. À la différence d'une œuvre d'art, la vie n'est pas un objet et, par ce fait même, elle ne peut pas être identifiée. Je sais que je ne sais pas, disait Socrate. Le non-savoir et le non-croire créent un vide permettant la vision et la réflexion. L'être humain pense que sa grandeur réside dans l'étendue de son savoir, alors qu'elle réside dans la profondeur de ses questions. Il y a urgence de rompre la chaîne des causes et des effets pour que naisse quelque chose de neuf, capable de faire bifurquer le cours des choses. C'est du non-agir qu'émerge l'action sensible et intelligente. Ma journée fut triste aujourd'hui en ayant reculé avec mon véhicule dans un arbre, escamotant la porte arrière et une partie du coffre. Les émotions ont été vives jusqu'au moment de lire un brin et en me rappelant que tout passe. Déjà des mesures ont été prises pour corriger la situation, espérant de ne pas voir grimper ma prime d'assurance au prochain renouvellement. Aurais-je appris quelque chose de ce fâcheux incident ?


2 octobre |

De quoi sommes-nous capables ? Le sens n'est ni du côté du passé ni de l'avenir. Il n'est jamais à côté de la nostalgie, ni de l'attente, ni de l'espoir. Le sens est ici et maintenant. C'est à chaque instant que nous éprouvons que notre vie a du sens ou pas. Les humains sont les seuls à poser la question du sens, les autres vivants se contentant d'être. Une pensée vivante désigne une démarche intellectuelle active, créatrice et enracinée dans l'expérience du réel, par opposition aux idées figées, dogmatiques ou purement abstraites. C'est semblable pour la culture. Une pensée n’a pas de vie biologique, mais elle peut être morte au sens figuré. Une culture peut mourir ou disparaître, que ce soit par l'extinction des populations qui la portent, par l'assimilation forcée ou volontaire dans une autre culture, ou par la perte de transmission de sa langue, de ses traditions et de ses savoirs. Ceci est le fruit de mes recherches. Il y a plusieurs jours que je me posais la question à savoir si une pensée pouvait mourir. Je pars dormir dans l'heure qui vient un peu moins ignorant. Rendez-vous corneille. Jamais trop tôt ou trop tard. Demain, je danse.

Mécontemporain


28 septembre |

Faut-il protéger le vivant ? Protéger le vivant nous amène à nous protéger, car nous avons besoin du vivant pour survivre. Le vivant désigne l'ensemble des êtres vivants qui partagent la capacité de naître, grandir, se reproduire et mourir. Les écosystèmes nous protègent et nous devons les protéger pour survivre. Or, la vie se suffit à elle-même. Elle n'a pas besoin de nous pour se reproduire et évoluer. L'homme n'est qu'un animal comme tous les autres, à la différence qu'il est capable de se penser et d'attribuer de la valeur à des choses qui n'existent pas. C'est le propre de l'homme de penser, de juger et de détruire son environnement pour ses besoins qui n'en sont pas tous réellement. Tout se transforme et la nature aura raison de nous dans sa transformation. Nous manquons de sagesse et d'humilité en se croyant les plus forts en voulant constamment maîtriser la nature. Le progrès désigne le fait d'avancer vers un état meilleur, une amélioration ou un développement par étapes. Je ne crois pas que notre définition du progrès soit tout à fait réelle dans son ensemble. Je ne nie aucunement que le progrès ne soit qu'une source de complaisance. Nous sommes le progrès que nous voulons bien. Or, une analyse approfondie de ce que nous appelons le progrès s'impose. J'ai passé une magnifique soirée à l'atelier philosophique de la bibliothèque municipale, la question étant reliée au vivant. Tous se sont impliqués dans un courageux et honnête dialogue qui n'a laissé personne indifférent, moi le premier. Tous ensemble avons tenté de déterminer ce qui est vivant de ce qui ne l'est pas. J'ai amené la réflexion sur la pensée, à savoir si elle est vivante ou non. Je considère que les pensées sont vivantes dans la mesure qu'elles nous apportent quelque chose de positif, de constructif et qu'elles s'ancrent dans le moment présent. Une œuvre d'art, par exemple, ne représente à mes yeux rien de vivant. La valeur que nous ajoutons aux choses inertes n'a rien de vivant. Les souvenirs, les expériences et la mémoire issue du passé ne sont vivants que dans notre esprit, rien de plus. Or, si les pensées sont présentes c'est qu'elles sont vivantes. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Le problème survient lorsque nous nous identifions à elles. La valeur ajoutée à nos pensées qui relèvent du passé n'est pas de l'ordre du vivant, mais la pensée demeure. La pensée est vivante lorsqu'elle est associée au moment présent. Le passé est en nous sans le vouloir réellement. Il nous imprégne, que nous le voulions ou pas. Il y a toutes sortes de formes de pensées et d'idéologies chez les hommes, allant des bonnes aux mauvaises. Évidemment, il n'y a pas qu'une seule pensée qui soit bonne ou mauvaise. En réalité, l'importance n'est pas de savoir ce qui est bien ou mauvais. L'important est de savoir ce qui est bien pour nous tout en respectant la vie qui nous entoure. On peut se demander quelles sont les cultures qui soient vivantes. La qualité de la culture est reliée au vivre ensemble, à la liberté d'expression de chacun d'entres-nous au sein d'une même communauté. Au cercle de discussion ce soir, peu de gens étaient habilités à philosopher. Peu ou pas d'entre eux n'ont simplement pas l'occasion de philosopher en groupe sur des sujets aussi profonds et délicats. Einstein a dit que le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.


28 septembre |

La connaissance du cerveau modifie le cerveau. Là est l'étude de la neuroplasticité. Le cerveau se transforme selon la conscience et la connaissance de lui-même. Le mystère relève de la matière elle-même et non pas d'un être spirituel, comme l'indique Pierre Bertrand. Les humains errent de toutes les époques. Comment aurions-nous pu imaginer que les idéologies des conservateurs et des républicains puissent être aussi populaires ces temps-ci ? N'avions-nous prédit qu'un individu qui provient de la radio poubelle à Québec puisse se frayer un chemin jusqu'à l'Assemblée Nationale ? Cela ressemble fort bien à une copie conforme de ce qui se passe de l'autre côté de la frontière lorsque Trump fut élu. Ces élections en partie sont une contestation forte de la gauche et du régime au pouvoir. La gauche à toujours été du côté de la démocratie dans laquelle une érosion se propage à travers le monde. Il y a une rupture générationnelle. Cette élection ne représente plus une continuité à différents niveaux de ce que nous avons connu jusqu'à présent. J'ai l'impression d'être au théâtre en train de regarder une pièce dramatique. Le monde où l'on vit m'apparaît tel un balancier. Tantôt l'un triomphe, tantôt l'autre. Mon esprit est quelque peu fatigué de suivre l'actualité. Il demeure toutefois à l'affût de toutes informations pouvant me distraire, telle une drogue forte causant une addiction et une léthargie profonde. C'est surtout en période électorale que les informations fusent de toutes parts. Les nouveaux récits attirent notre attention et celle de la cote d'écoute des diffuseurs et des publicitaires. Il vaut mieux toutefois être plus informé que pas assez. Les gouvernements et les élus sont à l'image de nous-mêmes. Dans quelques jours, il y aura un sérieux brassage de cartes et de chaises. Et nous verrons des coupures et des restrictions budgétaires d'un côté et des investissements de l'autre. Et tout reviendra comme auparavant pareil, à quelques différences près. Cette nouvelle mouture nous donnera une fois de plus l'illusion que tout a changé. Or, les véritables décideurs demeurent les actionnaires des grandes banques, des grandes entreprises et des milliardaires qui les possèdent. C'est eux qui en réalité tirent les ficelles. En bout de ligne, ce ne sont pas tant les résultats qui comptent que la manière et la façon de procéder. C'est le nouveau chemin qui offre de l'espoir et non pas la destination finale. Il n'y a jamais de finalité sauf dans la mort, sauf pour les croyants. Les vents soufflent forts. Mes fenêtres se ferment. Et je médite.


24 septembre |

Pour qui voter aux prochaines élections provinciales ? Il y a le choix du meilleur député de comté ou bien le vote stratégique pour faire élire le parti qu'on veut qui gouverne. Au même moment et de l'autre côté de la frontière, le gros imbécile heureux perd de plus en plus ses plumes devant les démocrates. Et si les démocrates gagnent les deux chambres, il est possible que ce vil dictateur se fasse destituer de sa présidence. Personne ne le regrettera. Au Québec, il est curieux que plusieurs personnes votent pour un parti séparatiste sans vouloir la séparation du Québec du Canada. Cela prouve une fois de plus notre ambiguïté devant nos choix. Ne croyez vous pas que depuis quelques années, on vote pour le moins pire ?Beaucoup de citoyens font leurs choix de façon émotionnelle sans vraiment comprendre les enjeux et les règles. Il m'est impossible d'écrire plus longtemps étant affligé de douleurs au bras droit. Le syndrome du marteau cela s'appelle, rien de grave si je n'abuse de mon bras quelques temps. Cela ne m'empêchera d'aller voter dimanche pour que la démocratie s'exprime. Je suis très fier aujourd'hui. L'an dernier, j'avais contacté un organisme communautaire s'exerçant en arboriculture en les mettant en contact avec l'administration de mon immeuble afin de planter des arbres et des arbustes. À ma grande surprise, ce matin des employés étaient à l'œuvre pour planter une quinzaine d'arbres dans la cour arrière. De plus, il y a deux ans, j'avais pris des dispositions pour que la ville plante des arbres en face de l'immeuble, ce qui a été fait avec bon goût. Ce matin, j'ai aussi eu la confirmation auprès du technicien forestier de la ville que la haie derrière l'immeuble soit entrenue et revitalisée. Ce gros bâtiment où je pose mes pénates à chaque soir fut construit sur deux périodes. Le plus ancien des deux était l'école Notre-Dame-du-Chemin. Une grande croix de l'époque sur la toiture a résisté au temps. Ce geste fait de moi un citoyen responsable en agissant en conséquence. Cela me motive pour aller de l'avant afin d'harmoniser et d'embellir le gîte que j'habite depuis 32 ans. Et oui, le temps passe vite. C'est parce que le quartier me plaît et que j'y retrouve de nombreux avantages. Ne soyez pas inquiet de mon absence sur le blogue, je vous reviendrai aussitôt que mon bras sera remis de sa torpeur à force d'écrire excessivement avec le doigt sur mon téléphone. Étant incapable d'écrire sur mon portable de longues heures, je préfère écrire sur mon téléphone, malgré le fait qu'il y a certains inconvénients. C'est ce qui arrive en développant certaines habitudes et gestes répétitifs. Les choses n'arrivent jamais pour rien. J'interprète cela comme un signe pour me reposer quelque temps. Enfin, le soleil finit toujours par briller. Quelques écureuils. Poussière sur la ville. T'écrire ce soir.


20 septembre |

Du cyclotourisme, j'en ai fait beaucoup. Des routes, j'en ai franchi, comme si je n'avais fait que ça. Non pas en distance, mais dans de multiples endroits fort différents les uns des autres. Que ce soit au Québec, dans d'autres provinces canadiennes, dans plusieurs pays d'Europe et dans pas moins de dix états américains, j'aurai explorer des tas de parcours des plus magnifiques. En scrutant les guides de vélo et les cartes routières, je ne vois plus beaucoup d'endroits que je n'ai pas traversés de fond en comble. Toutes ces randonnées m'ont comblé de bonheur. Or, il m'arrive que je ne sache plus où aller qui soit de l'ordre de la découverte. Je fais encore de très longues distances sans m'épuiser, mais je n'ai plus envie de faire deux journées consécutives à vélo. Je prends connaissance qu'une importante étape pour moi vient d'être franchie cet été. Bien que tout cela représente encore un intérêt majeur pour moi, le besoin de me poser un peu plus se fait sentir davantage. J'ai moins le goût de partir de tout côté rapidement le matin en voyage. Or, je ne regrette rien, reconnaissant que je devais passer par là pour arriver ici et maintenant. Accepter ce qui est. Être celui que je suis et non pas celui que je voudrais être. Ma quête des six dernières années en campeur a fait de moi un animal à l'affût recherchant toujours de nouvelles sensations et découvertes. J'ai souvent traversé rapidement un tas d'endroits au lieu d'être simplement là dans mon corps et dans le paysage. Je suis devenu une éponge à mon insu en voulant toujours accueillir davantage. Tout ce que je traversais, je me demande si j'étais vraiment à l'écoute de mon corps. C'est pas étonnant qu'aujourd'hui mon corps est devenu plus lourd de fatigue. Je ne désire pas être trop dur avec moi-même dans cette rétrospective. Je trace mon bilan des six dernières années afin de mieux repartir sur une base plus solide au lieu de toujours répéter les mêmes gestes et habitudes. Je m'étais fait une idée de l'aventure. Or, ce que je n'avais pas compris, c'est que je devais m'adapter à chaque instant, à chaque étape. Je m'étais figé dans une croyance et une certitude, n'écoutant que très peu les signes avant-coureurs d'une fatigue annoncée. Tout cela est le chemin de l'apprentissage et de l'expérience. Il y a aussi l'âge qui est censé m'indiquer devoir ralentir, chose que plusieurs font bien avant moi et que je tarde à faire. Aujourd'hui, je comprends tellement de choses. La plupart du temps, ça prend une sérieuse crise pour prendre le virage nécessaire. Plusieurs agissent tristement ainsi et d'autres se réveillent malheureusement trop tard. On ne doit jamais remettre à demain ce qu'on peut faire maintenant. Je choisis maintenant d'éviter de rester figé et de m'identifier dans mes idées, mes pensées, mes désirs, mes croyances, mes émotions. Laisser être, laisser couler la vie qui me traverse. Ne pas tenter de retenir quoi que ce soit, qui que ce soit. Les prochains voyages ne seront plus jamais pareils désormais et ce, même si je voulais qu'ils restent inchangés dans ma façon d'être, d'agir et de penser. De cette façon, je percevrai le temps et les choses bien différemment. Il y a tellement de choses que je n'arrive pas encore à comprendre. Mon problème, c'est d'essayer de comprendre, d'analyser au lieu de vivre. La vie ne se comprend pas, elle est, elle vit, elle se vit.


19 septembre |
St Samuel d'Horton, Centre du Québec

Le maïs est coupé. Oiseaux partiront demain. Et moi je reste. Très tôt, je suis parti pour St-Samuel d'Horton dans le Centre-du-Québec. Comme d'habitude, car il en faut bien des habitudes, mon vélo m'accompagne. Plusieurs villages du Québec ne sont pas très riches, mais ils le sont de courage et de cœur. Sur une distance de 77 kilomètres, j'ai fait une boucle pour atteindre les villages suivants. St-Samuel, Ste-Clotilde d'Horton, Ste-Séraphine, Kingsey Falls, Ste-Elizabeth-de-Warwick, St-Albert et St-Valère. Les fermes sont gigantesques de ce côté. D'immenses silos à grains jalonnent allègrement les petits rangs. Parsemée de champs de maïs à perte de vue, cette région a été largement déboisée. La région de Warwick et les environs est réputée pour créer les meilleures fromages de toute la province. Un minuscule village fort joli est sur ma route. Ste Elizabeth-de-Warwick me réserve une surprise avec son presbytère transformé en fromagerie en face d'une excellente épicerie fine remplie d'histoire et de sourires joyeux. Une pause s'invite sous les grands arbres parsemés de tables à pique-nique. Le soleil est abondant et l'air est frais. Depuis un mois, j'écoute de la musique classique toujours en pédalant joyeusement. Le soleil, les paysages, la musique et mon souffle s'allient tous ensemble pour créer une harmonie. J'arrive tôt. Je m'installe dans un splendide et grand terrain gazonné adossé au centre communautaire de St-Samuel. Je bois une bière sans alcool et je m'endors sur mon tapis de nylon sous le chaud soleil de fin d'après-midi. Comment pourrais-je trouver quelque chose de mieux que quelques jours à la campagne assis sur mon vélo ? Je mène une vie fort simple. Je n'ai jamais connu autre chose. Il m'est difficile de lire et d'écrire des ouvrages ardus pendant ces séjours-là. Or, il me plaît de décrire mes escapades en voyageant sur les chemins de traverse un peu partout que le hasard m'amène. Le plaisir se prolonge ainsi. Je fige le temps en prenant des photographies. J'ai toujours aimé prendre des clichés que je conserve dans différents fichiers méticuleusement classés. J'aimerais bien pouvoir partager mes meilleures images dans un musée ou dans un centre culturel. Comme c'est pas facile d'entrer dans ces galères, alors je les mets sur internet. Mais sur la toile, il y a tellement de contenus que les gens sont devenus blasés à force de voir des quantités astronomiques d'images. La culture se dilue et s'atrophie dans cette toile qui ne cesse de se répandre. À bien y penser, quelles sont les principales raisons pour lesquelles je voudrais que les gens contemplent mes photographies ? Recevoir de la reconnaissance, obtenir davantage d'estime de soi, flatter mon égo, devenir célèbre et populaire et puis encore. Mais il y a une chose dont je suis certain, c'est que j'ai toujours eu le goût de transmettre de la beauté, de la culture et ma vision du monde. Cette nuit, le thermomètre descendra près du point de congélation. Mon habitacle est bien isolé et des rideaux thermiques me protègent du froid. Ce que je vis avec le campeur depuis six ans est une formidable expérience que je vis dans la simplicité et l'autonomie complète. Seul un plus grand habitacle me plairait davantage, mais à quoi bon y penser, car il y a toujours quelque chose pour être insatisfait. Et je regarde maintenant le verre à moitié plein au lieu du verre à moitié vide. Si je n'avais pas ce petit bidule-là, je ne pourrais pas profiter de tous ces lieux extraordinaires que je traverse. Je serai obligé de toujours marcher à la file indienne sur des chemins fort fréquentés, tout comme chez moi dans la grande ville abracadabra. Je suis rempli de gratitude envers la vie et ce qu'elle m'a offert et qu'elle continue de m'offrir. L'heure vient de sonner pour me mettre au lit jusqu'au petit matin où d'autres belles balades m'attend à travers les champs.


18 septembre |

Dans la connaissance de soi, nul ne peut être libéré ni de l'ignorance ni de la souffrance. La véritable connaissance de soi passe en premier par la connaissance de ses pensées et de ses origines. On ne peut pas se connaître si l'esprit est encombré. Nous ne pouvons voir le fond du lac lorsque l'eau est brouillée. Dans le livre de la méditation et de la vie, Krishnamurti nous rappelle les règles de la liberté et de la connaissance de soi. Pourquoi est-ce que je tente de faire appel à une autorité pour me tendre la main et me sauver ? Or, nous avons toujours besoin d'un autre pour nous offrir des conseils ou nous servir de miroir dans les moments difficiles. Que demander à un ami, par exemple, qui ne soit pas dans l'ordre de la dépendance ? En ce sens, l'amitié ne représente aucun gage d'échange de services. L'amitié doit être désintéressée en respectant les limites et les choix de l'autre. J'ai toujours cru que tout pouvait se dire. L'essentiel est dans la manière de dire les choses afin de ne pas heurter son interlocuteur. Un copain me confie de n'avoir aucun besoin d'amis et que sa famille lui suffit amplement. Je peine à comprendre son interprétation de l'amitié. C'est dans l'ordre qu'il mène sa vie et il libre de ses choix. Ici, je donne mon opinion en évitant de critiquer et de juger. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas à m'immiscer dans ses choix et ses intérêts. En réalité, ce que j'apprends n'est qu'une simple expérience. De cette façon, je me dissocie d'une émotion qui ne mérite pas de perdurer inutilement. Toutefois, en amorçant le dialogue sur ce sujet, cela me permet d'apprendre davantage sur moi-même et les relations que j'entretiens. J'ai toujours eu un doute sur l'autorité que les gens pourraient exercer sur moi. J'ai toujours eu un grand besoin de m'autosuffire et de m'affranchir de toutes autorités. C'est plus facile à dire qu'à faire, surtout lorsque l'esprit est fragile et encombré. Il va sans dire que si je roule comme sur des roulettes, j'ai moins besoin de demander quoi que ce soit à personne. La confiance entre deux personnes ne peut s'établir que dans le temps et à l'aide d'une connaissance approfondie de soi. La confiance entre deux personnes s'établit lorsque la volonté de créer une relation et d'établir un dialogue est réciproque. Or, sachant que rien ne dure, il est préférable de s'ancrer dans le moment présent. C'est en considérant la qualité du moment présent l'un à l'autre qu'une saine relation peut s'établir. Nos expériences sont le résultat du conditionnement auquel nous avons été soumis. Ces expériences nous ont offert des croyances et des idées bien enracinées. Nos valeurs sont soumises à nos expériences, c'est-à-dire à notre passé. Si nous acquérons des expériences, c'est bien sûr pour nous en servir, cela semble évident au premier réflexe. Là est l'importance de bien comprendre le processus qui se trame souvent dans l'inconscience. Puis-je me fier à ma culture, mon cercle social, ma famille ou mes croyances ? La véritable révolution intérieure ne peut s'exercer qu'à partir du neuf. Pour que cet état se manifeste, l'esprit doit être complètement vidé de tout passé ; il n'y a alors plus ni analyseur, ni expérience, ni jugement, ni aucune autorité d'aucune sorte. Afin de mieux me connaître, je fais appel à la littérature et aux relations que j'ai, aussi minimes soient-elles. Ce n'est ni dans l'isolement ni dans le repli que l'on découvre sa vraie nature, mais dans les liens de relation, avec sa famille, ses amis, l'humanité, dit Krishnamurti. Pour connaître ses propres réactions, ses propres réflexes, il faut faire preuve d'une vigilance d'esprit, d'une acuité de perception hors du commun. Je crois posséder ces facultés profondément en moi, mais elles sont distraites du fait d'être trop souvent absentes du moment présent. Il faut se connaître tel qu'on est et non comme on voudrait être. Vouloir être n'est qu'un idéal et une fiction. C'est pourquoi il faut se méfier des politiciens. La politique est un exercice essentiel de démocratie qui démontre les valeurs que nous possédons dans le vivre-ensemble. Les politiciens sont le reflet de ce que nous sommes. C'est un mal nécessaire dans le sens que tout ce qui se dit n'a parfois rien à voir avec la réalité et les faits. Se connaitre réellement exige une extraordinaire rapidité de pensée, car ce qui est subit de perpétuels changements et, si l'esprit veut adhérer à cette course, il ne doit pas commencer par s'attacher et se fixer à des croyances. La connaissance de soi est la découverte, instant après instant, du mécanisme de l'ego, de ses pensées et de ses appétits. L'expression de mon expérience prouve l'ignorance et l'acceptation de l'illusion. Le livre de Krishnamurti prend la forme d'un journal et qui, à chaque jour, évolue dans une constante lucidité et un profond discernement. L'état créateur n'existe qu'en la connaissance de soi. Nos pensées sont conditionnées par nos expériences, notre culture et le réseau social, économique ou familial. Il est important d'être conscient de tout ce processus, si nous voulons vraiment nous libérer. Ce n'est qu'en prenant conscience seconde par seconde de ce qui est vrai qu'a lieu la découverte de cette réalité hors du temps, éternelle. Dans la connaissance de soi, l'éternel ne peut être. La connaissance de soi ne s'acquiert pas dans l'effort. Je suis conscient que tous les mots et idées que je convoque et partage dans le blogue ne sont qu'une infime partie de la réalité. C'est le processus le plus simple que j'ai trouvé pour y arriver. L'esprit qui analyse, qui calcule sans cesse, n'est pas un esprit simple et n'est pas capable de se libérer. Or, il m'est d'usage depuis quelques années d'utiliser les idées, les mots pour tenter de me comprendre. Et pourtant, il ne suffirait que de rester silencieux et tranquille en méditant et à contempler chaque seconde qui passe, seul ou réuni pour apprendre ce que veut dire un esprit simple. Ce n'est pas en accumulant des connaissances et des informations qu'un esprit se libère. Et si les mots et les idées étaient nécessaires pour ne pas rester complètement dans le vide et le silence. Et puis, si cet usage n'était qu'une simple et nécessaire étape avant de passer à autre chose ? Je perçois ma propre évolution depuis quelques mois. Je comprends qu'emmagasiner, condamner, juger, critiquer et peser ne faisait pas de moi une personne libérée et sereine. N'est-ce pas là le signe d'une résurrection qui veut germer des profondeurs de mon ignorance ? La confiance en moi ne doit pas passer sous le piège de l'ego, des illusions et des fausses croyances. Carpe diem !


17 septembre |

Pour écouter un oiseau chanter, il faut que l'esprit garde le silence. L'esprit ne peut pas être silencieux complètement, mais il peut réussir à diminuer le nombre de pensées. Même lorsqu'il dort, il fait beaucoup de bruit dans les rêves qu'il provoque. Je rêve beaucoup. C'est lorsque l'écoute est absente de toutes idées ou jugements que l'on peut comprendre le vrai du faux de l'orateur. Toute discussion devient inutile alors. Comment est-ce que j'écoute ? Mon écoute est variablement reliée à mes pensées, mes émotions. De là l'importance de ramener son esprit à l'ordre, sans le juger, ni vouloir le taire. Est-ce qu'écouter, c'est le prix d'un effort ? Cet effort n'est-il pas une distraction qui empêche d'écouter ? Krishnamurti a dit de ne pas essayer de devenir quelque chose, quelqu'un ou de figer une expérience. Pourquoi alors est-ce que je fais des efforts lorsque j'écoute ? Les réponses se retrouvent dans l'histoire de mon passé, de mes expériences. En agissant ainsi, je répète le passé en restant figé dans quelque chose qui n'existe plus. Bien entendu, diriez-vous, je ne suis pas obligé d'entendre tout ce qui passe par mes oreilles. Et pourtant en faisant cela, je n'accepte pas ce qui est et je me fragmente. À la moindre contrariété, je porterai un jugement, ce qui aura pour conséquence de m'isoler de la réalité. Dire je dois, c'est me mettre en conflit avec moi-même. Le conflit survient lorsque je résiste ou que je porte un jugement. Je ne parle pas ici d'esprit critique, car cela est nécessaire pour savoir discerner le vrai du faux ou pour détecter le danger. Mon écoute est profonde lorsque je lis un auteur qui m'apprend quelque chose. Cette question n'est pas simple. L'important, c'est de se mettre à l'écoute de moi-même lorsque l'orateur parle. Si je n'écoute que l'orateur, je n'apprendrai rien sur moi-même. Un réel dialogue s'effectue dans cet équilibre. Depuis quelques temps, je me surprends à moins réagir aux événements qui surviennent. Ce n'est pas tant de comprendre l'événement qui surgit que de me comprendre moi-même dans ce dit événement. La pleine conscience permet de diminuer les souffrances liées à toutes sortes d'événements qui viendront tôt ou tard nous bousculer. Si mon écoute est faible, c'est parce que mon esprit n'est pas libre pour entendre. Et s'il n'est pas libre, c'est qu'il est encombré. Il est inutile alors de me juger. Je n'ai qu'à porter davantage attention la prochaine fois en évitant de m'identifier sur malentendant et à l'égocentrique. La lecture m'offre cette capacité à écouter dans le silence. Lire me permet de taire mes ruminations en portant mon attention sur quelque chose de concret, non pas le sujet de mes lectures, mais dans le geste de lire. Apprendre pour moi, c'est la capacité de penser clairement, librement, sans illusions ni aucunes attentes. C'est me fonder sur des faits et non sur des croyances et des idéologies. En cette période électorale, il y a énormément d'opinions et d'idées de tout acabit, qui ne sont pas des faits. Cela prend beaucoup de discernement pour analyser les faits. Certains bons journalistes y arrivent. Les sociétés ne pourraient se passer d'eux, sinon ce sera le chaos. Il faut bien faire attention en livrant son opinion ou prendre pour acquis les opinions d'autrui. Si l'on ne se connait pas soi-même, l'ordre est impossible, il n'y a donc point de vertu, nous indique Krishnamurti. Apprendre, cela se passe toujours dans le vif du présent : ce savoir-là est sans passé. Dès que je me dis : j'ai appris, je viens de basculer dans le champ du savoir et sur les bases du savoir, je peux accumuler, traduire, mais pas apprendre. Et si j'agis ainsi, je ne fais que regarder les choses et les gens d'un regard déjà voilé par le passé. Détruire, c'est créer. Je parle de notre environnement psychologique, avec ses défenses conscientes et inconscientes. Pour comprendre les formes d'autorité établies, il faut avoir l'esprit très acéré, et un cerveau qui ne soit pas engourdi, mais lucide. Aujourd'hui, au centre d'entraînement, j'ai posé la question à pleins de gens à propos de qui ils allaient voté aux prochaines élections. J'ai trouvé l'exercice très enrichissant. Au lieu de critiquer ceux qui ne pensent pas comme moi, j'ai tenter de comprendre ce qui se passait en moi-même en discutant. Ceci a donné lieu à un partage intéressant et apprécié pour ma part et cela, dans une écoute beaucoup plus profonde.


14 septembre |

L'homme qui ne cesse de s'abriter derrière ses connaissances et ses expériences n'est pas un chercheur de vérité, disait Krishnamurti. Pour découvrir le neuf, l'esprit doit être tranquille et désencombré du passé et de ce qui le constitue. C'est le seul moyen pour découvrir l'intemporel et ce qu'il cache. Est-ce que j'apprends si je fais que répéter des choses que j'ai apprises ou penser ? Il n'y a rien de neuf là-dedans. On croit généralement que la compétition incite à apprendre, alors que c'est l'inverse qui est vrai. La compétition empêche d'apprendre et engendre la peur. On l'a bien reconnu avec les témoignages ravageurs d'experts en intelligence artificielle qui nous prédisent un malheur si des mesures de sécurité ne sont pas prises concernant son développement. Trump a aussitôt affirmé que ces scientifiques n'étaient que des fauteurs de troubles en voulant empêcher le développement de l'intelligence artificielle. Son argument, bien en deçà du plus simple raisonnement, est de compétitionner avec la Chine pour être les meilleurs, les plus puissants et les premiers. Toujours en tête le profit et le pouvoir ne peut que conduire à des dérapages qu'une masse critique d'américains ont l'habitude de faire. Et ils ne sont pas les seuls. Rien ni personne ne pourra égaler ce président de la stupidité et de l'arrogance. Ce n'est pas la justice qui peut déloger les imposteurs, mais le peuple en se levant debout devant ce personnage corrompu, cruel et ignoble. Apprendre n'est jamais un processus d'accumulation, c'est un mouvement perpétuel. On apprend à mesure qu'on avance sur notre chemin. La vérité, si elle existe, ne peut que résider dans l'instant présent. Un esprit neuf ne peut vivre et s'adapter que dans l'instant présent. Mes jours joyeux, qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui, se sont toujours effectués dans mon ressenti et l'instant présent. La jeunesse a ceci de magnifique et d'exemplaire qu'elle n'agit pas en fonction du passé et de ses expériences. Pourquoi ai-je tant de difficultés à me laisser aller complètement ? Il est probable que c'est tout le bagage du passé et de mes expériences que je porte sur mes épaules qui ont trop de poids sur mon esprit et mon corps. C'est peut-être pour cela que je ressens davantage de chaleur que de fraîcheur dans mon corps au fil des années. Vieillir est un art. Vieillir nécessite de la force, de l'imagination et du lâcher-prise. La liberté ne s'achète pas ni ne s'accumule, mais se mérite. Krishnamurti en a fait son thème principal, lui qui trône au milieu de ma bibliothèque en me servant de phare et de refuge. La parole du maître est incontestablement intemporelle et fraîche comme l'eau du jour. Ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Ceci évoque l'état actuel des choses en ce qui me concerne. J'écris pour me rassurer et pour me convaincre que je ne suis pas idiot et complètement seul. En écrivant, j'ai l'impression réelle d'être actif et d'aller dans la bonne direction. Mais ce que j'oublie parfois, c'est qu'à chaque jour qui passe, je dois toujours recommencer. Voilà une autre forme de résurrection ou bien quelque chose du genre.


13 septembre|

Sénèque a dit que c'est par les contraires que la permanence des choses se maintient. Je suis à court de livres. Je passerai à la bibliothèque prochainement. En attendant, je revisiterai quelques bouquins de ma réserve. Les deux derniers m'ont semblé trop sombres et ennuyants. Parfois, il est mieux de laisser reposer un livre quelques jours, car je nous n'avons pas toujours les prédispositions de le lire au moment d'ouvrir les pages. Rien ne n'y oblige à le lire au complet. Que quelques paragraphes peuvent très bien faire l'affaire. Les deux dernières journées passées à la campagne à faire du vélo et prendre des images m'ont fait grand bien. Bien que je tente du mieux que je peux de rester dans le moment présent, j'éprouve quand même le goût de me projeter dans mes prochaines excursions à venir. C'est petits projets qui me stimulent. Une fois sur la route, l'instant présent me révèle toute sa candeur et ses surprises. Ce qui est nouveau dans cette excursion, c'est que j'ai passé une grande partie de la journée à ne rien faire, sauf à contempler le paysage qu'il y avait autour de moi. Il y a de ces endroits où l'énergie est tellement forte que je peine à déguerpir. Je note dans un fichier, les endroits où j'ai connu une forme d'extase, comme fut le cas des derniers jours passé à Issoudun, tous les éléments étaient présents. C'est dans la pleine conscience et mon attention que je réussis à trouver ces petites perles sur la route. La plupart du temps je suis mon instinct. La suite de mes escapades se fera davantage dans la lenteur. Ceci est écrit dans le ciel. Après mûre réflexion, je constate que je suis arrivé à un point tournant avec l'usage du campeur et de mes intérêts actuels. Or, je ne prédis pas l'avenir. Serais-je en train de devenir sage et d'écouter davantage mon corps ? Les deux dernières journées d'excursions ont été bien différentes de celles qui l'ont précédées. Chaque chose en son temps. Je ne regrette en rien tous les voyages déjà effectués, au contraire, cela me permet de savoir où j'en suis au moment d'écrire. Or, je répète, je ne connais ni ne prédis l'avenir. L'avenir n'existe pas et le passé n'existe plus. Ne reste que le présent où je me réjouis d'en faire partie au moment de vous écrire. Carpe diem.


12 septembre | 
Notre-Dame-Sacré-Cœur- d'Issoudun, Lotbinière, Chaudière Appalaches

Sur le frontispice du temple de Delphes est écrit : connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux. Dans cette phrase, tout est dit. Rien n'est, tout devient, disait Lao-Tseu. Au fait, il n'est pas certain qu'il ait existé. Le travail sur soi ne peut jamais être terminé, car tout change constamment. Aussitôt qu'on croit acquérir une vérité, la minute qui suit, elle devient obsolète. Ce n'est qu'à la retraite qu'on cesse de jouer des rôles. Le choc est brutal au début. J'ai connu ça porter un masque dans un rôle prédéfini. Un jour le masque s'est mis à se fissurer à toujours jouer le même rôle. Et puis, j'ai ressenti la peur de perdre quelque chose qui me maintenait dans le passé. Je m'étais figé dans un rôle qui n'avait plus sa raison d'être. Et puis, je me suis accroché à mon rôle dans une virulente détermination, jusqu'au moment où le barrage a cédé. Le problème que j'ai vécu s'affichait dans de trop grandes certitudes, malgré les ombres qui planaient à force de rester dans les mêmes stratagèmes. Je n'avais pas compris que les autres changeaient autour de toi, tandis que je restais coincé dans ce rôle qui devenait de plus en plus inapproprié. Un jour, j'ai réalisé que j'avais un certain pouvoir sur les autres dans la manifestation de mes tâches. Ce pouvoir m'a conféré de surcroît, un pouvoir que j'avais sur moi-même. Lorsque je perdais ce pouvoir sur autrui, je me suis effondré en perdant le pouvoir que j'avais sur moi-même. La confiance en soi a pris un dur coup. Je venais de perdre le rôle que j'avais revêtu sur des décennies. Dès lors, je n'ai jamais cessé de me chercher et de comprendre  mon désarroi d'être à nouveau seul, fragile et désuni. Et puis, j'ai retrouvé confiance à l'aide d'un projet qui m'a tenu six longues années. Depuis, je suis revenu à mon point de départ, cherchant désespérément mon équilibre. Ensuite vinrent les lectures et les apprentissages. Dans l'action, j'ai voulu aller trop vite. Ce n'est que depuis quelque temps que je prends conscience de choses importantes en lien avec le moment présent. Toute connaissance authentique relève de l'expérience. Une expérience ne se transmet pas, elle se vit. Les expériences furent nombreuses dans ma vie. Le problème c'est que je n'ai pas toujours appris des dernières, répétant sans cesse les mêmes rengaines. Or, me cogner sur la tête ne me servira à rien. Un jour à la fois suffira à l'homme qui tente de devenir sage. Si l'univers n'était pas l'expression d'une cohérence, comment aurait-il pu d'ailleurs exister ? Tout notre être est cohérent, sauf nos pensées. Mes peurs ne m'ont pas jamais permis de me conformer, loin de là. Cette belle journée se termine dans un petit village paisible après avoir parcouru près d'une centaine de kilomètres à vélo dans la région de Lotbinière. C'est dans le calme de cette magnifique soirée que je réfléchis au parcours qui a fait de moi celui que je suis devenu. Adossé au cimetière du village, les morts ne m'embêteront pas. J'espère qu'il n'y aura pas un petit malin ou un revenant qui viendra sonner les cloches de l'église cette nuit, juste à côté de moi dans l'herbe grasse de cette belle fin d'été.


11 septembre |

J'aime les bains de soleil, surtout lorsqu'il ne fait pas trop chaud. Septembre est le mois idéal à cet effet. La santé publique ne s'intéresse pas autant à la santé des gens qu'aux subventions accordées à ce ministère. Les raisons, diront-ils, c'est le manque d'argent pour subvenir aux besoins des gens et surtout à la prévention en amont. Les discours des élus parleront davantage d'économie et de prospérité. Or, il s'avère que faute de prévention et d'éducation populaire, il en coûtera beaucoup plus cher à la société de régler le problème une fois le mal installé. Le Canada possède une démocratie libérale capitaliste dotée d'un important état-providence. La description de cet état changera-t-elle à constater la vitesse où va la privatisation ? Les services publics sont rendus à ceux qui sont très mal en point, mais pour le reste, ce n'est pas eux qui feront évoluer la société. Heureusement que les groupes communautaires existent dans cet univers humain asséché par la recherche de pouvoir et d'intérêts où tous sont confinés d'avancer seuls ou presque. Si par malheur, l'éducation fait défaut en bas âge, la pente sera plus abrupte à remonter plus tard. Certains diront qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Bien sûr que j'y crois, mais que d'efforts à redresser un arbre mature. Depuis Platon, le terme idéalisme est apparu. C'était le monde parfait des idées face au monde ignare des humains enfermés dans leur caverne obscure. Qui n'a pas rêvé d'idéal ? Le véritable idéal ne peut s'atteindre qu'au moment présent et puis encore. Dualiste, le monde occidental est fragmenté, divisé. Le Tao chinois englobe, absorbe et intègre tout de la vie. On parle davantage de d'unité dans la culture orientale. Dans le monde Tao, celui qui connait ne parle pas et celui qui parle, ne connait pas. La connaissance ultime se fond dans le silence absolu : aucun signe, aucun mot, aucun concept ne peuvent exprimer ce qui vit au-delà de tout mot et de tout concept. Phillipe Constant, dans la préface de son livre Cher Lao-Tseu, me divulgue dans un langage propre à l'Occident l'essence même du Tao avec des mots afin de pouvoir ressentir et comprendre une partie de cette réalité. Tao désigne un prénom qui signifie longue vie. Le Tao est une désignation de la philosophie orientale taoïste. Le taoïsme est l'enseignement de la voie de la sagesse qui est un des trois piliers de la pensée chinoise avec le confucianisme et le bouddhisme, et qui se fonde sur l'existence d'un principe à l’origine de toute chose, appelé Tao. Ceci est un univers qui m'interpelle et que je ne connais pas vraiment. L'auteur distingue Tao avec Dieu dans son ouvrage et qui me fera plaisir d'arpenter pour découvrir cette voie. Le Tao est le tout-vivant où tout coule. Les grecs ont préféré parler de l'être absolu et parfait pour décrire la vie dans son entité et qui allait devenir Dieu le Père ou Allah. Pour les taoïstes, une vie achevée est la mort, car toute vie est en devenir. Et la mort n'est qu'une pure illusion pour Lao-Tseu. Le yin et le yang n'ont rien à voir avec la pensée occidentale, qui est empreinte de dualité. Le yin et le yang dans le Tao sont indissociables en formant deux pôles distincts de la vie. C'est par l'intermédiaire de lettres dans le livre entre Lao-Tseu et Olivier que se transmettra l'essence même du Tao destinée aux Occidentaux. L'oiseau disparaît. Plus aucun ne reviendra. Je pense aussi.


7 septembre|

Je viens d'adopter un lieu qui me ressemble en face du kiosque champêtre au grand parc. À quelques rues de la maison. Mi ombre, mi soleil, cet endroit me comble de bonheur. Allongé sur ma grande et belle couverture orientale et quelques coussins. Des passants circulent lentement sous les grands arbres. Le temps semble s'arrêter ici dans la douceur de la fin d'été. J'écris des haïkus alors que la musique du monde me déverse du sens. Tout y est. Ici, plus rien à attendre de quoi que ce soit, de qui que ce soit. Une grande famille pique-nique à côté. Mon père m'amenait manger dans le grand parc des sandwichs au jambon et de petits gâteaux à la vanille que ma grand-mère nous préparait. Mon père riait toujours, nous étions heureux. Les plaines d'Abraham ont toujours été mon deuxième refuge. Cœur et poumons prennent une pause dans cet oasis au milieu de la ville. Je réussis ici à fixer l'instant présent dans la beauté et le calme. Hier, nous avons fait du vélo, mon amie et moi, à la campagne. Tout a été éblouissant sauf le repas que j'ai fais qui était trop épicé. Le bonheur est là tout près dans la simplicité du geste retrouvé, de la parole silencieuse. Que dire de plus après cette randonnée sur des routes ravissantes et fraîches. Que dire qui ne pourrait interrompre le charme et la beauté du moment présent devant le coucher du soleil en haut de la falaise qui se jette dans le fleuve à côté de l'église du village ? J'aime regarder les gens dans le parc lorsqu'ils ne sont pas affairés. C'est aujourd'hui la fête du travail. Peu d'endroits existent comme celui-ci dans la cité. Frissons de saule. Vois comme c'est beau d'ici. Le temps s'arrête. - Marcher dans le bois. La lumière timide. Un passant reçoit. - La main tendue. Belle forêt sonore. Partir encore. - Un curieux songe. Le vent joue sur la lune. Pose la question. - Clair et intrépide. Le petit ruisseau chante. Merci d'être là. - Aimer la beauté. Fragilité notoire. Mon âme est plurielle. Et puis tout à coup je m'endors, tranquille et serein. 


Ce que je crains, c'est l'absence d'empathie et de bienvaillance, et donc de solidarité. À quoi serviront tous les beaux discours, s'ils ne servent qu'à diviser au lieu d'unir ? Pourtant un jour viendra, où une voix commune devra s'élever. C'est vrai en politique, en économie et en culture. Or, je ne suis pas le seul à constater la dérive de l'empire des humains. La vanité au cœur est grande de ceux qui tirent les ficelles, et on sait qu'ils sont nombreux. Il faut travailler davantage en amont, à commencer par éduquer réellement et à donner l'exemple au lieu de toujours gémir de façon chaotique. Il est utile, voire même urgent, de commencer par créer des groupes de discussion, puis d'attribuer des responsabilités en fonction des compétences avec le consentement des gens concernés. Il est utile de créer des contextes dans lesquels des gens différents sont amenés à collaborer et à vivre des choses ensemble. Les sociétés auront bientôt atteint une limite à se fragmenter et à se diviser. C'est en partageant des objectifs communs et des émotions avec des étrangers qu'on apprend à les apprécier et à se faire apprécier d'eux. Les slogans seuls ne suffisent plus, seules les actions demeurent. En mobilisant nos talents et notre volonté, on peut mettre en place des systèmes résilients parallèles de la société actuelle. Ce qui nous arrive actuellement avec nos voisins du sud devrait nous montrer la marche à suivre pour développer des modèles d'organisation collective et communautaire plus résistants et plus collaboratifs. Il faut prendre soin davantage des gens afin de créer des conditions de dignité individuelle et sociale. On doit repenser notre rôle dans la nature en tant que partenaire et non d'exploitants. Arthur Keller est jeune et surtout très doué pour développer des systèmes en cas d'effondrement de l'empire humain. Conférencier et expert, il travaille aussi pour créer des stratégies de résilience. L'ouvrage que je viens de débuter laisse la place aux intervenants et aux penseurs qui s'inquiètent de la marche du monde. Ensemble, ils tentent de trouver de nouvelles stratégies, non pas pour acheter mais pour racheter le monde. Je vous entends dire, encore des rêveurs, des utopistes ou des prophètes de malheur. Tous ses gens sont nécessaires pour offrir des solutions et tenter de corriger le tir. Il faut qu'on observe des passages à l'acte au lieu de regarder passivement le bulletin de nouvelles. Le temps est venu pour une véritable renaissance. Il y a des combats de fond à mener, des déconstructions mentales et des mutations culturelles à opérer, sans quoi le monde actuel ira à la dérive. La première résistance doit débuter par des groupes de réflexion et de philosophie pour nous apprendre à mieux penser. Il ne suffit pas ici de faire des gains ou avoir raison, mais de partager ensemble nos voix en dehors de vases clos. Discuter, échanger sur les vrais enjeux individuels et sociaux m'apparaît urgent pour diminuer le chaos ambiant. En bref , il s'agit de reprendre un pouvoir qui nous a échappé pour les tentations des valeurs marchandes et spéculatives. Le système actuel ne tient qu'à un fil. Observez s'affoler les décideurs et les administrateurs devant les menaces trumpistes. Ce ridicule et grotesque manipulateur a  vu le jour par notre vanité, notre ignorance et le vide que nous avons créé. Je sais bien que plusieurs s'attablent en ce moment en coulisse pour trouver des solutions durables. Mais pour les trouver, tout le monde, sans exception, est concerné par de nouvelles perspectives sans aucun autre intérêt qu'évoluer au lieu de disparaitre.


5 septembre |

Donner est-ce toujours un don de soi ? Comment expliquez-vous ce processus ? Il y a une rupture du don de soi dans la modernité en comparaison avec le christianisme à partir du XIIIᵉ siècle. Lorsque l'intérêt surgit, le don de soi disparaît. Il y a aussi l'expression qui dit ne pouvoir offrir ce qu'on n'a pas. Ceci est paradoxal en affirmant qu'on ne peut recevoir qu'en donnant. Il arrive que l'intérêt de soi soit devenu plus grand que l'altruisme dans la modernité. On pourrait même ajouter que l'intérêt devient une passion. Force est de constater que le désintéressement n'est plus aussi populaire qu'il l'a déjà été. Le système capitaliste et la chute du christianisme offrent moins aujourd'hui chez les gens le goût du don de soi désintéressé, sauf pour la mère et son enfant. L'image de soi, le narcissisme, la passion pour les intérêts, le fric et l'individualisme ambiant ne préconisent pas le désintéressement et le don de soi, comparativement à d'autres époques et d'autres lieux. Pascal disait que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Je crois qu'on peut toutefois donner si on a rien. La question n'est pas là. On a beau critiquer le christianisme dans son ensemble, mais les valeurs humaines qui ont dominé le monde pendant des siècles nous en proviennent, et plus précisément à partir du XIIIᵉ siècle. Dès sa chute, les valeurs humaines jadis véhiculées se sont transformées en valeurs marchandes sans toutefois devenir généralisées dans l'étendue du monde, bien heureusement. Les franciscains proviennent de cette époque, dont l'étymologie du nom provient de saint François d'Assise et qui fut un symbole fort du don de soi après la naissance de Jésus. Il a banni son père pour se donner entièrement à Dieu, par exemple. Le don de soi et la charité ont été institutionnalisés tout en contenant certaines lacunes et contradictions. Saint Thomas d'Aquin a dit que si le don était pour être admiré de tous, ce n'était pas une vertu mais un vice. Or, le don de soi est encore visible de nos jours, malgré qu'il perde son intensité et parfois même sa présence. Le don de soi faisait partie du sacrifice à Dieu et à son prochain. Le don de soi est considéré, dans la seconde moitié du christianisme, comme un travail sur soi et comme une œuvre à Dieu. Le don de soi devient alors une éthique et une morale sous l'égide du christianisme. On peut se demander si ce système de croyances était créé pour donner du sens et de l'ordre dans le monde qui, bien à des égards, était chaotique. Est-ce possible que ces nouvelles louanges servaient pour asservir le monde ou bien pour obtenir du pouvoir ? Le fanatisme chrétien s'étant réduit considérablement, le caractère sacrificiel du don de soi s'est aussi mis à disparaitre progressivement. Lorsqu'on parle de don de soi, c'est toujours associé au désintéressement. Je puise une partie de mes réflexions et de mes informations sur France Culture pour raffermir mes connaissances et mon esprit critique. Avis aux intéressés qui parlent, sans néanmoins aller au fond des choses. Le don de soi sacrificiel à Dieu n'est pas désintéressé car on obtient son mérite en échange, ce qui est curieusement paradoxal. Un don de soi par intérêt démontre de la vanité. Dans la Grèce antique, un pauvre ne pouvait pas faire un don de soi, car il n'avait ni la force ni rien à offrir. Tout cela a changé avec la naissance du Christ qui a profondément changé les valeurs sombres et partisanes de cette époque jusqu'à nos jours. Mais où en sommes-nous aujourd'hui avec le don de soi ? Je me pose réellement cette question depuis une semaine avec ce que j'ai à offrir. Une amie m'a dit que le don de soi est de s'occuper de quelque chose de vivant. Je n'ai pas de réponses faciles en ce qui me concerne qui soient de l'ordre du plus pur désintéressement, du moins pour le moment. Sur un tout autre ordre d'idée, j'avoue posséder une addiction pour le téléphone. Parfois, je me surprends à le fixer, comme si j'attendais quelque chose qui sorte de la boîte et pour me distraire. Une légère et bien étrange attente. Bien que j'écrive le blogue sur l'appareil chaque soir, je ne suis pas du genre médias sociaux en commentant un tas d'imbécilités à des gens qui ne savent même pas que j'existe et qui ne sont nullement intéressés à me connaître. À quoi bon alors parler tout seul devant un écran ? C'est plutôt le fil de l'actualité que je défile abondamment. À vrai dire, c'est ce que je préfère des médias, les nouvelles. J'écoute beaucoup de musique, chose que je ne faisais pas il y a à peine un an. Le plus difficile à la retraite, c'est de devoir remplir l'agenda pour éviter de fixer la fenêtre. Encore que c'est souvent plus attrayant que le téléjournal. Ça prend du courage pour vivre, de la volonté et de la force lorsqu'on voit ses facultés diminuées. Or, je suis bien vivant et en relative forme. Ici, je rumine, je n'aime pas ça. C'est pour ça que je pratique la pleine conscience. Mes pensées tournent en boucle, j'ai le vertige, la nausée. Aucun bruit ici-git. La pluie se met à danser. Et je vous écris. Une vapeur d'eau. La fleur est toute belle. Rien ne m'échappe. Le regard au loin. Jeune femme qui passe. Et le silence. Le haïku me permet de changer mon discours lorsque celui-ci devient trop lourd et peu profond. Dans la pratique du zen, le koan est utilisé pour freiner le mental. C'est une énigme, une question ou une courte affirmation n'ayant aucun sens pour tromper le mental afin qu'il prenne une pause ou qu'il se taise. Le blogue que j'entretiens exige beaucoup d'énergie mentale. Le koan et le haïku, tous deux orientales aident en ce sens pour freiner toutes analyses mentales superflues. De toute évidence, je ne dois pas m'identifier outre mesure à mes nombreuses pensées si souvent délétères. Je reconnais que je manque d'humour dans mes écrits. Parfois, je prends un livre plus léger qu'après quelques minutes, je le délaisse sans aucuns regrets et que plus tard, il prend rapidement la boîte à livres. Il y a beaucoup de boîtes à livres sur différentes rues de la ville. La plus riche et diversifiée que je connaisse est celle sur l'avenue Cartier. Elle est à l'image des gens qui y vivent. Ici les livres circulent vite, très vite. J'ai modifié quelques habitudes du genre à éviter de comparer, de faire des clivages du genre ça c'est bon, ça c'est mauvais, lui est bien et lui moins bien. Il est préférable de dire que c'est différent, qu'il est différent. Je ne suis pas un fan des spectacles d'humour ni même du théâtre. Les activités culturelles que je préfère sont de loin le cinéma et les ateliers de philosophie et de parole. J'éteins la lumière, où va-t-elle ? Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as. Lorsque tu n'as plus rien à faire, que fais-tu ? sont des exemples de koan. Les philosophes modernes me plaisent, car ils regardent et ils habitent le même monde que moi. Je ne dis pas que les classiques m'ennuient, loin de là. Des fois, je me demande si je suis intelligent. Sensible certes, mais intelligent, je ne saurais pas me situer. Les qualificatifs et les adjectifs s'expliquent en les comparant. Triste à dire. Je pourrais bien passer des tests pour obtenir un tableau précis sur mon intelligence, mais je préfère éviter, de crainte d'être blessé par de mauvais résultats. Lorsque j'étais enfant à l'école, les seuls soutiens étaient les orienteurs professionnels. On nous faisait passer une série de tests où il fallait cocher de petites cases pour répondre à une multitude de questions qui me paraissaient absurdes. Si on avait un problème, c'était dans la cour d'école que ça se réglait. Ceux qui cognaient dur n'étaient pas toujours les plus doués. Et ceux qui avaient peur d'eux non plus. J'ai très peu de bons souvenirs de l'école en bas âge et à l'adolescence non plus, m'affirmant naïvement dans la délinquance. Et puis à quoi ça sert de remuer tout ça ? Pour me rappeler d'où je viens et pour faire un parallèle avec où je vais. Mais ça ne sert à rien aussi, car je n'ai plus vraiment de but à atteindre à part de désirer être en paix et en santé. J'exagère, comme toujours, je suis un vétéran sarcastique. Or, mes combats ne sont et ne seront plus les mêmes à compter de maintenant, car j'en ai décidé. Il paraît qu'à tous les sept ans un nouveau cycle s'amène. Ça doit bien faire cela. Oh ! que le temps passe vite dans cette constellation. Mes humeurs ont changé depuis peu pour le mieux, je le perçois et le ressens. Avant que vous me le disiez, je sais que je parle pour rien dire ou presque. Je prends cela comme un genre d'intermède léger avant de poursuivre plus tard dans du plus costaud. Et pendant tout ce temps, je me demande comment préparer ma sortie du blogue pour la soirée. C'est plus difficile d'en sortir que d'y entrer. J'aime bien écrire en pensant que des gens me lisent, même si c'est peut-être le contraire. Si c'est une illusion, celle-ci je ne veux pas la perdre. Cela donne du sens dans quelque chose qui en a pas. Demain, je partirai avec une amie sur ma bicyclette céleste qui me fait rêver et me détend. Je vous y reviendrai avec des commentaires et des photos, comme à chaque sortie. Et si vous n'êtes pas là, je ferai avec, car c'est souvent comme ça que ça se passe.


4 septembre |

Étant confronté à une menace, l'organisme envoie un signal pour nous indiquer qu'il y a un danger. Or, notre corps ne fait pas toujours la différence entre une menace réelle et une fausse menace. On parle d'ailleurs de réaction de combat, de fuite ou d'immobilisation devant le danger. Notre réaction dépend moins de l'événement que du sens que nous lui accordons. Jusque là, ça va très bien. Le stress produit une quantité d'hormones afin de réagir. Le véritable problème surgit lorsqu'il n'y a vraiment pas de dangers et que le stress se répète. Je déborde de la philosophie à laquelle j'avais habitué mes lecteurs, s'il y a lieu. Il faut comprendre que jadis la philosophie et la psychologie étaient réunies dans un même champ d'études. Chacun d'entre-nous a d'ores et déjà utilisé les trois réactions énumérées précédemment. Qu'arrive-t-il lorsque le cerveau nous indique une menace éminente associée au passé qui ne s'applique plus ? Il y a les vieilles menaces qui nous ont troublés à différents niveaux, les uns n'ayant peu ou pas de séquelles et d'autres qui se sont imprégnées dans le subconscient, prêtes à réagir au moindre coup de vent. Une sorte de réchauffement du système nerveux se produit alors, altérant la réalité et la qualité de vie. Plusieurs sont manifestement concernés par ces faits. On ne cesse de nous raconter que le stress est le mal du siècle. C'est pour cette raison qu'une panoplie de médicaments allant des antidépresseurs, des psychotiques et des anxiolytiques jusqu'aux drogues illicites et légales de plus en plus fortes sont présentes actuellement. Je raconte tout cela pour en venir à la pratique de la pleine conscience. De nombreuses études ont récemment démontré qu'une telle pratique est largement bénéfique pour le cerveau. Pourquoi alors s'en passer ? La clé d'une telle approche contre le stress implique l'activation d'un système d'auto-engagement à se mettre à l'écoute de soi-même. Le cerveau est constitué de deux systèmes, le sympathique et le parasympathique. L'un agit comme un accélérateur et l'autre comme un frein, les deux s'équilibrant entre eux. Le problème, c'est lorsque le frein fait défaut devant un danger est mis à mal. Il devient primordial d'identifier et d'accepter les vieux schémas mal adaptés par défaut pour ensuite dissiper les ténèbres des réactions inconscientes par la pratique et qui, somme toute, ne requiert que quelques temps dans une journée. Je vais arrêter là sur le sujet, car il serait fastidieux de vous raconter les quelques 350 pages de l'ouvrage que je suis en train de lire. La psychologie est un grand et complexe domaine qui touche principalement les émotions et les pensées qui s'en trouvent affectées par différentes problématiques. Je crois fermement à l'auto-guérison, sans toutefois minimiser les aides extérieures. La pleine conscience est la plus simple, la plus facile et la plus accessible des approches à intégrer au quotidien pour reprendre le contrôle de sa vie. La pleine conscience permet de moins réagir à la moindre contrariété et de répandre le calme dans le corps-esprit. Une personne saine se reconnaît dans l'union de ce dernier. À vrai dire, je trouve ennuyeux mes propos ce soir. Bien que tout cela soit important et bien exprimé. La rationalité du dernier chapitre ressemble à quelqu'un qui éprouve de la difficulté à créer quelque chose de nouveau. À cela, je vais irrémédiablement passer à autre chose en vous souhaitant bonne nuit.


3 septembre |

Le monde offre des apparences de familiarité tout en cachant une terrible étrangeté. La croyance et la connaissance de l'être humain succombent également à un leurre qui se retourne contre lui. La vision va bien au-delà de la croyance et de la connaissance. La vision a un lien direct avec l'acte de créer. Combien d'entre vous ont ce sentiment étrange d'isolement, même si parfois nous ne sommes pas seuls ? C'est une question pertinente dans laquelle j'aimerais bien vous entendre ? Comment se fait-il que ce sentiment devienne plus fort chez les uns et pas chez les autres ? C'est une question que j'apporterai prochainement aux ateliers philosophiques et dont j'aurai beaucoup de bonheur à partager. Et comment fait-on pour y remédier, quand même que l'on est entouré de gens qui nous sont chers ? C'est dans la pensée que le mal s'enracine. Enracinée telle une blessure qui ne guérit pas, qu'arrive-t-il alors lorsqu'il devient difficile de rompre avec cette affectation ? Une souffrance devient plus forte si on tente impunément de la fuir. Et si cet isolement ressenti n'était qu'un souvenir refoulé qui n'existe plus ? Et puis un jour, comme par miracle, on devient moins seul avec soi-même par la conscience et l'apprentissage. Comment est-ce possible et quelle sera la nouvelle dimension de cet affranchissement ? Tôt ou tard, on n'a pas le choix de travailler sur soi et d'arrêter de fuir par en avant. Tôt ou tard, il faut bien avoir le courage d'affronter nos vieux démons avant qu'ils nous emportent en enfer. On ne pourra jamais savoir à quel moment aura lieu la renaissance. Je doute qu'une guérison totale puisse s'exercer. Il a fallu que quelques mots de Pierre Bertrand au sujet du sentiment d'isolement pour que les miens coulent comme un torrent. Et si l'écriture était l'élixir pour contrer les distorsions cognitives ? Or, la blessure fut réelle, mais ne devrait pas subsister au-delà d'un certain temps. Si tel est le cas, on parle d'un choc post-traumatique suivi de distorsions cognitives si les efforts ne sont pas mis en place pour y remédier. Il y a une chose à retenir, c'est qu'il y a toujours une cause à chaque problème et toujours une solution pour s'en sortir. Ressentir un sentiment d'isolement éprouve fortement celui qui le porte dans son intégrité et son rapport avec les autres. La réalité devient ainsi déformée à celui qui en est affecté en réduisant sa capacité d'être serein et joyeux. Les masques ne peuvent pas être portés indéfiniment, ils finissent tous par s'assombrir et se fissurer. Il est de notre devoir à tous d'observer les identités que nous portons associées aux comportements que, bien malheureusement, nous approuvons inconsciemment. Dans la mesure où nous agissons, nous démontrons notre impuissance à changer les choses et le manque de courage et de volonté pour transformer les fausses réalités qui nous affectent. Il n'y a pas de répit à travailler sur soi. Parfois, il ne suffit qu'une étincelle pour changer le cours d'une vie. J'ai largement débordé ce soir du livre auquel je m'étais pourtant consacré. Il n'a suffit que quelques mots de l'auteur pour m'éveiller. En ce sens, je considère avoir réussi à colmater une brèche, mais pour combien de temps avant que l'eau remonte à nouveau ?


2 septembre |

Que s'est-il passé de spécial aujourd'hui à part d'être encore vivant ? Aujourd'hui, je suis allé à une rencontre sociale où une quarantaine de participants s'y sont rencontrés. C'est lorsque je revois certaines personnes que j'ai connu il y a une dizaine d'années et plus, où ils étaient jeunes et fringants que je réalise à quel point la vie est si fragile. Doivent-ils dire la même chose de moi, en évitant de me saluer ou de se remémorer le passé ? Peut m'importe, leurs vies pour moi n'a plus d'importance comme elles l'ont déjà été. Avec le temps, j'ai appris à me détacher d'un tas de choses et de gens. Laissons aller le bois mort dans le courant de la rivière, disait Bouddha. Malgré les échanges cordiaux, c'est pas facile pour plusieurs de rester dans l'instant présent. Les projets à venir et les expériences du passé font partie de la tribune. Les gens ont une sorte de gêne ou d'inconfort pour discuter des grands thèmes avec des inconnus. Peut-être ont-ils peur du ridicule ou d'être juger, qu'en sais-je s'ils ne s'expriment pas ? Ce n'est que majoritairement à la retraite que les barrières pour certains tendent à s'écrouler, car ils constatent qu'ils n'ont plus rien à perdre et tout à gagner. Or, je ne m'attendais pas à autre chose d'une épluchette de blé d'Inde, sauf d'en manger. La plupart des convives sont des gens engagés envers des causes sociales ou environnementales. Hier, j'ai terminé un autre bouquin, que déjà un autre m'attend. Je m'étonne du peu de mémoire sur ce que j'écris ou lis. Et puis, quelle importance cela a-t-il ? Je n'ai aucun compte-rendu ou travail quelconque à remettre ou à éditer. Ce qui importe, c'est le plaisir de lire et d'écrire dans l'instant présent. Si des choses ou des poussières demeurent, c'est tant mieux, sinon c'est tant pis. Je n'ai de compte à rendre à personne sauf à moi-même. J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour les gens qui possèdent une mémoire phénoménale pour des grandes idées de différentes natures. Les historiens et les philosophes, par exemple, ne cessent de m'étonner pour les mêmes raisons. Par ce fait même, ils sont reliés aux grandes pensées qui ont évolués au fil du temps, leur offrant la possibilité de développer un sens critique basé sur des faits et des théories. On ne peut en dire autant du monde moderne qui est de plus en plus fragmenté dans une vision très courte et superficielle. Héraclite disait que la belle harmonie naît de l'opposition, la belle harmonie naît de ce qui diffère et s'oppose, à la condition que l'opposition ne dégénère pas en tuerie ou en massacre. La preuve de nos différences de plus en plus marquées sont dans les termes gauche-droite, que nous n'entendions pas jadis. De toute façon, nous sommes condamnés à vivre ensemble. La création, si chère à Pierre Bertrand, ne peut s'accomplir qu'à partir d'une opposition. Toute transformation provient d'une tension entre pôles contraires. Il faudrait devenir un oriental pour goûter la belle harmonie en se dissociant du bien et du mal, du dualisme. Quiconque se définit ou tente de se définir lui-même voit les limites de cette définition. Comment pourrais-je arriver à me définir, lorsque je suis constamment en perpétuelle mutation ? La part de l'inconnu en soi est aussi essentielle que le connu. Ainsi nous ne pouvons assumer pleinement notre disparité parce que nous sommes impurs et incomplets dans le sens même de notre nature et de nos possibilités. Les humains ont trop tendance à insister sur ce qu'il devrait et voudrait être, insuffisamment sur ce qu'ils sont. Nous passons trop de temps à nous projeter dans l'avenir avec des objectifs disproportionnés à ce que nous sommes. Ce n'est qu'en partant de ce que nous sommes, de là où nous sommes, qu'on peut aller de l'avant. Dès les premières pages du troisième ouvrage de Pierre Bertrand, je suis ému de constater à quel point l'auteur réussit à mettre des mots précis sur la complexité et la nature des hommes. La lumière monte de l'obscurité ou variations sur les thèmes de la vision et de la création est le titre de cet ouvrage rempli de lucidité et de pertinence. La création est pour lui le thème principal de son travail. Le seul don que nous fait la vie est dans le présent. Alors, pourquoi s'en faire s'il ne suffit que de s'attarder à l'instant présent ? Vous savez tout comme moi combien il est difficile de vivre constamment dans l'instant présent avec toutes les tâches à faire. Il y a tellement de choses qui nous y distraient qu'il faut obligatoirement mettre un frein à tous ces murmures pour ne pas passer à côté du présent que la vie nous offre. Toujours de nouveaux défis se dressent devant nous sans qu'on les commande. C'est une raison de plus pour revenir dans l'instant présent, l'endroit seul où nous pouvons reprendre notre souffle et notre force. Les défis sont là, même si nous ne voulons pas nous y soumettre, car la vie n'est pas conçue pour attendre. Pascal disait que ne pas choisir, c'est encore choisir. C'est par la création que nous pouvons faire face aux défis qui s'annoncent et qui s'annonceront toujours avant notre dernier repos. La création met en lumière l'obscur, rend extraordinaire le banal, confère un sens et une nécessité à l'absurde et à l'aléatoire. Ainsi aide-t-elle à vivre.

1er septembre |

Concrètement, il s'agit d'en faire le moins possible, afin que le noyau de l'action et de l'agitation se dégage. L'homme doit s'accrocher, pour ainsi dire, à lui-même, s'accrocher à ses croyances et convictions pour ne pas sombrer dans le sans-fond absurde et amoral. Évaluer n'est pas juger. Le travail d'écriture est un travail sur soi, d'allégement, de libération. Et c'est précisément toute cette énergie née de l'impuissance, de l'échec et de la frustration qui rendra l'écriture si forte et intense quand elle parviendra à couler. L'ennui s'est logé au fond de moi dès ma naissance. Depuis, elle n'a jamais cessé de m'habiter au point de presque en devenir fou. L'ennui, c'est que souvent, l'ennui apparaît souvent sans aucunes raisons valables. Comment pourrais-je m'ennuyer lorsque je suis avec moi-même ? Je connais les causes, mais cela ne chasse pas pourtant l'ennui, qui accapare mon esprit. Seule la pleine conscience arrive à déloger ce mal qui obstrue la vie qui coule en moi. Encore faut-il être rigoureux et constant dans la pratique, sans quoi elle n'est qu'une pure distraction comme bien d'autres. Les obstacles rencontrés au point de départ ne seront jamais franchis une fois pour toutes, ils réapparaîtront constamment en cours de route, et c'est à les franchir toujours de nouveau que l'acte d'écrire reprend son cours. Écrire me permet de libérer ma vie, sans aucun doute. Écrire provient d'une insatisfaction, d'un malaise, d'une souffrance. Écrire implique une grande solitude, comme quoi j'avais besoin de retrouver l'être véritable qui ne s'était jamais dévoiler sous ce jour. Écrire pour moi doit dépasser le jeu et toutes les règles. Écrire, c'est sortir du moule, du cadre établi. Écrire me donne l'impulsion dont j'ai besoin pour rester vivant. Écrire, c'est faire tomber les masques. L'œuvre idéale n'est qu'un fantasme que nous ne pourrons jamais accomplir, mais cela ne nous empêche pas de nous y attarder, sans toutefois avoir de trop grandes attentes. J'éprouve une joie immense à mettre des mots sur ce que je vois et ressens, sachant très bien que ce ne sont que mes perceptions et non la vérité. Mais je n'ai jamais prétendu détenir aucune vérité à part d'être vivant. Et la vérité n'est qu'un vent fugace et impermanent. L'œuvre réelle est celle de l'abandon, me raconte Pierre Bertrand. Et elle coule d'autant plus intensément qu'elle a été davantage contenue. C'est parce que la vie a été tellement absurde que la création lui donne un tel sens. La vraie vie n'est pas ailleurs, mais ici, c'est plutôt la vie fantasmée, idéalisée, fausse qui se trouve perpétuellement ailleurs. C'est à cela qu'une partie de ma vie fut absurde à force de trop rêver d'idéaux inatteignables et d'illusions. Mais il est encore temps de me réchapper en recherchant non pas l'œuvre idéalisée mais réelle. Qu'est-ce que vivre ? Quel est le sens de ma vie ? La vie se passe dans les interstices et entre chaque mot prononcé ou tu. J'ai tenté de construire les meilleures conditions pour mon éclosion, pour la naissance de mon œuvre, alors que ces conditions m'étouffaient. Pourtant j'ai fait preuve de beaucoup de folie, d'imperfection et de déséquilibre qui sont nécessaires à toutes œuvres véritables. Est-ce à moi de juger si une œuvre est véritable ou pas ? J'ai tellement sorti des sillons et des règles conventionnelles que peu de monde a été en mesure de me comprendre, ni de m'écouter réellement. C'est parce qu'un jour j'ai cessé d'avoir peur du ridicule et des dangers que je me suis mis à marcher. Et j'ai beaucoup marché. Dans mon sillon, j'ai réussi à faire marcher un millier de gens, sinon plus, car la peur était absente de mes rêves. Et puis un jour, j'ai recommencé à avoir peur lorsque la solitude s'est faite plus présente. Et c'est alors qu'une seconde œuvre s'est mise à se matérialiser à l'aide de mots et d'idées pour d'autres raisons que celles que j'ai toujours cru. Je vois la vraie vie dans l'herbe sauvage qui pousse dans les interstices de l'asphalte civilisé et qui me rappelle mes racines profondes. Pierre Bertrand, dans sa grande lucidité, me rappelle que seuls les chemins détournés, de traverse, semblant n'aller nulle part ou ne conduire qu'à l'impasse, conduisaient à l'œuvre réelle. Ces mots me semblent sortir droit de ma bouche. Comment pourrais-je me passer des mots empruntés par mes amis de lettres et mentors ? Plus concrètement, il me faut trouver mes propres mots, laisser agir et faire confiance à ma sensibilité singulière. Je n'ai aucune réelle intention de plagier qui que ce soit. Ce que je recherche avant tout, c'est d'apprendre sur ceux qui me précèdent et qui ont quelque chose d'intelligent à dire. La poète russe Anna Akhmatova a dit : non, ce n'est pas moi, c'est une autre qui souffre. Je n'ai pas le choix de créer pour ne pas me laisser mourir. Ce qui me rend fou, me rend plus sage. Or, ma joie doit être forte pour donner le change à ma souffrance. Rimbaud a dit qu'il avait horreur de la patrie et que si elle existe, c'est pour me permettre d'exister aussi. Vous êtes-vous déjà demandé si vous étiez normal ? Normal se rapproche de la conformité. C'est une ligne à respecter pour passer inaperçu. N'est-ce pas là une étrange constatation que la vie des gens normaux ? Et si être normal dans cette société est d'être absurde, je m'abstiendrai à cette danse qui ne me mène nulle part. J'ai toujours été un inassimilable, mais en même temps influençable. Quel joyeux paradoxe ! Quelle joyeuse fête que la mienne à toujours essayer de me réinventer. Quel malheur de n'être jamais satisfait de ce qui est. J'ai toujours recherché à ma façon de sortir des innombrables clichés qui encombrent les propos et les esprits des hommes. Et si mes idéaux n'étaient que de pures spéculations à travers mes espoirs qui ne peuvent se manifester ? Et c'est parce que je me sens malade que je recherche, par la création, à me soigner. Or, nous sommes tous malades, à la différence qu'il y en a qui le savent et d'autres pas. C'est parce que j'ai expérimenté l'enfer que j'aspire au paradis. Et même s'il n'existe pas, je dois tenter de l'écrire pour ne pas oublier à quoi sert l'espoir. La prison que j'exhorte fait aussi partie de moi-même. À quand le grand réveil ?